35. La trace

 

La furie de la tempête devint une tornade. Le vent se déchira sur les crêtes. Son hurlement rugit dans la vallée comme un millier de lions de montagnes furieux. Les arbres se pliaient et les rocs labouraient la terre qui frémissait.

 

Les murs du monastère vibraient et des fissures apparaissaient entre les pierres qui se séparaient. Le vent s’engouffrait et les moines avaient peur de cette colère de la nature qui s’aggravait de silence en silence.

 

Les arbres et les rocs balayés par le vent encombraient le torrent qui hurlait sa colère d’être ainsi entravé. Les eaux bloquées en aval s’accumulaient, là où la rivière faisait un méandre et où il était possible de travailler quelques jardins. La terre partit avec les eaux qui l’envahissaient et roulaient sur elle avec un gloussement de celui qui suce le sang de la vie.

 

La peur envahissait le monastère. Hiro tenta de maitriser ses moines de ses yeux de tueur, son sabre de combat à la main. Mais il ne pouvait rien devant cette furie qui envahissait tout et même le cœur des hommes qui craignaient de se tenir debout.

 

Lorsque le toit du temple partit avec le vent, ils se précipitèrent dans le réfectoire. Cette construction de pierre plus ancienne se logeait dans le creux du vallon et ils pensaient y être à l’abri. Mais les eaux vinrent par le Ciel et elles s’accumulèrent là. Dans la lenteur de la mort qui monte et pousse la vie, l’eau s’infiltra sous les portes. Les moines tentèrent de la bloquer avec des couvertures, mais elle s’accumulait contre le bois. Dehors la cour devint un ruisseau, puis un lac.

 

Ils ne pouvaient fuir nul part. Les murs et les cours du monastère restaient leur seul refuge encore possible. Dehors, le Démon de la violence donnait son plein. Son rire griffait chaque parcelle de la vie de la terre et tentait de l’avaler.

 

- Je ne veux pas mourir, dit le jeune moine… celui qui avait déjà demandé ce que voulait dire le jeune Blanc avec ses mots « vous ne savez pas ce que vous faites ! »

 

- Tu mourras comme nous tous si les Dieux en ont décidé ainsi, dit l’un des plus vieux.

 

Il s’était assis sur une table et il dressa le corps en posture de méditation. Il voulait quitter dignement la vie de cette terre. L’eau monta dans le réfectoire et ils durent remonter leur robe aux genoux.

 

Hiro avait disparu quand le vent prit le toit du temple. Dans la Salle Secrète, le Maître gisait inconscient. Du sang séché marbrait ses joues et son cou.

 

« Encore vivant ! »

 

Hiro le prit entre ses bras et comme un enfant que l’on porte au lit, il gravit les marches intégrées dans le socle de la statue de bois du Bouddha assis.

 

Le vent et la pluie les saisirent lorsqu’il poussa la porte dissimulée dans le dos du Bouddha.

 

« Il ne faut pas qu’ils voient le Maître en cet état ! »

 

Il profita d’une bourrasque qui poussa tous les moines à se réfugier dans le réfectoire pour courir de toute sa force et traverser la cour principale comme un clin d’œil à peine visible. Lorsqu’il arriva au pavillon du Maître, il déposa le corps sur sa couche. Tout restait intact ici, comme le pavillon du jeune Blanc.

 

« La furie du monde n’a pas touché ici ! »

 

Il déshabilla le vieillard et commença la réanimation de son corps maigre. Il sait que cela va lui prendre longtemps et il oublia le monastère, les moines, tout… Seul le Maître sous ses mains était son monde.

 

Heidi l’avait vu courir à travers le jardinet tenant contre son torse la maigre carcasse du Maître

 

« C’est la catastrophe !» lâcha-t-elle du bout des lèvres.

 

Mais aucune compassion ne sortit de son cœur. Elle sentait dans son corps que ce sont eux qui ont provoqué ce déchainement des éléments de la Terre et du Ciel. Elle sait aussi dans son corps que ce sont eux qui ont provoqué le vide dans le lit du jeune Blanc

 

Elle se tenait sur la véranda du pavillon du jeune Blanc.

 

« Je t’attendrai ici, mon Ange »

 

Tong se glissa dans le temple. Il longea les murs de la cour. Il voulait se confondre avec la muraille.

 

Le vent poussait la pluie dans sa violence et le toit ruisselait sur la tête du Bouddha.

 

Le moine avait aperçu Hiro traversant la cour en courant, le Maître entre ses bras.

 

« Ah ! C’est donc là que le Maître était ! »

 

Il laissa les moines s’engouffrer dans le réfectoire. Ils ne perçurent pas son absence. Il s’enfonça dans une encoignure sombre, puis il glissa contre les pierres des murs pour gagner l’entrée du Temple. Les portes battaient sous le vent.

 

C’est le vent qui le conduit dans l’arrière salle, celle du Bouddha de bois assis. Le bruit d’une porte battante l’interrogeait car il n’y avait pas de porte dans cette salle en dehors de celle donnant accès à la pièce principale.

 

Il découvrit la porte derrière la statue. Elle battait sous le vent qui venait du toit et aussi des escaliers qui s’enfonçaient dans le socle du Bouddha. Une lumière venait d’en bas et il se conduit par la main sur la paroi du rocher pour se guider dans sa descente.

 

La lumière du jour donnait assez pour se rendre compte de l’ampleur de la salle sous le temple, creusée dans le rocher.

 

« La fameuse Salle Secrète ! »

 

Le vent s’engouffrait par la baie éclatée donnant sur le précipice du torrent. Il découvrit tous les Livres de la Famille… des milliers d’ouvrages !

 

Il savait avoir peu de temps devant lui. Il fallait qu’il utilise le point zéro que le jeune Blanc lui avait enseigné. Ainsi son corps fut attiré par une rangée d’ouvrages prés de la baie ouverte. Ils avaient tous pour titre principal « le Traqueur Silencieux »… ensuite chacun avait un sous titre … « le tourbillon »… « la mafia »… « la mère »… « le père »…

 

Il passa vite et alla à la fin de la file de livres. Le dernier ouvrage avait le titre de « Celle qui l‘a tué ». Il reçut un choc dans son ventre et prit l’ouvrage qu’il glissa sous sa robe.

 

Mais le picotement dans ses mains lui dit que « tout » n’était pas accompli. Alors il se laissa guider et à genoux il découvrit un autre ouvrage qui avait glissé sous le meuble contre la paroi rocheuse. La couverture de cuir avait des marques de sang. Du bout du doigt il sentit que ce sang était récent, de quelques heures. Le titre était « le Traqueur Silencieux et l’Enfant ». L’ouvrage vibrait fort dans sa main qui se remplit de douleur. Il le glissa aussi dans sa ceinture sous la robe et son ventre brûla.

 

Un bruit vint de l’escalier. Le moine se glissa derrière une tenture. Il n’avait pas peur. Il était prêt à tuer. Il savait dans son cœur qu’il avait contre son ventre la Vérité qu’il sentait vibrer depuis des jours dans ce monastère. Il ira jusqu’au bout de sa découverte ! Il sentait que cette découverte le mènera à cette Libération qu’il aspire de toutes ses fibres depuis son enfance, depuis qu’il se souvient d’exister.

 

Hiro apparut. Il tenait une torche de résine allumée. Il était inquiet. Il regardait de tous les côtés, comme s’il cherchait quelque chose. Il s’approcha de l’endroit où le Maître était tombé et il glissa la torche prés du sol. Il cherchait le Livre de « l’Enfant ». Lorsque le Maître est revenu à sa conscience, ce furent ses premiers mots :

 

- Va chercher le Livre de « l’Enfant »… Il a glissé de mes mains lorsque le vent fit exploser ma conscience et qu’une main broya ma nuque.

 

Hiro cherchait. Il glissa à plat ventre sur le sol, la torche à bout de bras.

 

Tong se déplaça lentement derrière la tenture et longea le mur. Ainsi il arriva prés de l’escalier et alors que Hiro passait sa tête sous une lourde table, d’un mouvement souple il gravit les premières marches. Il avait son souffle dans le point zéro tel que le jeune Blanc le lui avait enseigné et il se sentit propulsé par une force qui n’était pas lui. Aucune peur, aucune incertitude. Un geste parfait !

 

Il remonta l’escalier, laissa la porte ouverte comme l’avait laissée Hiro et glissa sans bruit dans les deux salles. Avant de s’éclipser dans la cour, il resta un long moment à observer l’espace devant lui.

 

« Personne ne doit savoir ! »

 

- Lis-moi cela, demanda Heidi.

 

Le livre de « l’Enfant » brûlait dans sa paume. C’est lui qu’elle prit immédiatement lorsque Tong lui montra sa trouvaille et lui expliqua la présence de la Salle Secrète sous le temple.

 

Elle écoutait à peine. L’histoire avec Hiro ne toucha pas son attention. Elle était capturée par le second livre dans les mains de Tong. Celui-là lui tordait les entrailles et son cœur avait envie de pleurer. Alors elle le lui prit des mains. Elle l’arracha presque. Elle l’ouvrit et il se laissa voir en son milieu. Les mots couraient devant ses yeux et elle vit du sang qui coulait d’eux. Elle ne savait pas lire. Alors elle dit à Tong :

 

- Lis-moi ce qui est là !

 

Il fut surpris car cela était un ordre. Il s’assit prés de la lampe à huile et il commença à déchiffrer les lettres.

 

Heidi s’assit en face de lui et joignit ses mains sur son cœur. Puis elle ferma les yeux et écouta.

 

 

 

L’auberge

 

 

Ange avait faim mais il voulait voir l’eau s’écouler librement. Il remontait l’Avenue et un taxi vide lui donna l’envie. Il le héla et la grosse Volvo vint contre la double file de voiture dans un mouvement souple.

 

- Sortez de Paris vers la Marne et trouvez-moi un restaurant sympa près de l’eau.

 

Le chauffeur se retourna et le coup d’œil suffit pour qu’il conclue qu’il n’avait pas affaire à un dingue.

Ange n’avait pas envie de parler; juste se laisser bercer.

 

- N’allez pas trop vite.

 

Il a mangé du poisson sous un saule qui ombrageait le coin de terrasse. L’eau coulait paisiblement à ses pieds à moins de trois mètres.

 

Il n’a rien dit et on l’a observé curieusement au début; les habitués qui prenaient l’apéritif, puis deux ou trois pêcheurs qui s’en revenaient avec leurs cannes et qui parlaient des touches de la matinée... Mais que ce n’était pas comme l’année dernière. Le patron confirma « avec toutes ces nouvelles usines... »

 

La grosse femme qui trônait derrière la caisse lui jetait des coups d’œil tout en répondant aux boutades des autres.

 

- Hé! Germaine... A quoi tu penses donc.

 

- A rien...

 

Il savait qu’il l’étonnait avec son verre de jus de fruit mais il était tranquille. “Petit Père “ devait avoir veillé à l’absence de photo de lui.

 

Il l’étonnait, tout au plus. Elle lui avait demandé s’il était pêcheur. Il avait souri, sans rien répondre.

 

Elle s’était entretenue avec le chauffeur de taxi qui avait pris l’apéro. Ils se connaissaient.

 

Maintenant, il est accepté et on ne le regarde plus, sauf à vouloir remplir une nouvelle fois son assiette.

 

- Mais enfin!... une seule truite grillée et du riz... et ça vous suffit!

 

- Mais regarde-le donc Germaine!... le Monsieur il n’a pas de chair sous la peau.

 

- Pas étonnant que vous soyez fatigué!

 

- Vous avez des chambres?

 

- Trois... Mais ce n’est pas un vrai hôtel ici... Plutôt une auberge de fin de semaine. Les toilettes sont sur le palier et il n’y a pas de baignoire, seulement une douche.

 

- Cela me convient tout à fait.

 

- Pour une nuit ?

 

- Je ne sais pas.

 

- Je te le disais bien Germaine!... le Monsieur il veut se reposer et tu ne le laisses pas tranquille avec tes questions... Pardonnez Monsieur! Vous savez comment sont les femmes, quelles curieuses! Vous êtes marié?

 

- Non.

 

- Et toi qui me dit que je suis curieuse!

 

- Je n’ai aucun bagage... Ni brosse à dents, ni rasoir.

 

- La belle affaire!... Albert vous donnera tout ça, n’est-ce pas Albert ?

 

- Monsieur se rase à la lame, je suppose.

 

- Oui.

 

- Alors, j’ai un coupe chou de mon grand père qui vous ira, j’en suis sûr. Je vais lui donner un coup sur le fil.

 

Il leur dit qu'il souhaiterait marcher au bord de l’eau. Ils indiquèrent un sentier en se chamaillant, comme à l’accoutumée. Ils n’étaient jamais d’accord mais tout cela voulait dire « mon cœur ».

 

 

Le Président

 

 

- Monsieur le Président, cela était prévisible!

 

- Quoi donc, Monsieur le Conseiller ?

 

- Mais... Ce véritable bordel mit par ce Ange Bret!

 

- Je ne vois pas ce dont vous parlez, Monsieur le Conseiller.

 

- Mais, Monsieur le Président... Cette conférence que vous devez tenir tout à l’heure.

 

- Oui, et bien?

 

- Mais c’est... Il faut démentir!... A cause de lui...

 

- Je ne comprends toujours pas ce dont vous parlez, Monsieur le Conseiller...

 

- Monsieur le Président... Vous vous souvenez qu’à dix sept heures vous avez une conférence de Presse...

 

- Je ne suis pas encore gâteux, Monsieur le Conseiller, bien que certains laissent courir certaines rumeurs sur ma santé et les vestiges de mon intelligence.

 

- Je ne voulais pas insinuer, Monsieur le Président...

 

- J’en suis bien certain, Monsieur le Conseiller.

 

- Mais... Bret… Cet assassin de la Famille Shin.

 

- Et bien quoi! Monsieur le Conseiller. Il fait très bien son métier. Il assassine.

 

- Mais...

 

- Ah! Monsieur le Conseiller... Vous êtes « Conseiller », seulement. Vous notez la différence.

 

- Oui, Monsieur le Président.

 

- J’en suis bien aise, Monsieur le Conseiller... Alors, ainsi, si je vous comprends bien, vous exprimez une certaine angoisse pour cette conférence de Presse “exigée“ par ces messieurs les journalistes.

 

- Oui, Monsieur le Président.

 

- Alors, sachez, Monsieur le Conseiller, que moi, en revanche, j’en suis bien aise car cela m’évite de trouver une excuse pour la provoquer.

 

- Je ne comprends pas, Monsieur le Président.

 

- Ce qui fait que vous n’êtes que Conseiller.

 

- Oui, Monsieur le Président.

 

- Je suis bien aise de votre accord, Monsieur le Conseiller… Donc, puisque vous avez bien voulu m’interroger d’une si délicate façon, je vous confirme que Monsieur BRET « travaille pour moi »… que je l’ai fait venir d’Asie, très justement pour mettre le bordel, et que je suis très content de ses services car il y réussit très bien. Voilà tout ce que je vais dire aux journalistes.

 

- Mais POURQUOI ?

 

- Mais Monsieur le Conseiller, la raison en est simple : lorsque le Premier des Français s’aperçoit que les « employés de l’Etat » s’estiment le droit, que dis-je!, le POUVOIR, de régler leurs affaires à leur convenance sans NOUS, qui restons dans l’ignorance des faits, ce Premier des Français ne peut, pour accomplir la tâche que lui a confiée le PEUPLE, que demander de l’aide étrangère et en conséquence NOUS remercierons très chaleureusement ces journalistes qui collaborent avec efficacité à la recherche de la Vérité.

 

- Mais VOUS allez leur dire que Bret n’est pas fonctionnaire!...

 

- Tout à fait... Une organisation libre et indépendante au service des Princes.

 

- Mais... des Assassins!

 

- Cela, Monsieur le Conseiller, je ne leur dirai pas... La France n’a pas besoin de connaître nos pensées profondes sur les mécanismes d’assainissement social.

 

- C’est... Monsieur le Président!...

 

- Monsieur le Conseiller, CELA rappellera à l’ORDRE tous ceux qui, ces temps-ci, jouent leur jeu derrière NOUS. Vous allez les voir très bientôt solliciter des audiences alors que pour l’instant ils ne répondent même pas à mon courrier.

 

 

La paix de la rivière

 

 

Il revint le soir, les chaussures crottées qu’il frotta avec soin sur le paillasson. L'aubergiste l’observait derrière sa caisse.

 

- Tiens, Albert! C’est pas toi qui en ferais autant!

 

- Alors, Monsieur, la promenade a été bonne?

 

- Délicieuse. Quel calme, par ici!

 

- Trop, si vous soulez savoir... Les gens ne sont plus comme avant... Les guinguettes, les salles pour danser au bord de l’eau en se contant fleurette, c’est plus de notre époque je vous dis!

 

- Allons, Germaine... Faut pas trop médire ; nous avons de la chance par rapport à d’autres qui ont dû fermer.

 

- De la chance ! Comme tu y vas Albert!... Le diable par la queue que nous tirons mon pauvre Monsieur... C’est bien simple, chaque année on se dit qu’on ferme!

 

- C’est bien vrai!... Mais comme on habite là depuis toujours...

 

- On se dit que ma foi, quitte à être là! On peut bien ouvrir...

 

- C’est bien vrai, Germaine.

 

- Allons, mon Albert, il ne faut pas embêter Monsieur avec nos soucis. Quel dommage! Vous n’étiez pas là pour le sketch du Président.

 

- Faut pas médire, il a bien parlé!

 

- Pardi! Il ne pouvait pas faire autrement avec l’affaire de ce gosse... Vous êtes au courant?

 

- Un peu.

 

- Le monsieur, c’est un solitaire, ça se voit tout de suite.

 

- Mais vous avez entendu ce que disent les journaux... et maintenant le Président qui promet des “sanctions exemplaires“ il dit!

 

- Bien qu’avec lui, entre les mots et la réalité, il y a un monde... Oh! pardon Monsieur... Je ne voudrais pas médire de quelqu’un que vous aimez peut-être bien.

 

- Non... Je ne m’intéresse pas à la politique.

 

- Tiens, qu’est-ce que je te disais Germaine... Le Monsieur il a l’air d’un homme sage.

 

- Tais-toi donc Albert... Le Monsieur n’a pas besoin de savoir qu’on parle de lui lorsqu’il a le dos tourné; peut-être qu’il n’aime pas, n’est ce pas Monsieur?

 

- Qu’a donc dit le Président ?

 

- Celui-là, il nous en a bouché un coin... Y a pas à dire, il sait fabriquer ses effets. Vous vous rendez compte!, il a dit que le fameux Commissaire Divisionnaire Spécial qu’il a fait venir de Chine EXPRÈS pour l’affaire COLA, et bien, tenez vous bien Monsieur, il parait que c’est un faux.

 

- Oui, Monsieur, un faux Commissaire... !

 

- Un faux tout, quoi... On sait pas ce qu’il est au juste! Comme un courant d’air... ça passe, ça revient, ça s’en va!

 

- Oui, il disait que c’est « de la main d’œuvre étrangère », TE! J’ai bien retenu la phrase car pour moi, je suis pas d’accord! Avec tout le chômage qu’il y a chez nous!

 

- Oui, mais il parait Albert qu’il n’y avait pas cette spécialité disponible en France... Du moins, c’est ce que j’ai cru comprendre.

 

- Oui, Moi aussi... Mais tout de même de la main d’œuvre étrangère! Ça la fout mal.

 

- Allons, le Monsieur doit avoir faim… Toujours pas un apéro ; c’est ma tournée.

 

- Merci, je ne bois pas d’alcool.

 

- C’est pas de l’alcool... Un pastis!

 

- T’as bien vu Albert que le Monsieur il ne boit même pas de vin à table!

 

Il mangea une soupe de légumes, puis de nouveau du poisson puis un peu de fromage. Il n’était pas pressé puisque STÉPH était déjà mort. Les choses se déroulaient comme il les voulait.

Sur la terrasse il faisait frais et humide. La patronne est venue trois fois pour lui conseiller de rentrer. Il a souri, du moins elle le crut à l’étirement des lèvres vers les oreilles.

 

Il savait que Yoko l’attendait et se faisait du souci, que Chity restait prés du téléphone, que Madame Broussard surveillait les bruits dans la rue... Tous l’attendaient… Marc Antoine aussi, sûrement autour du jardin public où près de chez José... Tous comptaient sur lui. Même Stéphane qui lui mentait aussi, comme les autres.

 

Tout à l’heure il montera dans sa chambre et sur le petit balcon qui surplombe la rivière il pliera deux couvertures pour s’en faire un coussin et prendra la position de méditation. Très vite sa respiration lente dans le ventre le conduira ailleurs que chez les hommes.

 

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- C’est beau, dit Heidi… Quelle douceur !

 

- Je crois que je commence à comprendre, dit Tong.

 

- Quelle tendresse, dit la jeune femme.

 

- C’est la vibration que je sentais ces jours-ci autour du jeune Blanc, ajouta Tong.

 

- Il se nomme aussi « Ange », dit Heidi les larmes dans les yeux… Tu crois que c’est le même ?... le « notre » demande-t-elle.

 

Mais elle sait que c’est le même. Elle prend le livre des mains de Tong et le porte à sa joue. Elle le caresse de sa peau et de ses lèvres.

 

- J’aime ce Ange Bret… Il a la même odeur que le « mien », ici… Mon « Ange »

 

- Je crois que le Maître et Hiro ont programmé une belle saloperie ici !

 

- Cela n’a pas d’importance, dit Heidi, les yeux dans le vide de la nuit devant eux.

 

- Pourquoi ? demanda le moine.

 

- Parce que il n’est pas possible de tuer ce qui n’est pas tuable.

 

- Je ne comprends pas.

 

- On ne peut pas tuer l’Amour… et ces mots sont de l’amour dans chacun de leur son… J’aime ta manière de les lire, Tong… Merci.

 

Le long moine ne comprenait pas bien. Mais la jeune femme était souriante, comme soulagée d’un poids. Alors il se laissa aussi aller à appuyer sa tête sur son épaule et il s’endormit ainsi.

 

Elle le laissa faire et elle le soutint une grande partie de la nuit. Le silence du noir devant elle et le bruit de la nuit donnant encore toute la violence de ses éléments ne lui faisaient plus peur.

 

- Je sais maintenant comment te rejoindre « mon Ange »… Je vais prendre le chemin que tu me montres.

 

… Je vais suivre ta Trace !... et je te retrouverai là où tu es.

 

Le sourire agrandit ses lèvres et elle pleura doucement sur la vie qui coule sans violence dans l’amour du cœur véritable.

 

 

 

 

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