26. L'enfant 

 

La Beauté touchait Heidi. La Beauté est Dignité.

 

La jeune femme rayonnait le regard de Tong, l’attention du long moine pour elle. Rien ne se faisait selon les règles ordinaires des hommes. Il ne la touchait pas. Il la caressait de son regard intéressé par elle. Elle percevait cette attention lorsqu’elle bougeait et cela donnait de la force à son mouvement qui évoluait vers une fluidité parfaite. Cela lui procurait bonheur et joie. Cette perfection mouvait son corps et son corps était heureux de bouger ainsi. Cela était comme un donner-recevoir sans prétention. Un geste naturel qui dans son intention produisait un effet colossal sur le corps et l’esprit qui le constatait en était heureux.

 

Lorsque Tong posait la main sur son bras, ou sa main, ou son épaule pour accompagner un mouvement, pour l’aider dans son geste, son corps vibrait en sa profondeur. Cela ne se voyait pas de l’extérieur, mais des fibres qu’elle ne connaissait pas en elle vibraient !... Cela était clair.

 

Aussi elle se laissait porter par ce regard et cela était heureux pour elle. Pour la première fois de son existence elle n’avait rien de particulier à faire, rien de particulier à donner, rien de spécial à prouver. Elle était là, vivante, dans un corps heureux car il était regardé en tant que corps… un corps à elle… un corps pour elle… un corps qui était l’outil de la Perfection en action sur le terre parmi les Hommes.

 

Elle découvrait ce que le jeune Blanc disait « un corps pour la Création ». C’est cela qu’elle voulait. Elle ne savait pas comme cela pouvait être si simple !

 

- Ce n’est pas si simple lui dit Tong, lorsqu’elle s’ouvrit à lui, assise sur le banc du jardin devant la chaine de montagne qui rougeoyait sous les feux du soleil qui voulait partir.

- Pour moi, c’est simple… Cette simplicité, cette absence d’effort, je la ressens comme une réalité dans chacune de mes cellules du corps… Comme une connaissance qui était toujours là mais qui avait tout simplement besoin d’être libérée. 

- Pas si simple, répéta Tong, songeur… Car il faut que les rêves cessent pour laisser cette Force agir par elle-même. Tu ne te rends pas compte de ce que tu es : une femme sans rêves !... C’est cela ta beauté et ta force…

 

Elle le regardait sans comprendre, mais elle sentait ces mots vrais… des mots comme ceux de Ange… des mots qui viennent de loin … mais qui n’ont pas une origine connue par le cerveau et la mémoire de l’Homme.

 

- Et il a fallu aussi l’action de Celui qui connaît cela et qui peut libérer cette Force … Elle était en prison dans le corps…

 

Elle écoutait. Il poursuivit lentement, touchant les mots au fond de lui. Elle le voyait attentif à chacune des vibrations des sons qui sortaient de lui. Il les observait lorsqu’ils passaient ses lèvres, prêt à intervenir si la justesse n’était pas là.

 

- Tu ne connais pas comme moi la recherche de cette libération auprès de tous ceux que l’on dit des « Maîtres »… Tu ne sais pas ce que cela veut dire de chercher toujours et de parcourir des territoires immenses pour trouver Celui qui peut toucher cette Force et la libérer.

- Tu veux dire Ange, souffla-t-elle dans le silence du soir qui amenait son obscurité.

- Oui, … Ange… ce jeune Blanc a fait plus pour moi en deux mois que des années de travail dans des monastères… souffla-t-il. Mais tu sais je ne critique pas les « Maîtres » que j’ai rencontrés, écoutés et même suivis. Seulement ils ne savaient pas par leur corps la présence de cette Force. Ils la connaissaient par intuition ou enseignement et ils pouvaient en parler… mais leur corps ne la touchait pas.

- Veux-tu dire que sans lui, sans Ange, nous ne pourrions pas jouir et vivre ce bonheur d’exister avec et dans ce corps. 

- J’en ai bien peur, avoua le long moine… J’en ai bien peur !... et j’ai peur qu’il nous quitte !... J’ai cette peur dans mon ventre toutes les nuits !

 

Heidi ne souffla pas un mot de ce que le Maître lui avait demandé. Elle comprenait mieux maintenant lorsqu’elle perçut la peur de Tong. Elle l’avait déjà sentie depuis que le vieillard lui avait parlé, mais elle l’avait remise au fond de son esprit car elle croyait que cette peur provenait encore de son passé où la violence et la mort étaient partout.

 

Mais maintenant elle comprenait mieux et la peur revint lui crisper le ventre. Elle ne dit rien à Tong. Le Maître avait dit : « cela est entre toi et moi… et pour profiter de ma force que je mets en toi, tu dois la garder dans le secret de ton cœur. Ainsi elle agira dans l’instant où la mort pourrait approcher de mon « fils » et tu agiras en réflexe sans passer par le filtre de ta volonté et de ton cerveau. »

 

Aussi même à Tong elle n’a rien dit… et elle ne dira rien. Elle ne permettra pas à l’inattention des mots de diminuer et d’appauvrir cette Force du Maître en elle. Elle aime tant le jeune Blanc que jamais elle ne fera une respiration qui pourrait être contraire à lui. Elle préférerait être tuée sur le champ que d’être une amie insuffisante pour lui.

 

Mais elle fut reconnaissante à Tong de ses mots qui lui donnaient la mesure de ce qu’elle avait senti.

 

Maintenant elle savait n’être pas folle et elle mettra tout en œuvre pour « couvrir » celui qu’elle sent en elle comme son « homme véritable »

 

- Merci, dit elle … Tu m’éclaires encore une fois de ta force d’attention.

 

Le regard qu’elle porta sur lui réchauffa le cœur et il oublia son angoisse sous cette caresse de femme qui aime être à côté de l’homme qui prend soin d’elle.

 

Les moines découvraient chaque jour une jeune femme rayonnante de force et de gaité. Ils apprenaient ce que pouvait être une femme. Leurs corps donnaient des impulsions, parfois vulgaires ! Mais ils sentaient un corps plus vivant, plus alerte.

 

Ils avaient entendu des « vieux » dire qu’auparavant il y avait eu des nonnes au monastère. Mais depuis plus de vingt ans, le Maître en avait décidé autrement.

 

Les « très vieux », parfois, marmonnaient des mots sans suite entre leurs dents cassées. Il fallait tendre l’oreille pour entendre : « après la mort de son fils, il a fermé les oreilles et les yeux sur le monde de la femme »… et si les sons continuaient, ils entendaient : « Hiro, lui, a tout fermé sur le monde, les yeux et les oreilles… Ce fut un grand malheur ce départ du corps du futur Maître. »

 

Mais les vieux ne donnaient aucune explication. Ils ne disaient rien de ce qui semblait un grand secret de ce lieu.

 

Mais parfois, il y avait un vieux qui disait à un autre, lorsqu’ils chauffaient leurs os au soleil de la montagne, adossés au mur de pierre qui avait gardé la chaleur de la journée :

 

- j’étais scribe à ce moment… et je pleure dans mon cœur de toutes les méchancetés ironiques que j’ai dites sur lui… Il était le plus grand de nous et je ne l’ai compris que lorsqu’il nous a quittés par le vide qui fut alors en moi… Je comprends dans ma chair la douleur de Hiro qui n’a plus rien voulu donner de plus de lui… Sauf tuer, tuer et encore tuer…»

 

Le Maître caressait la couverture de cuir du second livre relatant les mouvements de son « fils » avec cet enfant mort assassiné… Quelle souffrance il sentait encore passer entre ses doigts alors que cela était vieux de plus de vingt-cinq ans !

 

- Quelle douleur fut la tienne lorsque tu as compris !...

 

Il resta un moment immobile, lui aussi chauffant ses vieux os aux rayons du soleil qui pénétrait par la baie ouvrant sur le précipice.

 

- Mais je sens que tu as « su » tout de suite !... Quel magnifique traqueur tu fus !... Cacher « tout » à tous et que personne jamais n’a jamais su quel gibier tu chassais… même moi, ton père !... Mais toi tu savais dès le départ et je t’aimais... et je t’aime pour cette Force qui est en toi de ne jamais mettre ta douleur sur les genoux des autres… Tu étais un très Grand, mon « fils ».

 

Extrait du Livre de la Famille Shin

 

2. Stéphane

 

HE ! Les mecs… c’est encore moi.

 

Je me suis échappé, une fois de plus, du monastère. Le nord de l’Asie, c’est beau, mais c’est froid. Avec des torrents qui charrient des glaçons, même en hiver… mille excuses : même en été. Ce n’est pas tous les jours marrant. Bonjour les engelures.

 

D’ailleurs c’est la raison très exacte qui a conduit à découvrir cette fameuse position de Zazen : mettre au chaud ses orteils dans la raie des fesses.

 

Je vous entends déjà dire que je ne me suis pas arrangé depuis la dernière fois. Huit mois déjà que j’ai terminé cette affaire Dupond dans « le tourbillon ». Dites ?... en définitive… c’en était bien un, hein !

 

Je remets cette histoire sur le tapis parce qu’elle a une relation directe avec ma présence à Paname, au moment où je vous cause. Car pour ce qui est de m’échapper du monastère, c’est des charres, bien entendu.

 

Vous aviez d’ailleurs rectifié vous-même, intelligents et sensitifs comme je vous connais !

 

Du moins c’était dans cet état que je vous ai laissé. He !... j’espère que vous n’avez pas repiqué dans la connerie universelle? Manquerait plus que ça ! Et moi, pour la pêche à la ligne je ne suis pas très dégourdi.

 

Bon. Vous voulez que je vous lâche les bretelles et vous dise pourquoi je suis en train de driver la jaguar vers le boulevard de Clichy avec destination la rue Emile Level.

 

Vous voyez bien que je ne vous cache rien. Vous avez remarqué la quantité très appréciable de renseignements que je viens de vous fournir en si peu de mots !

 

Sans aucune prétention de ma part, je crois bien, que, en toute honnêteté, ILS devraient me donner le prix Goncourt. Au moins ! Si ILS veulent en rajouter, avec un petit pacson de pèse au bout, je crois bien que je ne dirais pas NON. Mais en toute simplicité, hein !

 

OK. J’y viens.

 

Comprenez ma gentillesse innée. Je viens de vous laisser le temps de vous installer dans votre meilleur fauteuil, vous laisser mettre les pantoufles par votre gosse n°1, servir le whisky dans un grand verre à eau par votre rejeton n°2, allumer la cibiche par votre progéniture n°3, embrasser sur les lèvres avec la menteuse en éruption la poule qui vous sert de femme…

 

C’est bon? Vous êtes bien installé?

 

Alors, on y va. Sans tarder. C’est promis. Mais mon Dieu, ne criez pas si fort ! Puisque je vous dis qu’on y va en direct, m’enfin !

 

Voilà !

 

Je roule pour Stéphane COLA.

 

Le démarrage de cette affaire n’est pas banal. Le Stéphane COLA, il habite rue Emile Level, Paris 17°, juste derrière la rue Paul Baudin, et angle droit du boulevard de CLICHY… dites ? ça vous va comme description.

OK ! DIRECT.

 

Bon, le Stéph écrit donc au père Noël. C’est pas banal, hein ! Pour lui dire qu’il ne sait plus quoi faire car on veut le tuer et lui, il ne veut pas mourir. Pour montrer qu’il est sérieux sur tous les points et que l’hôpital psy, ce n’est pas encore pour lui, il précise qu’il ne croit plus au père Noël depuis l’âge de ses six ans. Cette nuit fatidique, il avait envie de pisser, vu tous les sirops de grenadine qu’il avait chouravés à ses vieux partis faire les courses l’aprèm… Et il les a surpris à remplir les souliers. De plus, ils s’engueulaient !

 

Alors, pourquoi il écrit au père machin chouette, je vous entends d’ici ?

 

Pas gonflé, le mec explique qu’il a peur, ne sait pas vers QUI aller, qu’il en a parlé aux flics de son quartier qui ont rigolé, est même allé se confesser au curé de la paroisse qui l’avait baptisé et porté dans les bras du Seigneur jusqu’à sa communion solennelle… et en a terminé avec l’instit qui a passé un petit mot aux parents qui ont reçu le soir le Stéphane avec le martinet.

 

Faut dire qu’il a 12 ans.

 

Alors, il ne sait plus rien et il écrit au père tutu cadeaux.

 

Marrant, non ! Du pas banal, je vous disais.

 

Mais ce n’est pas terminé !

 

Ecoutez la suite. Elle vous réconciliera derechef avec le Petit Travail Tranquille que j’ai légèrement égratigné dans « le tourbillon », au point que le ministre des PTT menace de m’intenter un procès. Dites ! Vous ne croyez pas qu’il a des choses plus urgentes à faire, le mec. Par exemple… je ne sais pas, moi… tiens : que les lettres arrivent à temps.

 

Mais on continue dans le pas banal.

 

Les PTT, comme de bien entendu, et vous reconnaîtrez que ce n’est pas la première fois ! ne savent pas à qui délivrer le billet. Il va donc de services en services, en sous-chefs à chefs, jusqu’au dirlo… qui ne sait pas non plus que faire !… au point que le sujet est tranché par la femme de ménage qui demande si c’est pour aujourd’hui ou pour demain, vu qu’elle se refuse dans sa conscience professionnelle, de laisser un papelard dans la corbeille.

 

D’autorité, c’est donc elle qui ouvre l’enveloppe sans aucune vergogne pour l’assistance tremblotante. Y’en a qui VRAIMENT n’ont aucune éducation. Aucun souci pour les nerfs surmenés du Petit Tra… pardon !... des PTT.

 

- Mon DIEU !... faut faire quelque chose !... Le pauvre mioche !

 

Face à cette autorité si tranquille, le dirlo décide d’envoyer le poulet au ministre, qui le répercute à son homologue de la Police, lequel fait suivre par la voie hiérarchique normale, c'est-à-dire descendante, pour arriver à la Police Judiciaire, qui répercute au commissaire de quartier, qui, lui, doit attendre le lundi matin l’arrivée de l’agent qui connaît cette rue… Ouf !

 

Pas banal de déranger tout ce beau monde, hein ! Le Stéphane Cola, il doit rigoler sec. Vous n’auriez pas, vous, la face hilare après une telle blague ?

 

Et c’est bien ce qu’a dû penser l’agent qui connaissait le môme. Donc, l’agent guidant le commissaire, prend derechef le chemin de la rue Emile Level… pour tomber sur un branle bas de combat. Car on cherchait partout le sale môme racontant de sales histoires et allant déranger UN Ministre, même deux.

 

Les parents sont dans tous leurs états ; les voisins itou, la fille Cola en profite pour ne pas aller à l’école, les flics font la circulation et la recherche dans l’immeuble.

 

Chacun se fourbit le moral, la main et le manche à balai pour foutre une sacrée rouste à ce sale gamin qui joue d’aussi sales tours et qui…

 

Bref, tout le monde s’y met. Gare à Stéphane ! Hue ! à Stéphane. Sa fête est programmée, déjà en listing, la salive au ras des lèvres.

 

Et puis, comme on ne peut pas se cacher éternellement, surtout dans un immeuble du 17°, il a bien fallu qu’il dise « coucou ! », le Stéph.

 

C’est le vieux du quatrième qui l’a découvert. Caché dans la salle à charbon, il était. Marrant ! Y a de ces lieux auxquels on ne penserait pas. Y a pas à chier, les gosses, ça a de l’imagination.

 

Sous le sac, il s’était mis le STEPH !.

 

Ah ! y a de ces gosses ! Et merde alors, il n’a pas pensé à la lessive de sa mère. Elle, elle a fait la relation directo.

 

- Sale môme !... il avait pris son bain hier au soir.

 

Et le plus marrant dans toute cette agitation, c’est que le Stéph, il reste très calme, tout barbouillé de poudre de charbon, les ongles de mains cassés, les pieds nus… » A quoi ils peuvent penser ces jeunes de maintenant ! »

 

C’est la vieille du 5° qui vient de donner son avis…

 

Comme le Stéph il refusait de se relever, la vindicte populaire, très légitimée, comme on s’en doute, y est allée de la torgnole, du coup de latte dans les côtés, d’un petit quelque chose dans les roupies pour voir si ça allait attraper une crise subite d’oreillons… Mais passons !

 

Tout ça, c’est du marrant !

 

Mais le Stéph, il continuait dans le pas banal : il continuait à ne pas bouger, le sale môme !

 

Et puis, c’est le commissaire, jeune dans le quartier, et encore sans idées préconçues, qui s’est mis à penser que le pas banal était peut-être du pas normal.

 

Alors, ON s’est un peu mieux penché sur le gosse, ON a fait plus de lumière, ON s’est exclamé, ON a terrorisé.

 

Et puis, ON a été bien obligé de reconnaître que le STEPHANE, il était mort.

Vous parlez d’une bonne blague !

 

Du pas banal, je vous l’avais dit.

 

Se tuer pour faire chier les autres.

 

Tiens ! y a des coups de pieds au cul qui se perdent.

 

Mais l’emmerde, c’est le mot du gamin au père machin chouette… Et tous ceux qui sont au parfum… Sans compter qu’il a prévenu tout le monde, le Stéph.

 

Alors, pense le commissaire encore pas trop con car toujours un peu jeune : et si c’était un assassinat ?

 

Vous pensez de la denrée pas fraîche qu’il venait de lancer le jeunot. Je suis sûr qu’il s’est fait taper sur les doigts, en haut lieu.

 

Car la nouvelle est passée dans la rue illico. Et chacun y est allé de ses prémices.

 

Et puis, les journaleux ont radiné. Et ont foutu le bordel comme de bien entendu.

 

Et puis l’enquête n’a rien donné.

 

Mais les journaleux ont ramené le public, qui lui, a écrit à l’EMPEREUR des FRANCS.

 

Et LUI, l’Auguste, le seul qui sait rigoler encore dans cette France tristounette, il a demandé l’assistance de la famille Shin.

 

Je sais bien que nous sommes connus dans le monde entier comme de parfaits assassins, mais tout de même ! NOUS déranger pour ce truc !

 

Mais il parait, c’est « petit père » qui me l’a dit avec son sourire jaune rigolard, que c’est même MOI qu’il a demandé, l’EMPEREUR. IL aurait très fortement apprécié ma manière subtile et tout à fait délicate dans l’affaire Dupond.

 

MOI, subtil ? Je vous entends déjà rigoler.

 

C’est comme le mien cousin à la mode de Bretagne qui disait que celui qui le prend pour un con, c’est qu’il le connaît depuis longtemps.

 

On a déjà fait un bout de chemin ensemble. Je crois bien que je …

 

Bref ! Je ne vais pas vous dévoiler ma personnalité aussi rapido : faudra se connaître mieux. Vous savez, sans vouloir insister d’aucune manière incongrue… hein ! … en toute tranquillité d’esprit, que pour ces découvertes j’aurais une préférence pour le sexe dit « faible »… enfin, pour être poli ! car pour la faiblesse, mon œil !

 

Mais « Petit Père » a pris le message au sérieux alors que moi, vous me connaissez, je me bidonnais sur la véranda, à sucrer ses gâteaux secs.

 

Il avait le regard dans la fente des paupières, juste deux fils de rasoir, que je connais perfect : c’est celui lorsque j’ai fait une grosse connerie. A ce moment, il vaut mieux mettre la 73° chaîne, vous savez, celle qui passe en continu le feuilleton : « je suis passé mais tu m’as pas vu ! »

 

- Il y a un tueur d’enfant dans ton Pays…Vas-y !

 

Rien à ajouter lorsque le Maître de cette sacrée Famille Shin donne un ordre. Sauf à demander rapido les clés à Saint Pierre pour qu’il vous fasse une place au chaud auprès du poêle puisqu’il paraît que là-bas, on se les gèle !

Donc acte, je vais.

 

Tout ça pour vous dire sans détour, à ma manière perso, pourquoi je sors une nouvelle fois du plane Singapour Air Line pour me retrouver dans la même salle private que la dernière fois. Seul changement, le mec qui me reçoit.

 

Car l’autre, si vous vous souvenez, un Savigny je crois, il a eu une indigestion des conneries que je lui ai faites avaler au point que l’Empereur des Francs l’a viré. De « haut fonctionnaire » de l’Elysée, il est muté dans le Cantal à compter les petit pois. C’est ce que l’on appelle l’avancement culturel à la chinoise.

 

C’est d’ailleurs peut être ce truc encore trop récent pour eux qui rend mon interlocuteur si pincé du cul au point qu’il en est con ! Imaginez ! Voilà un mecton habillé d’un costard trois pièces de la meilleure coupe, dans les gris sombre avec un fil rouge dedans, bien entendu, avec des « church » aux panards, vous savez ? ces fantastiques avertisseurs sonores dans le smog, une création sublime des angliches. Et bien, le mec, il a la frousse de marcher sur des œufs !

 

Je dois lui faire grosse impression !

 

« Nous te demandons de bien vouloir nous excuser, ami lecteur, de nous trouver parfois dépassés. Le Roshi nous a bien donné l’ORDRE de suivre son fils, nous, les scribes de la Famille, mais IL va parfois si vite ! Le Roshi, notre Maître, nous a pourtant bien dit : Attention !... Il portera le Masque jusqu’à l’extrémité du précipice car il est un extraordinaire traqueur dans le silence de l’âme, lui, son « fils », celui que l’on dit notre futur Maître.

 

Nous avons parfois du mal à le suivre, bousculés par ses débordements. Lorsque nous nous en sommes ouverts au Maître, il a souri, puis il a dit, les yeux mi-clos sur l’Infini, que cette lame de fond que son fils soulevait n’était qu’un masque, mais que cet homme touchait de si près l’Eternel que Grand devait être celui qui voulait comprendre.

 

Alors il nous a dit de rappeler ses faits et gestes dans les chroniques de la Famille et de ne pas trop chercher à comprendre.

 

Alors, ami lecteur, nous devons te prévenir, que l’Honorable Personnage qui supervise le destin de ce peuple Noble de la France, que notre futur Maître appelle par dérision « l’Empereur », au motif que les Français auraient rejeté un Président qui se prenait pour le Roi, sans se rendre compte qu’ils votaient pour un plus-que-Roi, et que ce plus-que-Roi, ils l’ont réélu, car en définitive, ils sont las… bref !!!!!

 

… donc Te prévenir que cet Honorable a fait le choix de notre futur Maître en cette mission pour des raisons très exactes qu’il convient de te rapporter en toute tranquillité d’esprit :

 

- Monsieur le Président…Permettez nous de tenir devant vous un avis différent : ce diable d’homme nous a mis un bordel pas croyable dans l’affaire Dupond.

- Justement !

- Mais… nous avons TOUT perdu… TOUT ! Monsieur le Président.

- Justement !

- Nous avons eu les Chinois, les Américains sur le dos… Sans compter nos propres Services de Police et d’Armée qui se sont faits une guerre acharnée qui dure encore !

- Justement !

- Permettez nous de ne pas comprendre, Monsieur le Président.

- Je permets… Si vous êtes mes Conseillers et moi, LE Président, les raisons en sont évidentes…

- Evidemment…

- Justement !... Cet homme, ce Ange Bret il est très normal qu’il nous rende le retour de sa pièce… Il « nous a foutu le bordel » dites-vous ! Et bien, utilisons maintenant le « bordel » à notre avantage.

- Nous craignons de ne pas comprendre, Monsieur le Président.

- Normal, vous n’êtes que Conseillers…

- Evidemment…

- Justement !... NOUS n’avons rien à perdre ni à cacher en cette affaire ! Alors, laissons le faire « la lumière », puisque c’est sa spécialité… Voyez vous, mes très Chers, le public est un applaudisseur versatile qu’il convient de caresser selon une régularité quasi militaire… Il a pris feu et flammes pour ce Stéphane Cola, aidé en cela par la presse en mal de copies, qui saute sur l’occasion de se faire le « témoin »de la pensée populaire… Et bien, laissons le faire !

- Evidemment…

- Justement !...Vous allez voir que ce Bret va déclencher un véritable bordel en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

- Evidemment…

- Non, justement !... NOS Polices, si bien pensantes, vont avoir du pain sur la planche à se sortir d’affaire et de la risée du peuple avec cette affaire… Pendant ce temps, elles oublieront les séquelles de cette malheureuse affaire Dupond, et cette adversité nouvelle parviendra peut être à les rapprocher pour un devoir commun qui est, à mon humble avis de Président de la France, d’œuvrer au bien commun au lieu de se batailler.

- Evidemment…

- Justement !...

- Mais, Monsieur le Président… Comment une simple affaire de police peut-elle déboucher sur l’action des différents Services si spécialisés intervenus dans l’affaire Dupond……

- Mes Chers… Vous n’êtes que Conseillers… Pensez-y !

- Mais cet homme est très dangereux !

- Justement !

- On l’appelle « le Traqueur Silencieux » !... Nous savons ce dont il est capable !

- Justement !

- Nous ne comprenons pas très bien vos espoirs, Monsieur le Président.

- Cela ne fait rien, Messieurs les Conseillers.

 

Digne lecteur, voilà l’exacte vérité ayant conduit ce fouteur de merde qu’est notre futur Maître selon les dires de notre Grand Maître actuel… Mais du fond de notre cœur nous vous disons notre espérance sincère et sublime : nous aimerions bien qu’il se casse la gueule et que dans son pays il y ait un homme courageux pour lui faire la peau... Car croyez nous, ce n’est pas toujours facile tous les jours ici avec lui qui nous fouillent jusqu’au fond des entrailles avec son regard d’aigle, au point que nous avons tous une chiasse permanente!

 

Voilà la vérité vraie que nous te livrons, Digne lecteur… car nous sommes les témoins de son action. Nous tenons les Livres de la Famille, Sa Mémoire… mais cela ne veut pas dire que nous adhérons à ce que nous sommes tenus d’écrire… Nous relatons tout simplement « les faits » même s'ils nous préoccupent franchement…

 

Voilà donc la vérité vraie… et maintenant nous vous laissons avec Lui… et ses « déconnantes » selon un terme de sa fabrication que nous n’avons pas trouvé dans le dictionnaire. C’est notre Digne Maître, qui a un peu pratiqué cette langue dans ses longs voyages de jeunesse, qui nous en a donné le sens général… Il nous a dit que c’est « le mouvement désordonné de la matière que nous évacuons de nous chaque matin après le petit déjeuner »… Est ce bien cela ? Ami lecteur nous sommes ouverts à une formation permanente de ce langage si lointain de nous et te remercions de toutes indications complémentaires que tu aimerais nous livrer »

 

M’est avis que le gus en face de moi, il ne semble pas être en accord avec son empereur. Lui, si j’ai la comprenette encore assez éveillée après trois jours de voyage, il trouverait que cette affaire relève de la simple Police et qu’il ne voit pas très bien pourquoi on fait appel à de la main d’œuvre étrangère, même très spécialisée.

 

J’ai tendu la main. Il y a un déposé une brème bleu-blanc-rouge avec en gros POLICE et un titre qui ferait serrer les fesses au préfet du coin. Comprenez qu’un grain de riz n’y passerait pas. Merci ses hémorroïdes !

 

Puis une lettre d’introduction de l’Empereur : les poulagas ont directives de regarder en l’air si je passe à côté d’eux avec un mec saignant sur mon épaule. Il ne leur reste plus qu’à siffler derechef un automobiliste qui passe au vert et qui va prendre une contredanse pour s’arrêter impromptu sur la voie de circulation. Faut bien passer sa rancœur sur quelqu’un ! Sans quoi le monde ne serait plus vivable.

 

Le monsieur très chic est parti sans me dire au revoir. Il a vérifié le désert du couloir avant de se tirer. Toujours pas envie d’être vu en compagnie d’un licencié en assassinat, payant patente, reçu à son examen avec la mention très bien.

 

Ce coup-ci, il ne m’a pas demandé une intervention « très dommageable », « Petit Père » non plus. Je ne suis pas un assassin pour rien. Je comprends vite.

 

D’ailleurs, sans charre, je crois bien que c’est pour ça que le Roshi m’aime bien et m’appelle « son fils ». Je suis le premier à reconnaître très modestement, que je suis intelligent. Lorsque l’on m’explique longtemps, je...

 

… Mais nous ne sommes pas là pour causer de mes performances, n’est-ce pas ?

 

Allons plutôt au turbin.

 

Le vieux colonel de cavalerie que j’avais rencontré dans le restaurant de la castagne avec les poulets, dans l’affaire Dupond, est là, à la sortie des portes vitrées de l’aéroport.

 

- C’est un plaisir de vous revoir, Monsieur… La jaguar se trouve contre ce trottoir, un peu plus haut, cinquante mètres.

 

Bret prit les clés et sentit qu’il y avait quelque chose de changé. Il examina le jeu de clés dans sa paume et de la chaleur vint dans son cœur en suivant le dessin du pendentif. C’était celui d’une femme qui s’enlace à un homme, nus tous les deux, membres confondus.

 

Le vieux militaire souriait aussi.

 

- C’est moi qui ai amené la voiture jusqu’ici… C’est la sienne, maintenant, depuis la mort de son père…

 

Curieux pendentif, n’est ce pas ?... Hindou, je pense… Elle a dit que vous aimiez cette voiture et elle la met à votre entière disposition…

 

Bret devinait que l’homme n’avait pas tout dit ; qu’il ne comprenait pas la suite, d’où sa réticence…

 

- Oui ?

 

- Bien, elle m’a dit de vous répéter textuellement : « à n’utiliser que le cœur libre ». Voilà, je vous répète !

 

- Bien…

 

- Ce fut un honneur pour moi de vous revoir, Monsieur.

 

 

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