43. Seule l’Action libère.

 

Les jours alignaient les jours et créaient des semaines. Les semaines alignaient les semaines et créaient des mois.

 

L’hiver glaça les crêtes et les corps.

Les corps se recroquevillaient sous la morsure du vent glacial venant des crêtes qui parfois disparaissaient dans le nuage de la poudre des neiges sur le plat, au-delà de la dentelle des rocs.

 

La double robe des moines ne suffisait pas à les protéger. Cela les portait vers la méditation dans la puissance du souffle qui réchauffe les entrailles. Hiro était un maître de cet exercice en force et il conduisait alors les corps avec vigueur. Aussi ils se rapprochaient de lui pour avoir plus chaud.

Hiro retrouvait ainsi de sa puissance auprès d’eux et il en fut heureux ; il s’en ouvrit au Maître qui sourit et qui dit simplement : « C’est bien !»

 

Les moines continuaient à écouter les enseignements de Heidi, mais ils n’avaient plus la flamme de l’été. Ils étaient en hiver et c’est le temps du repos des esprits qui font les comptes.

 

Heidi et Tong se sentaient seuls dans ce lieu qui était comme un sommeil qui se prolonge.

 

Pourtant, ce silence autour d’elle était riche en surprises. Une langueur qu’elle ne connaissait pas se développait autour d’elle et elle la sentait pénétrer en elle, souffle après souffle, dans une tendresse nouvelle. Elle se fit plusieurs fois la réflexion que cela semblait venir d’un autre Monde et elle eut confiance dans cette délicatesse qui semblait guider les mouvements de son esprit.

 

Il lui semblait aussi dans ce silence curieux qui lui épanouissait le corps et laissait sa tête au repos, que « son » Ange était là, tout proche ! Elle ne le voyait pas, mais il était là !... Cette douce certitude lui donnait un visage plein de bonheur et Tong s’en interrogeait car ils étaient maintenant si seuls tous les deux !

 

Puis une nuit, alors que le vent glaçait les corps dans les lits et entrait sous les couvertures, elle eut très chaud, comme en plein soleil d’été. Elle se laissa aller à cette caresse de chaleur qui la pénétrait intimement et elle eut un orgasme. Elle transporta la puissance de son plaisir du corps dans son cœur et envoya cette énergie à son Ange d’ici qu’elle sentit si proche, tout à côté d’elle.

 

Attentive, dans une extrême lucidité qui ne semblait pas appartenir à cette Dimension, elle entendit : « Va dans la Salle Secrète et prend le « Tourbillon » du Traqueur Silencieux ».

Elle en est maintenant certaine ! C’est la voix de son Ange d’ici !

 

Alors elle sort de sa couche et se couvre d’une large couverture qui lui tombe aux pieds.

La cour des moines est vide. La porte du Temple est entrebâillée. Celle de la Salle Secrète est ouverte !

 

Elle se laisse guider. Ses pas sont rapides et clairs ; aucune peur en elle. Tout est ouvert devant et elle va directement au coin de la bibliothèque où se trouvent les Livres de l’ancien fils du Maître.

 

Le premier volume est devant elle. Elle tend le bras pour s’en saisir.

Une main stoppe sa main. Une main douce, fine, une main d’un homme doux qui n’existe pas dans un corps.

 

Elle frémit et ce frémissement gagne chacune des fibres de son corps. Elle n’a pas peur ; la main lui tient toujours la main et leurs doigts s’enlacent.

 

- Je sais que tu es là, dit-elle dans un souffle qui ne semblait pas exister.

 

Un souffle toucha sa nuque et elle courba le cou pour lui permettre de glisser sous la couverture ; il descendit dans le dos et le frémissement s’augmenta dans sa colonne vertébrale, son Tan Tien secret s’activa et une douleur naquit là.

 

Elle aspira cette douleur dans son dos, comme Il le lui avait appris. La chaleur gagna ses épaules, rayonna dans ses bras et la nuque chaude devint brûlante. Elle eut un orgasme nouveau, debout, appuyée au bois de la bibliothèque.

 

« C’est bien » entendit-elle contre son oreille… « Maintenant tu es prête à entrer dans l’action de la vie et la modifier »

 

Elle ne sut pas ce que cela voulait dire, mais la Confiance était en elle et elle sentait dans tout son corps, la Force de son Ange.

Il venait une fois encore de se donner à elle !

 

La main quitta sa main. Elle resta le bras tendu vers le livre ; elle ne bougeait pas ; elle savait qu’elle ne devait pas bouger, mais elle ne savait pas pourquoi. Alors elle obéissait à cette impulsion qui venait en elle d’un autre « état ».

 

Puis, son cerveau lâcha prise lorsque le livre « le Tourbillon » vint dans sa main tendue ! Il se posa sur sa paume dans la douceur de l’amour qui donne.

 

Elle se souvint d’une phrase de « son » Ange une soirée sans lune avec le vent doux glissant dans la vallée :

« Il y a ceux qui donnent… Il y a ceux qui prennent ! »

 

Elle ne prit pas ; elle ne ferma pas la main sur le livre qui se reposait dans sa paume. C’est la main invisible qui prit ses doigts un à un et les referma sur le cuir de l’ouvrage.

 

Une autre main invisible soutenait son poignet et la soulagea du moindre effort musculaire. Ainsi elle pouvait être dans la complète attention du transfert d’énergie qui se passait en elle… par la main… par le Livre… par le Souffle de l’Invisible Etre… et tout cela réuni dans son corps par la force qui venait de son Tan Tien secret et qui maintenant rayonnait partout.

 

« Va ! » entendit-elle contre son oreille.

 

Elle eut le sentiment que ce Souffle lui posait un baiser sur la commissure des lèvres. Elle ouvrit doucement la bouche et le Souffle entra.

Il avait une saveur qu’elle connaissait bien ; c’est celle de « son » Ange.

 

- Je savais bien que tu n’étais pas parti !

 

Ce fut un petit rire qui lui répondit et elle entendit de nouveau : « Va ! »

 

Elle remonta les marches creusées dans le roc. La porte de la Salle Secrète cachée dans le bois du dos de la statue du Bouddha se referma derrière elle, toute seule.

La même opération magique se répéta pour la porte du Temple.

La cour des moines était toujours vide.

 

Elle gagna le pavillon de « son » Ange et s’allongea sur sa couche ; elle tenait le Livre bien serré contre son cœur.

Elle ferma les yeux. La Chaleur se transforma en Lumière et elle Le vit, « son » Ange, avec un manteau transparent.

Elle s’endormit dans cette vision.

 

 

Au soir, elle dit à Tong :

 

- Lis le « Tourbillon »… C’est le premier volume de la série de cet Ange si lointain que l’on appelle « le Traqueur Silencieux. »

 

Tong la regarda interrogateur.

 

- J’ai fait le rêve cette nuit que mon incertitude du moment va être détruite par lui et que je saurai retrouver un autre souffle… Lis, mon ami !

 

Elle s’installa sur le tabouret de la véranda et appuya son dos à la paroi de bois. Devant ses yeux le soleil couchant déployait ses impermanences.

 

Tong glissa les doigts entre les pages et ouvrit au premier chapitre ; Sa voix rauque courut sur les fibres de sa gorge et il sentit la force des mots qui sortaient par ses lèvres entrouvertes.

 

- C’est magique, dit-il dans un souffle.

- Oui, c’est magique confirma la jeune femme dans le même souffle qui l’unit à lui.

 

Il se sentit aimé ; pas seulement par Heidi qui le prenait comme ami, mais aussi par cet « autre » Ange, si loin d’eux, dont le corps est parti un jour en fumée sur le bois en feu du bûcher.

Cet « autre » Ange aime les hommes. Il le ressent dans chacune des vibrations des mots.

Des larmes montèrent mais ne passèrent pas ses paupières. Heidi n’aimait pas les sensibleries.

 

Sa voix emplit le silence de la nuit et les mots s’égrenèrent.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

 

Le Tourbillon… Commencement.

 

 

Eh Be !.... Que Paris est triste dans le vent de ce début d’hiver. Je l’avais quittée Gaulliste Pompon. Je la retrouve socialo. Elle suinte sa fadeur par tous les pores des murs… Je remonte le col de mon blouson et allonge le pas ; j’ai froid … Neuf ans déjà ! …

Pourquoi je suis de nouveau dans mon pays ? Je vous laisse l’explique avec le digne chef de notre Famille d’Assassins, He ! Nobles Assassins!... Faut pas croire les mauvaises langues ! Au service des Empereurs et des Rois Nous sommes… pour les aider à gérer avec subtilité leurs problèmes internes par la marge… SHIN voudrait signifier « cœur intense » !!!! C’est notre Nom.

 

Bref, c’est ce qu’ils disent à tous les coins du monastère lorsque l’on est obligé de porter l’oreille contre la bouche des vieux moines, histoire de la réchauffer avec ce vent glacial qui descend des crêtes de la montagne et envahit les couloirs… Mais vous n’êtes pas obligé de les croire !... Je vous dis cela en passant et courant vite dans les courants d’air ; histoire de vous tenir au parfum, car vous ne le savez pas encore, je déteste les cachoteries et je dis toujours la vérité, histoire de me soulager la vessie lorsque je ne suis pas en train de tuer quelqu’un afin de libérer mon foie rempli de colère d’être immobilisé sur cette Terre de Cons … Vous voyez derechef comment je suis intelligent pour avoir compris le problo de l’humanité alors que je pèse tout juste mes vingt cinq tickets printaniers.

 

Le Maître regarde le jeune homme dans le fond de son âme. Ses yeux transpercent ses yeux et sa lueur glisse dans le creux du cœur. Le jeune homme soutient ce regard de feu sans sourciller, assis en tailleur devant lui.

Le Maître l’a fait revenir de l’Hermitage de la montagne bien au-dessus du monastère. Le pigeon voyageur avait une bague rouge à la patte gauche. Le message était clair : « Reviens mon fils, j’ai besoin de toi. »

 

La marche fut rude d’une journée dans l’acier du vent glacial des crêtes qu’il fallait couper à chaque foulée, les joues saignantes de sa griffure. La porte du monastère s’ouvrit devant lui, poussée par deux moines arqueboutés contre le lourd montant de bois brut.

Hiro, le Maître cuisinier, debout au milieu de l’allée examina le jeune homme devant lui, cherchant les failles de son corps. C’est lui le moine guérisseur des corps et il y veille à chacune de ses respirations, ses yeux globuleux scrutant chacune des fibres.

Il connaît bien celles de ce jeune blanc ; c’est lui qui a bataillé des semaines durant pour retirer la mort de lui lorsque que le Maître l’a trouvé agonisant dans le creux du torrent.

 

Ange lui laissa son temps, sans un mot… Il connaît le cheminement de l’énergie du moine et ne fait pas obstacle à sa fluidité. Telle est la règle de ce monastère si particulier et unique au Monde qui fait la peur à son seul nom, Shin.

 

Satisfait, le moine mongol remua son crâne rasé et dit :

 

- Le Maitre t’attend dans la Salle Secrète.

 

Maintenant il est devant le Maître suprême de cette Noble Famille d’Assassins, une tasse de thé brûlant entre les paumes de ses mains glacées. Il attend, comme il sait le faire ; avec un sourire ironique étirant ses lèvres minces, comme celui en attente tranquille de la super connerie qu’on va lui balancer.

 

- Je vois que la dureté des vents de la montagne ne t’a pas fait perdre ton arrogance, soupira le Maître en souriant lui aussi, mais avec cet étirement des lèvres vers les joues qui crée la gentillesse sur le visage…

 

Le Maître continua son soupir dans son ventre et sa respiration longue fournit les mots qui coulèrent de ses lèvres entrouvertes.

 

- Et justement tu vas avoir besoin de ta fierté si mal placée pour résoudre une difficulté majeure de l’Empereur des Français.

 

Le jeune homme sourcilla. Nulle envie de revenir dans son pays !

 

- Tiens, tu comprends vite, sourit le vieillard… Tu vas devoir travailler sur tes émotions et en finir avec la formation exceptionnelle que je te donne… Ne t’en déplaise !

- Hon… Hon…, fait Ange du fond de sa gorge.

- Donc, tu l’as compris, tu vas travailler pour ton Empereur et revivre dans ta chair le bonheur de retrouver le pays qui t’a fait naître, continua le Maitre en étirant le sourire vers ses oreilles.

 

« C’est clair que ce vieux gonze se fout de ma tronche » soupire le jeune homme dans le secret de sa tête.

 

- Bref, tu vas rencontrer un certain professeur Dupond dont certaines découvertes secrètes se retrouvent en Russie… ce qui ne fait pas plaisir à la France… et non plus à son Empereur car certains croient que c’est Lui l’origine de ces transmissions, compte tenu de ses très bons rapports avec ce pays socialiste dont il est un fervent admirateur… Compris le problo ? si j’emploie ton vocabulaire de chien à l’emporte pièces.

- Compris, dit le jeune homme... Sauf une question, cher Maître de cette Famille de Fous… Je tue qui ?

- Ce que tu veux ! sourit le vieux moine… L’important est de sortir d’affaire l’Empereur.

- Bref ; je fous le bordel…

- Ce qui ne te changera pas beaucoup de ton habitude naturelle, tu en conviendras avec moi, mon cher fils, acheva le Maître.

 

Le jeune homme se leva de son coussin dans le mouvement souple des ses cuisses qui accompagnent le dos. Le Maître suit chacun de ses mouvements. Ce sont ceux du tigre. Il est content de son fils. Mais quel caractère de chien ! Ils ne reconnaîtront jamais qu’ils s’aiment et se respectent du plus profond de leur cœur d’Hommes Nobles.

Le vieillard regarda le dos du jeune homme qui glissait dans le couloir creusé dans le rocher et montant dans la salle du Temple. Il voyait encore ce dos fin et vibrant alors que la nuit entrait dans la grotte et qu’il respirait tout seul dans cette salle dissimulée au cœur de la montagne, avec comme seule présence le bruit du torrent heurtant les rocs du précipice sous les fenêtres.

 

« Reviens vivant, mon fils… J’ai besoin de toi pour prendre soin de la Famille après mon départ… »

 

Il sait qu’il envoie son fils dans un monde de requins qui n’ont que leur seul intérêt comme motivation.

 

 

Te ! Je vous le disais bien… Ce vieux gonze qui se prend pour mon père n’est pas capable d’être clair et rapide. Toujours avec des jeux de mots tordus ; un vrai asiat le vieux pas beau avec la barbichette qui lui glisse entre la raie des fesses ; histoire de se tenir au chaud les testicules pendant les longues méditations d’hiver.

 

Moi au contraire, toujours du direct et je ne vous cache jamais rien. J’appuie donc sur la sonnette du portail avec la plaque de cuivre « Professeur Dupond », super décontracte du mec sympa qui ne fait jamais rien de mal et de provocant. Le parfait gendre pour vous mesdames. Vous allez découvrir avec moi comment vous allez m’apprécier au point que je ne vais plus savoir quoi choisir avec toutes ces demandes en mariage.

 

- Oui, dit une voix de stentor, type chien des Pyrénées.

- Commissaire divisionnaire principal Ange Bret, je susurre contre le micro du pilier de pierre qui m’a l’air du vrai marbre ; c’est que dans le 16° à Paname, ce n’est pas fait pour les clébards sans médaille.

- Je vous ouvre, Monsieur le Commissaire… Nous ne vous attendions pas si vite !... et sans prévenir, ajoute la voix de métal… histoire de me faire savoir que ma mère instit n’a pas bien fait mon éduc.

 

Les trois moines principaux gérant les ordinateurs du monastère se bousculent à la porte de la chambre du Maître qui ne sourcille pas à cette intrusion. Il s’y attendait.

Depuis trois jours que son fils avait quitté le monastère il n’avait encore aucune nouvelle. Elles sont maintenant devant lui avec ces trois moines blancs sous le choc des informations. Son fils a encore fait des conneries… sa manière à lui de se tenir en pleine forme !

 

- Maître ! dit le plus âgé.

- Maître ! dit le moins âgé.

 

Celui du milieu ne dit rien car il avait reçu un mauvais coup à l’entraînement du bâton ce matin et il ne pouvait plus bouger les lèvres.

 

- N’ouvrez pas la bouche en même temps, susurra le Maître...

- Maître, c’est terrible les informations que nous recevons de France !

- Celui que vous dites qui sera notre futur maître a…

… cassé la mâchoire du haut responsable du gouvernement de l’Empereur des Français qui avait mission honorable de le recevoir à l’aéroport, dit le second dans une seule respiration.

- … pris à contre sens une voie rapide de Paris à plus de deux cent quarante ! se reprit le premier qui n’était pas content qu’on lui coupe ainsi la chique.

- … et il a provoqué quarante accidents, hurla presque le moins âgé en terminant sa respiration.

… Et maintenant la Police est chez Yoko car c’est sa jaguar qu’elle lui avait confiée dit le second qui reprit la parole à l’autre

- … et maintenant la Police connaît l’adresse de notre centre secret à Paris ! renchérit l’ancien.

… Mais cela n’est pas tout !... continua l’ancien : il a soulevé la jupe d’une hôtesse de l’air et devant tout le monde dans l’avion lui a enlevé sa culotte…

- …. Qu’il a mis aux enchères avec tous les passagers ! termina le second

 

Le troisième qui ne pouvait pas ouvrir la bouche jeta les yeux au ciel, les mains torturées par le doute comme en présence du démon.

 

Le Maître les regarda doucement, comme le ferait un père tranquille qui observe ses enfants lui raconter leurs histoires de la journée. Puis ses lèvres s’entrouvrirent et les moines retiennent leur respiration et contrôlent les battements de leur cœur en l’attente de ces mots essentiels qui sont sur le point de sortir de cette bouche divine de celui qui dirige leur existence dans ce long et difficile chemin vers le Bouddha et sa perfection.

 

- Et que dit l’hôtesse ? demanda le Maître de sa voix la plus douce.

 

Les moines fermèrent la bouche et se regardèrent. Ils n’avaient pas porté attention à ce côté du problème et ils reconnurent dans leur cœur qu’ils avaient été un peu hâtifs dans la vision de la vidéo faite par un des passagers de l’avion.

 

- Et dites-moi encore, continua le Roshi, de quelle couleur sont ses poils pubiens ?

 

Les moines roulèrent les yeux dans les orbites. Il soupira.

 

- Que vous êtes inattentifs aux détails des événements !... Pourtant je vous rabâche à chaque respiration que la Vérité est toujours dans le détail, le particulier… pas dans le général qui est la fabrication du cerveau humain malade dissocié de son unité avec la Création !

 

Les moines baissèrent la tête, honteux de leur précipitation à sauter sur leurs émotions. Ils reconnurent qu’ils sont restés sous le choc de cette scène des fesses nues de la jeune femme avec Ange la maintenant fermement par la taille, courbée sur sa cuisse … alors qu’il agitait le slip de dentelle rouge devant le visage des passagers, presque tous des Japonais, qui hurlaient d’excitation devant ce nouveau jeu présenté par la Japan Airlines afin de rompre la monotonie de ce long vol vers la France et de satisfaire leurs clients au mieux de leur attente.

 

- Et dites-moi encore, mes chers moines… Cette jeune et belle hôtesse de l’air, de quelle origine est-elle ?... Japonaise ou une occidentale en formation dans le cadre des échanges culturels entre les pays… susurra le Maitre.

- Occidentale, répondit instantanément le plus âgé.

 

Le Maître se recueillit et ils respectèrent cette longue respiration qui entrait au plus profond de la Connaissance de l’Univers et allait leur apporter la quintessence de la Vérité.

 

- Alors je puis vous dire, malgré le peu d’informations que vous portez, ce qui est inadmissible et honteux de vous qui avez la charge de suivre les pas et les mouvements de « mon » fils afin de retranscrire ses actes dans les Livres Secrets de la Famille pour l’enseignement des générations futures… dit-il dans un seul souffle devant les crânes rasés qui tentaient de s’incruster dans les dalles de pierres et de disparaître sous la honte qui envahissait leur corps et le cerveau…

 

… Donc je puis vous dire, chers moines, que cette jeune femme doit être Irlandaise, avec la chevelure rousse comme le feu… Comme je connais mon fils, il lui aura demandé si elle est une vraie rousse et elle dédaigneuse lui aura répondu qu’elle ne fournit cette information qu’à ses docteurs ou ses amants…

 

Les moines suivirent chacune des syllabes pour en connaître la saveur.

 

Le Roshi continua.

 

- Vous savez comment mon fils déteste les incertitudes et est toujours très direct… Aussi il lui aura mis la main au panier, vérifié la chaleur accueillante du lieu… légèrement insisté avec le retournement des doigts avec rotation douce du poignet, comme le connaissent si bien les nonnes de ce monastère et ce qui les fait soupirer lors des méditations du soir afin d’attirer son attention et l’inviter à pousser la porte de leur chambre… ce dont vous êtes d’ailleurs tous jaloux car malgré tous vos efforts vous n’êtes pas capables d’obtenir le même fruit de ces Dames… Mais « mon » fils n’est pas mon fils pour rien !...trancha-t-il.

 

Le Maître reprit son souffle car ce fut dans la même respiration que ces mots coulèrent entre ses lèvres tout juste entrouvertes. Les moines émerveillés comptaient les secondes dans leur ventre en suivant cette magnifique respiration des Grands Maîtres, que l’on appelle « le Souffle de la Vache ».

 

- Alors je vous disais, moines honteux, que « mon » fils, dans la bonté et la générosité de son cœur, celle que vous connaissez si bien, n’est-ce-pas ? donna à cette fougueuse irlandaise la possibilité de témoigner et de jouir de toute la force et la pulsion de son digne pays… en présentant au public la tiédeur, l’accueil et la passion de sa noblesse… D’ailleurs je suis certain qu’après avoir contenté les passagers, il a terminé sa dure besogne en la contentant, elle, sur les sièges lit des premières classes et qu’elle s’est doucement assoupie contre lui pendant le reste du vol.

- C’est cela, dit le plus âgé en sortant une petite voix d’enfant de sa grande carcasse.

- Nous n’avions pas observé ces scènes ainsi, reconnut le moins âgé.

 

Le muet tapa son front contre le dallage.

 

Le Maître continua de sa voix douce reprenant des enfants un peu incohérents.

 

- Avez-vous remarqué aussi que mon fils voyage en première classe… et je suis certain que tout le théâtre qu’il a monté ainsi fut pour le public populaire de l’avion que l’on appelle « classe économique »…

- Oui, reconnut le plus âgé… C’est ainsi Maître.

 

Le Roshi soupira encore une fois et continua.

 

- Vous n’avez donc pas perçu dans le secret de vos esprits la Grandeur de « mon » fils !... son engagement à aider toujours le plus pauvre et le moins contenté : la masse populaire !... et en surplus il améliore gratuitement la publicité de Japan Airlines toujours en recherche d’idées nouvelles pour allécher la clientèle !... D’ailleurs je vais lui demander derechef quelques sous pour cette lourde œuvre accomplie qui portera l’attention du Monde sur elle…

 

Puis il martela le sol de son bâton.

 

- Avez-vous une Vue assez haute du fonctionnement harmonieux de l’Univers pour comprendre la Grandeur de l’Action de « mon fils »

- Non, avoua le moins âgé… Pardon Maître !... Nous ne sommes pas dignes de tenir à jour les Livres de la Famille…

 

Le silence fit son bruit dans la chambre et les moines attendirent une sanction du Maître, ce qu’ils reconnaissaient comme juste dans le secret de leur cœur.

 

- Laissez donc cela, dit le Roshi conciliant… Dites moi plutôt maintenant quelques mots sur ce haut dignitaire français qui soigne sa mâchoire dans un quelconque hôpital.

 

Le plus âgé se recueillit comme il se doit lorsque le Maître pose une question. Qu’il est inconvenant de lancer une réponse sans le contrôle du souffle du cœur et de l’esprit ! Pourtant les scènes étaient devant ses yeux car c’est lui qui a suivi pas à pas le fils du Maître à sa descente de l’avion.

 

- Deux policiers l’attendaient au pied de la passerelle. Les autres passagers furent surpris car ils ont imaginé que votre fils était une mauvaise personne alors qu’ils l’avaient tant apprécié pendant le voyage dans ses jeux avec l‘hôtesse.

- L’un a pris son sac de voyage et l’autre l’a poussé dans une voiture noire avec une grosse inscription « Police » …

- Et ils sont partis vite vers un bâtiment isolé, continua le moins âgé.

- Dans un petit salon sombre l’attendait le représentant de l’Empereur des Français, reprit l’ancien.

- Un homme sec et dur, sans sourire, ajouta l’autre. Il n’a même pas salué votre fils ! Juste une inclinaison de tête.

 

Le muet suivait le déroulement des mots par ses yeux au ciel et les mouvements de sa tête. Il contrôlait la véracité des informations. C’est lui le plus sérieux des trois. Il sourit toujours dans l’adversité !

 

- L’homme en costume noir rayé tendit ses nouveaux papiers à votre fils, des cartes avec les signes tricolores dessus et en gros marqué « Police ».

- Comme votre fils avait les mains dans les poches de son blouson de daim et qu’il ne fit aucun mouvement pour prendre les papiers, le haut dignitaire les jeta sur une table basse en haussant les épaules.

- Toujours aussi sec et distant sans un sourire, termina le plus jeune.

- Puis il dit en regardant votre fils droit dans les yeux, comme le ferait un professeur avec un élève un peu bête : « Le président et la France comptent sur vous !... Sachez bien vous conduire dans ce Pays qui vous accueille de nouveau »

- Puis il tourna les talons et voulut partir…

- Sans dire au revoir et saluer votre digne fils s’insurgea l’ancien.

 

Un silence suivit ces mots. Les moines témoignaient leur désapprobation par la fermeture de leurs lèvres.

 

- Et comment était mon fils ? demanda le Roshi d’une voix douce les paupières baissées sur ses yeux.

 

Les moines connaissaient cette attitude du Maître. C’est celle qu’il a avant de tuer. Ils eurent peur et retinrent leur respiration. Puis le plus ancien s’enhardit à dire :

 

- Rien… Il était calme, les mains dans les poches… avec ce curieux sourire ironique que l’on connaît si bien.

- Il n’a pas prononcé un mot, dit le jeune.

- Et ensuite ? demanda le Roshi de sa voix toujours aussi douce.

- C’est au moment où le haut dignitaire tournait les talons pour partir de ce petit salon sombre que les deux jambes de votre fils lancées en fente ont heurté les deux policiers de chaque côté, à hauteur des basses côtes.

- Ils ont soufflé un cri rauque en se pliant en deux, précisa l’ancien, en connaisseur du combat rapproché.

- C’est alors que les genoux de votre fils les ont cueillis en pleine figure…continua le plus jeune.

- Et que leur nez a éclaté … termina le plus âgé...

- Et ils sont tombés au sol et votre digne fils les a accompagnés du talon…

- Il faut bien poser les pieds au sol de temps en temps… pas toujours les avoir en l’air, expliqua l’ancien en connaisseur.

- Et leur cage thoracique fit un curieux bruit de bois cassé.

 

Le silence clôtura l’action parfaitement accomplie. Seule la perfection du geste peut produire ce silence qui est une manifestation de l’Univers dans son contentement.

 

- Et ensuite ? demanda le Maître.

- Ce ne fut l’affaire que de deux secondes ! Vous savez comment votre fils est comme l’éclair…

- Le haut dignitaire s’est retourné d’un bloc… dit le plus âgé.

- Complètement choqué par la scène des deux policiers sanguinolents se tordant de douleur au sol avec un curieux bruit rauque dans la poitrine… Il est resté comme un pantin immobile, les bras ballants et la bouche ouverte, continua le plus jeune.

- Et ensuite ?

- Votre fils a fait deux pas vers lui, toujours les mains dans les poches de son blouson…

- Puis sa jambe droite est partie comme une flèche vers les parties honorables du représentant de l’Empereur des Français…

- Je crois bien que ce haut personnage ne doit plus être en mesure d’honorer dignement une femme de qualité avant plusieurs mois, se lamenta le plus âgé.

 

Le muet opina de la tête avec vigueur. Il confirmait.

 

- Puis vous savez comment votre fils est un peu paresseux. C’est avec la même jambe qu’il a cueilli la mâchoire du dignitaire lorsqu’il s’est plié en deux.

- Cela a fait un drôle de bruit… confirma l’ancien… et le serviteur de l’Empereur a poussé un cri…

- Que votre fils a interrompu en le heurtant à la tempe avec son talon… Vous savez comment il aime le silence !

 

Silence curieux entre le rire et la violence.

 

- Et ensuite ? continua le Maître.

 

L’ancien reprit le contrôle de la parole.

 

- Votre fils a sorti une main de sa poche pour prendre les « papiers » sur la petite table…

- Puis il est sorti… confirma l’ancien.

- Et il s’est perdu dans les couloirs de l’aéroport !... Nous n’avons pas pu le suivre… se lamenta le jeune.

- C’est seulement lorsqu’il a fait la liaison avec Yoko à la sortie de l’aéroport que nous avons pu reprendre le fil de son action…

- Et l’Empereur des Français demande des explications… Il a envoyé trois télex !

- Je crois qu’il témoigne de son mécontentement, dit le plus ancien.

 

Le muet confirma les yeux au Ciel.

 

Le Maître se recueillit. Quelques minutes égrenèrent leur silence dans la chambre.

Hiro s’était glissé dans la pièce durant les explications des moines. Comme l’étiquette le dit, il s’était installé sans bruit à deux pas du Maître sur son côté droit. Ses yeux lançaient des éclairs et sa respiration de taureau mongol fou à charger les chars avec son sabre nu occupait l’espace et les moines eurent peur.

Ils savaient le déchaînement du Maître de Combat du monastère ! Lorsque cette respiration naissait dans son torse et passait sa gorge avec les lèvres entrouvertes, la mort était devant, très proche !

 

Le Maître trancha le paroxysme de la tension et dit de sa voix douce :

 

- Répondez à l’Empereur des Français que je l’ai dignement honoré en envoyant mon meilleur élément, mon propre fils, pour trouver une solution à son problème… Mais « Lui » il envoie un valet sans grandeur et dignité Le recevoir !...

 

Les moines opinèrent ; les mots se gravèrent dans leur tête.

 

- Puis ajoutez que lorsque ce valet a pour mon fils le respect que l’on porte à une crotte de chien, je l’invite à regarder mieux celles qui règnent en maître sur les trottoirs de sa « capitale ».

 

Les mots continuèrent à se graver dans le front des moines.

 

- Continuez en insistant de la gentillesse et la modération de « mon » fils qui ne les a pas tués… ce qui n’est pas son habitude… et je le désavouerai pour cette action incomplète si en tant que Digne Empereur il ne profite pas de la première occasion pour présenter ses excuses à mon fils auquel je ferai la prière de bien vouloir les accepter…

… et en cas contraire je demanderai à mon fils de terminer honorablement cette première action, de tuer ces trois hommes et de compléter par « Vous » qui peut-être n’êtes pas l’Empereur convenable pour représenter ce Digne Pays qu’est la France… ce dont une grande partie du Peuple pourrait me remercier.

 

Le Maître se recueillit un instant, puis il ajouta toujours de sa voie aussi douce.

 

- Bien sûr, vous assurez à l’Empereur la certitude que cela n’est que méprise… mais la Digne Famille Shin que nous sommes n’accepte d’agir que pour ceux qu’elle respecte et honore… et donc cette mise au point est indispensable pour la continuation de notre association.

 

Puis le Roshi ferma les yeux. La respiration de Hiro reprit un rythme calme. Les trois moines agenouillés attendaient. Ils avaient l’habitude.

 

Alors que de longues minutes dirent leur temps, le Maître ouvrit de nouveau les lèvres et les sons qui glissèrent furent ceux-là :

 

- Dites-moi maintenant quelques mots sur ces quarante accidents… Quel chiffre noble !... Comment donc mon fils a procédé pour obtenir si vite ce résultat divin ?

 

Les moines ouvrirent la bouche aux premiers sons et la refermèrent doucement pendant que ces derniers mots faisaient leur chemin dans les méandres de leurs cerveaux.

 

- Yoko l’attendait au lieu convenu proche de l’aéroport…commença le plus âgé.

… Qu’elle était belle ! continua-t-il… Je me souviens d’elle au monastère il y a cinq ans… une petite sauvageonne griffant, mordant et ruant pendant les entraînements comme une jument sauvage… Maintenant c’est une beauté de vingt cinq ans, toute en finesse et délicatesse… Je dois avouer que je fus impressionné, dit-il.

- C’est vrai que dans son pantalon noir moulant ses petites fesses nerveuses avec le blouson de cuir noir venant sur son pull rouge à col monté, elle avait de l’allure ! ajouta le moins âgé.

 

Le muet opina de la tête et fit quelques mouvements avec ses yeux pour les inviter à en dire d’avantage. Ils ne comprirent pas le message. Alors il fit quelques gestes avec ses mains comme si elles se rencontrent et se découvrent mutuellement.

C’est le Maître qui comprit le message.

 

- Dites moi un peu comment s’est faite la rencontre avec mon fils ?

 

Le plus âgé ferma les paupières sur ses yeux afin d’être certain que les images vues seront celles qu’il transmettra.

 

- Elle s’est avancée vers lui en souriant…

- Un peu craintive aussi dit le second… j’ai senti de l’inquiétude en elle…

- Normal … coupa l’ancien… Lorsque l’on rencontre la première fois le futur Maître de la Famille, avec la réputation terrible qu’il laisse partout où il passe, on a plutôt les fesses serrées… J’en connais quelque chose !... Je crois qu’un grain de riz ne serait pas passé !... même en poussant fort…

 

Le muet s’agita et lança la tête au ciel avec les yeux en prime roulant dans les orbites comme témoignage de la folie qui entrait dans ses oreilles avec ces mots oiseux qui n’avaient rien à faire dans le message à fournir au Digne Maitre.

 

L’ancien saisit le message et rompit le cercle de ses mots qui commençaient à l’enfermer dans ses souvenirs.

 

- Il avança souplement vers elle…

- Avec toujours son fameux sourire de celui qui attend qu’on lui apprenne la bêtise du siècle…

- Je suis Yoko… la fille du chef de la cellule Shin de France…

- Je sais dit-il.

- Mon père nous attend pour la cérémonie du thé se reprit-elle immédiatement.

- Il tendit la main droite qui ne tenait pas son sac de voyage en désignant du doigt la voiture derrière elle.

- Elle tendit les clés… avec fierté, elle dit « C’est ma Jaguar E.

- Il ne prit pas les clés mais glissa sa main par l’échancrure du blouson et empauma le sein moulé par le tissu fin du pull, s’outra le plus ancien qui connaissait Yoko ado.

- Elle est restée sans voix… complètement désarçonnée dit le moins âgé.

- Comme une petite fille surprise par les événements…

- Puis, il prit les clés en retirant sa main, jeta son sac derrière les sièges et il s’installa au volant….

- Yoko revenue de sa première surprise contourna la voiture et voulut monter côté passager …

- Mais il démarra brutalement…

… Laissant Yoko suffoquée sur le trottoir…

- « Mon sac à main ! » cria-t-elle en réflexe.

 

Le muet remua les yeux et tenta de dire avec ses lèvres qui s’entrouvrirent sur ses blessures et le sang coula sur son menton. Alors il mima avec ses mains, un doigt sur la tempe et l’autre main dessinant les courbures de hanche d’une femme.

L’ancien confirma.

 

- Ce n’est pas un bon réflexe de combattant… mais de femme normale qui a son sac à main comme référence…

- Pas bon ça ! dit le moins âgé.

- Je suis déçu d’elle… dit celui qui la connaissait.

 

Le muet confirma les yeux au-dessus des nuages.

Puis l’ancien reprit la parole.

 

- Dans le mouvement de notre surprise, nous avons perdu votre fils avoua-t-il la tête basse.

 

Un silence entra entre eux et ils ne surent plus que dire pour solliciter une excuse du Maître devant cette faute d’inattention impardonnable, qui pouvait provoquer la mort de l’événement qui passe et que l’on n’est plus capable de vivre dans son intensité pour en retirer la force de la Création contenue en lui et ainsi gagner la Source même de la Vie et enfin d’être libéré de l’incertitude qui emplit toujours le cerveau de l’homme ordinaire.

 

Le muet confirma et lança cette fois ses yeux en dessous les dalles du sol, comme s’il voulait entrer au plus profond de la terre et s’y dissoudre…

… Alors que pendant tout le temps de leur incertitude le jeune Maître jouait avec la mort, fonçant à deux cent quarante face au flux des autres voitures et n’en toucha aucune.

Ce sont elles qui ont provoqué leur accident par mauvais réflexes… dans lesquels le futur Maître les a « un peu » poussés !

 

- Nous avons reçu les nouvelles de Yoko lorsque la Police est venue chez elle…

- … avec l’aide du numéro de la voiture… dit le plus jeune.

 

Le muet leva les yeux au ciel… Dernière remarque idiote et évidente… Perdre son temps à ouvrir des portes ouvertes… Il ne validait pas !

 

- Ainsi, il a touché le sein gauche de Yoko puis pris la voie rapide en sens inverse !... Intéressant dit le Maître… Ah ! je reconnais bien là mon fils. Toujours direct. Il ne perd pas de temps en bavardage.

 

Les moines ouvrirent les yeux sur une nouvelle réalité qui leur avait échappé.

 

Le Maître continua.

 

- Il a tout de suite mesuré son sabre au sabre de l’autre !... Ah, quelle grande Ame !

 

Il se recueillit un moment, puis il soupira de contentement.

 

- Ah !... Tout de suite vérifier l’état des « Portes du Ciel » de Yoko avec la paume ouverte sur le côté de son sein gauche… Quelle Grandeur !... Ah ! en voilà un qui ne perd pas de temps … Toujours au travail !... Lui, au moins il sait pourquoi il est là et ne l’oublie jamais… Vérifier direct la qualité de la femme avec laquelle il va devoir « travailler » !... Et la surprendre !... Ah, la surprendre !... Quel magnifique fils j’ai… Je bénis les Dieux et la succession de la Famille sera bien assurée.

 

Le Maître reprit une douce respiration et les sons suivants frappèrent les moines entre les deux yeux.

 

- Quarante accidents… Quarante blessures !... A peine arrivé dans son Pays !... Quelle perfection ! Le monstre de la fadeur ne gagnera jamais avec lui !...Les obliger à se heurter !... Quel test !...

 

Le Maître ferma les yeux puis sans relever les paupières, il soupira :

 

- Merci mon fils, tu redonnes un peu de vie dans ce vieux corps qui se gèle dans ces contrées sauvages à enseigner des sacs à patates.

 

Les moines surent le temps de retirer leurs corps de la chambre, au sourire qui envahissait la stature du Maitre. Il jouissait dans une autre Dimension que la leur et il fallait Le laisser dans le Temps de son contentement.

 

 

Heidi interrompit la lecture de Tong.

 

- Je sais maintenant ce que je dois faire !

 

Tong la regarda, l’inquiétude dans son cœur car elle s’était levée d’un bond de son tabouret.

 

- Moi aussi je dois montrer la richesse de mon âme et sa générosité…. Je dois mesurer mon sabre au sabre du Maître.

 

Tong sentit la peur crisper son ventre.

La jeune femme se rassit et les mains jointes devant ses seins, elle dit doucement :

 

- Merci, Ange si loin, qui me donne les élans à mon cœur… Ainsi je saurai attendre dignement mon Ange à moi lorsqu’il reprendra un corps.

 

 

Un petit rire lui répondit dans son cœur. C’était la voix de « son » Ange. Elle déchiffra les mots qui s’inscrivaient dans sa conscience, un a un, un peu étonnée.

 

« Tu es courageuse… Mais tu n’es pas encore prête à cela !...

Mais pourtant tu dois le faire pour connaître le goût de l’échec et savoir ensuite le reconnaître… Tel est l’avancement normal de celui qui veut se libérer de tout et venir dans ma Dimension pendant qu’il a encore un corps… Alors va… et montre-toi une Lionne des Montagnes du Nord ! »

 

 

 

 

 

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