46. Tuer l’Evidence.

 

Heidi demanda à Tong de continuer sa lecture du Traqueur Silencieux, puisque cela était le nom du fils d’avant du Maître.

Elle avait besoin de ce support pour continuer à entrer plus profondément en elle ; elle sentait la présence de cet Ange Bret bousculer les fibres de son cœur.

 

- Lis rapidement, demande-t-elle.

- Pourquoi donc ?... L’autre Livre du « Traqueur Silencieux et l’enfant » nous l’avons lu posément… presque à décortiquer chaque mot pour en saisir la saveur !

- La saveur du Tourbillon est le mouvement et sa rapidité. Il y a une raison à ce nom « qu’ils ont donné »… Nous devons suivre ce nom et entrer nous aussi dans le tourbillon.

- Et qu’est-ce que cela nous apportera de plus, demanda le long moine ?... Tu sais, lire ces Ecritures, ce n’est pas très facile pour moi… Cela est plein de mots curieux et les formes de la parole de cet Ange Bret ne me sont pas familières, plaida-t-il.

- Cela ne fait rien… Le mouvement du tourbillon suffira à lui seul à nous attirer en son centre.

- Et … ?

- Et ?... l’essence sera en nous et nous vibrerons de cette Connaissance… Car cela est une « Connaissance » !... Pas une « histoire ».

… Et dis-moi !... Crois-tu que cet Ange de si loin porte dans ces Livres le surnom de « Traqueur Silencieux » pour rien !... Ici, en ce monastère, rien n’est gratuit… Tout a un sens !

… Alors, s’il te plait, lis rapidement et perd cette habitude de chercher à comprendre avec ta tête avant que tes lèvres disent les mots que tes yeux ont vus…

 

Le long moine s’installa sur son tabouret et elle prit place devant lui. Ils avaient pris l’habitude de s’installer des deux côtés du lit de Ange de maintenant. Ils continuaient ainsi, Le prenant comme témoin et support à cette méditation qui est cette lecture des Livres Secrets de la Famille.

 

Heidi encouragea Tong d’un long sourire.

 

-Va, mon ami… dit-elle.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 2

 

J’ai poussé Sophie dans un taxi. Elle s’accrochait à ma main et l’attirait vers ses seins lourds, un peu laiteux. Le corsage échancré donnait la mesure de son envie. Elle avait fait sauter deux boutons de plus. Jolie dentelle noire !... Mais vous apprendrez à me connaître mieux et vous me voudrez pour gendre : je ne suis pas manipulable par le sexe. Le curieux Maître de ce monastère de fous a bien veillé à ce côté de mon éduc ! Insensible je suis à ce type d’énergie proposée ainsi !

Bien que je comprends très bien son élan ! Pardi ! Un mec comme moi, on ne veut plus le laisser partir. On le retient par tous les bouts !

 

- A demain donc, quatorze heures, dit-elle résignée en montant dans la tire du mec qui se dit un taxi parigo.

- C’est avec votre oncle que j’ai rencard, je fais.

- C’est la même chose, elle me répond du tac au tac en penchant bien son buste, histoire de me faire connaître mieux ce que je perds.

 

Je rejoins ma chignole, du moins la Jag de Yoko et je vais vers elle, c’est-à-dire rue Mouftard.

Une plombe du mat ! Peut être je ne vais pas être bien accueilli !... Mais bref ! Je suis au travail et les émotionnels des autres ne sont pas ma nourriture quotidienne. En clair, je m’en moque comme de ma première galipette avec une nonne bien en chair entre deux statues de Bouddha et aussi sur la tête de la principale qui récupéra ses soupirs… Mais je ne continue pas sur cette lancée car je serais obligé de vous décrire trop de choses, comme par exemple la gueule de Hiro lorsqu’il a vu en direct les fesses de la jeune fille !... Il en est resté con de connaître une telle foison touffue d’un noir d’encre de chine et débordante de tous les côtés.… Bref, et d’autres détails aussi qui ne vous regardent pas en direct… J’ai d’ailleurs dû mettre fin rapido à leur cérémonie de reproches, de tous ces mectons autour de moi ! Une turbulence terrible inadmissible dans un lieu aussi chargé de la tendresse divine, vous le reconnaîtrez aisément avec moi. Alors, comme pour les enfants, il faut leur changer immédiatement le sujet de leur attention pour leur clouer le bec. Dans cette attention suprême à leur désarroi, j’ai donc sauté derechef sur une autre nonne qui faisait cercle avec eux autour de la statue et la troussant direct avec envoi du slip sur la tête rasée de Hiro comme nouveau couvre-chef…

Mais ce qui les a fait taire, ce sont les gloussements très sincères et spontanés de la jeune fille… Ce n’étaient pas des reproches !

 

En final, ce fut tout de même une engueulade de première avec ce Roshi qui dit vouloir me servir de père !

 

Je vous cause ainsi tranquille tout en drivant la Jag vers le domicile de Yoko et de son père, ce qui est aussi le lieu de commande de la Famille Shin à Paname.

 

Quatrième étage. De la lumière filtre à travers les rideaux. Une place pas trop loin pour la chignole. Je ferme bien les portières en pépère consciencieux du matos qui n’est pas le sien. Puis, mon sac sur l’épaule j’appuie sur la sonnette. La porte s’ouvre instantanément. J’avais bien la sensation d’être observé ! Confirmation !

 

Je prends mon temps dans la montée des escaliers. Il faut bien leur laisser le temps de m’admirer derrière leurs écrans de vidéos !... Des mecs comme moi aussi sympa des plaisirs des autres, on n’en fait plus !... D’ailleurs c’est ce que m’a encore expliqué le Roshi il n’y a pas très longtemps avec la fureur pleins les pores au point que ça ruisselait entre sa raie des fesses et qu’il a dû utiliser d’urgence sa barbichette comme serpillère. C’est incroyable comme il est resté souple, vu son grand âge !... Et moi, vous commencez à me connaître ! Je lui fais le compliment direct… Bref, au lieu d’en être heureux, il a failli s’étrangler avec ses poils et j’ai dû intervenir d’urgence en le poquant direct au plexus, histoire qu’il ait le réflexe de rejeter derechef ce dîner indigeste.

Allongé au sol, à vomir et les larmes plein les yeux, il m’a seulement dit : « Des comme toi, on n’en fait plus ! »

Vous voyez que je ne vous cache rien !

 

Mon fils,

 

Je me permets d’intervenir dans ta diatribe. Une encore de plus !... Mais malgré mon grand âge, car pour toi avoir juste passé la cinquantaine c’est être un vieux croulant déjà un pied et demi dans la tombe et sur la pente de la sénilité mentale, ce que d’ailleurs tu me fais comprendre à chaque détour de nos rencontres, que pourtant je cherche à conduire si amicales…

 

Bref, pour employer encore un de tes mots à l’emporte pièce qui n’ont pas la subtilité et la douceur des consonances de nos doux pays d’Asie si nourris de cultures millénaires… « Bref », je dois encore intervenir pour remettre en état la vérité, bien que tu saches déjà, malgré ton très jeune âge de cheval sauvage, que la vérité est toute relative, ce qui me montre parfois que tu sais retenir mes enseignements essentiels, ce dont je te suis très reconnaissant, car parfois j’ai vraiment l’impression de perdre mon temps avec le « crétin » que tu es…

 

Mais comme tu me l’as dit, être « crétin », c’est être près de Dieu, ce qui explique aussi pourquoi tu es « tant copain avec Lui », en prenant tes propres vantardises, ce dont je doute très souvent, vu la cadence de tes « conneries », encore un mot à toi hors la délicatesse de nos paroles asiatiques, ce qui te montre une fois encore comme je sais t’écouter et apprendre de toi, et que même j’aurais l’espérance que tu puisses faire de même avec mes enseignements si essentiels et de ce que je te montre toutes les secondes de ma vie ordinaire, car crois- moi, ce n’est pas un repos d’avoir toujours « toi » à côté de « moi » toute la sainte journée créée par le Bouddha compatissant….

 

…. Donc pour en revenir à ce qui provoque mon interruption dans ton monologue, c’est justement que c’est un monologue et que tu ne dis pas les faits selon les autres mais seulement selon ta propre relativité… C’est vrai que je t’ai aussi enseigné que l’on est toujours seul !... Mais passons !

 

… Donc tu oublies de dire à ceux qui te font l’honneur de t’écouter et de te lire, comment tu as couru derrière cette jeune nonne… et cela dans le Temple !

…. Comment elle a crié en appelant au secours car tu étais comme un fauve à lui mordre la nuque pour l’obliger à se plier en avant, ce qui te permettait de passer la main sous ses jupes et lui empoigner directement son intimité…

 

… Comment vous avez renversé les lampes à huiles offertes au Bouddha.

… Comment vous êtes montés sur la tête de la statue principale car cette jeune personne cherchait à s’y réfugier, sur ce Bouddha si honoré ! Et je ne suis pas certain qu’IL ait apprécié d’être monté ainsi avec cette jeune femme assise sur ses épaules et ses jambes nues lui enserrant le cou.

 

… Je suis encore moins certain de sa satisfaction lorsque tu as toi aussi escaladé la statue et que tu as sauté sur la nonne, la poussant en avant, son ventre bloqué sur le crâne rasé du Bouddha… et toi de la prendre dans cette position en levrette !

 

Et c’est ainsi que les moines et Hiro attirés par les cris de la jeune femme vous ont trouvés !!!... Comment crois- tu qu’ils pouvaient réagir à ce triste spectacle !

… D’autant plus, il faut bien le reconnaître, la nonne avait cessé de crier et de demander de l’aide. De curieux soupirs qu’elle émettait entre ses lèvres entrouvertes, les yeux clos…

 

… Bref, le pire, ne fut pas encore là !... Mais c’est lorsque tu relates les remontrances d’Hiro qui t’ont poussé à sauter sur une autre nonne accourue au spectacle, pour lui casser la voix… C’est bien vrai que tu lui as cassé le timbre car il ne sut rien dire devant le spectacle honteux que tu lui as présenté !…

 

… Mais surtout ! Et c’est le principal ainsi que l’essentiel, ce sont mes oreilles qui furent cassées par ces deux nonnes qui témoignèrent entre elles d’une jalousie féroce… car tu as sauté sur la seconde sans terminer la première !... Quel manque de tact, mon fils !...

 

Afin que la vérité soit dite et nue, c’est cela que je voulais souligner à ceux qui te font l’honneur de te lire et t’écouter.

 

Mon fils, ce n’est pas mon enseignement !

Mon enseignement est de toujours terminer complètement ce que l’on fait avant de sauter sur une autre action. Voilà mon enseignement !

La honte était sur ma face devant ces deux dames en furie. Je n’avais pas de mots pour t’excuser !

 

Je te remercie d’en prendre bonne note une fois de plus, avant de rencontrer cette chère Yoko qui t’attend avec impatience derrière la porte blindée et qui a veillé pour toi jusqu'à cette heure tardive.

 

Mon fils, sois digne, je te prie !

 

 

Yoko ouvre la porte avant que ma main ne se saisisse du marteau.

Elle me reçoit avec toute la délicatesse de l’Asie, un magnifique sourire sur les lèvres, les yeux en amande soulignés par un trait fin du pinceau, le chignon bien tiré sur la nuque, et le tout dans un kimono bleu très foncé soutenu par une ceinture or.

En clair, si son corps pouvait être une grenade, je suis mort dans l’instant !

 

- J’ose espérer que la soirée fut agréable et riche en plaisirs pour vous, Cher futur Maître de notre Noble Famille, dit-elle de sa voix douce d’asiat qui sait distiller le poison.

- J’ai travaillé, dis-je en posant mon sac sur la banquette rouge de l’entrée.

- Alors que puis je faire pour le repos du guerrier, répond- elle.

- Me donner votre sein comme oreiller, dis-je.

- Je ne sais pas si mon père appréciera votre requête, susurre-t-elle en sourcillant tout de même.

 

Elle a de la répartie mais je la surprends.

 

- Votre père est peut être couché maintenant en cette heure si tardive ? demandais-je.

- Effectivement, dit-elle étonnée de la question.

- Alors nous ne pouvons pas lui demander son avis, je fais.

- Effectivement, répond-elle avec le sourire qui s’agrandit car elle aime ces jeux de combat.

- Alors la question essentielle reste posée, fais-je

- Ah, laquelle ?

- Etes-vous une grande fille ou une gosse de deuxième main qui doit demander les permissions à papa ?

 

Elle me regarde autrement. Elle n’est plus un adversaire, mais une femme interrogative qui est surprise de la tournure des événements.

Son cerveau travaille à vitesse supersonique car elle a oublié d’être bête. Que veut donc dire ce déplacement de la rencontre. Rien de ce qu’elle avait prévu ne se déroule comme elle l’avait imaginé.

 

- Vous êtes très fort, cher Monsieur Bret… Vous savez déplacer le terrain d’action et ne pas prendre celui qui vous est proposé…

- Hon… Hon… je fais.

- Mais moi aussi j’ai reçu quelques enseignements essentiels du Maître sur le refus d’accepter le terrain de combat de l’autre… Alors je ne vous suivrai pas dans la « requête » qui implique que je pourrais avoir une attirance vers vous, mon Cher !

- Vous avez bien raison, petite fille adorée de son père… Il ne faut jamais entrer dans la cage du tigre et lui caresser les moustaches…Je reconnais là un autre enseignement du Roshi, dis-je.

- Voudriez-vous dire que vous me trouvez fade, demande-t-elle avec une petite moue ?

- Non, seulement fatigante pour le guerrier fatigué.

- Et que fait alors le guerrier, demande-t-elle en accentuant sa moue.

- Il s’en va, je fais.

 

Le sac revient sur mon épaule et j’ai passé la porte avant que sa bouche se referme.

 

- Mais vous avez besoin de nous pour votre mission, dit-elle, alors que je suis déjà sur le palier.

- Non, je fais sans me retourner… Je n’ai pas besoin de papa !

- Mais …

- Tiens, les clés de ta tire, je fais en les lui lançant par dessus mon épaule.

 

Je descends l’escalier quatre à quatre.

Je ferme mes oreilles à son appel par mon prénom : « Ange !... Votre place est prête ici ! »

Je ferme mon cœur à l’inquiétude qui se dégage d’elle.

Je ferme mon esprit à ce qu’il va maintenant survenir.

Mais j’en ai ma claque de toujours travailler avec des gens qui regardent leur nombril et son contentement. Je préfère être seul.

Je suis fatigué des gamines !

 

Dehors il fait froid humide. Un taxi fait le poireau. Je le déterre :

 

- Hôtel Le Meurice, rue de Rivoli.

- Eh, bé !... Monseigneur, vous ne tenez pas vos chiens avec des saucisses.

 

Je ne me retourne pas. Pas besoin pour savoir que la sonnette d’alarme a fonctionné rapido rue Mouftard. Une voiture suit en silence et un deuxième homme marchant sur le trottoir derrière moi vient d’y monter en voltige.

Voilà encore « Petit Père » qui va hurler que j’utilise l’argent de la Famille pour roupiller dans le meilleur palace parisien de Paname!

 

 

Heidi soupira.

 

- Que cela est dommage, dit-elle… Quelle souffrance !

- Oui, dit Tong, recueilli dans les mots lus, quelle souffrance !

- Cela aurait pu être autrement et tout serait accompli dans la plénitude.

- Oui, dit Tong… Pourquoi est-il ainsi ?... Quelle souffrance pour elle, cette jeune Japonaise remplie de bonne volonté pour lui.

- Oui, dit Heidi… Pourquoi est-elle ainsi ?... Quelle souffrance pour lui, ce jeune homme rempli de bonne volonté pour elle.

- Pardon, sursauta le long moine qui se raidit sur son tabouret et en devint encore plus long avec le cou qui tentait de rejoindre le ciel et se soustraire aux mots de la jeune femme.

 

Heidi sourit, un peu de tristesse sur son visage.

 

- Je crois que tu continues bien dans le mouvement du Bam et sa défense, dit-elle doucement.

- Je ne comprends pas tes mots, dit-il… C’est pourtant clair qu’elle l’attendait, qu’elle n’avait pas de mots de reproches pour lui, la Jaguar, la Police !... Et il lui a aussi touché les seins !...

- Eh oui ! dit doucement la jeune fille.

- Elle l’accueille avec le sourire et la délicatesse japonaise…

- Eh oui ! dit Heidi.

- Et lui, il attaque en direct avec une proposition de « lit » s’offusqua le moine.

- Eh oui ! dit-elle.

- Alors je ne comprends pas ta remarque !

- Je comprends cela, dit-elle.

- Moi, je ne comprends pas, répéta-t-il, buté sur ses mots à lui.

- Cela ne fait rien, dit-elle.

-A lors tu refuses de me dire pourquoi tu es en désaccord avec moi ?

- Je ne suis pas en désaccord avec toi… C’est toi qui es en désaccord avec le Yam de cet Ange si loin.

- Je ne comprends toujours pas ce que tu veux dire.

 

Elle sourit dans la tristesse de son cœur.

 

- C’est justement la différence entre le Yam et le Bam… Le Bam ne comprend pas le Yam, mais le Yam comprend bien le Bam.

- Ce qui veut dire ?

- Ce qui veut dire ?... Que le Bam ne connaît pas la prison dans laquelle il s’enferme, mais le Yam connaît cette prison et tente de le sortir de là.

 

Tong était offusqué des mots de Heidi.

 

- Et comment cet homme sort cette jeune Yoko de sa prison ?... Je ne vois en rien une aide de lui, mais plutôt une provocation.

- Oui, c’est une provocation car il n’y a pas d’autre moyen d’action contre le Bam afin de le sortir de lui- même… Il lui faut un choc qui déstabilise ses certitudes qui sont des sécurités si fortes pour lui qu’il en est convaincu dans la profondeur de ses fibres du cerveau.

 

Tong resta sur sa lancée et ne comprit pas l’aide de la jeune femme.

 

- Alors, comment il a donc fait pour provoquer cette transformation dont tu parles !... Je ne vois qu’ agression dans ses mots !

- Il l’a placée sur le corps, dit-elle doucement.

- Je ne comprends pas.

 

Elle soupira et elle dit, comme on parlerait à un enfant un peu retardé.

 

- Elle avait préparé son esprit à cette rencontre… Tout était prêt dans sa tête. Alors il a dirigé la charge de son énergie sur le corps… dit-elle encore plus doucement.

- Et qu’est-ce-que cela produit !... Je ne comprends toujours pas.

 

Heidi leva les yeux au Ciel.

 

- Cela produit un vidage d’énergie du cerveau et un transfert sur les fibres du corps afin de le faire vibrer autrement…Voilà ce que cela produit !...Et je suis étonnée de ta résistance à cette compréhension. Tu ne te souviens donc plus de tous les enseignements de l’Ange d’ici qui a passé tant de temps avec toi pour déplacer ton esprit de ses repères qui t’enlisaient toujours.

 

Tong rentra son long cou dans ses épaules et cela produisit une courbure dans son dos qui se voûta.

Heidi souffrit du rétrécissement de son ami.

 

- Aurais- tu la gentillesse de m’excuser ? demande-t-elle

- Pourquoi ?

- Parce que j’ai oublié un des enseignements essentiels de mon Ange d’ici.

- Je ne comprends pas, dit le moine.

- Il me disait toujours : « Pourquoi faire des reproches !... Chacun a l’intelligence de sa chimie interne… Alors si tu es capable de changer cette chimie chez l’autre, soulève le problème… Si ce n’est pas le cas, ne le perturbe pas car il sera encore plus affaibli dans sa dignité et sera encore moins à même de se transformer un jour »

- Tu veux dire que je ne suis pas capable de me transformer ?

- Non, je dis que « moi » je ne suis pas capable de te transformer !

- Alors tu te tais, c’est cela ?

- Oui, c’est cela… Je me tais… et je souris, dit-elle en se levant.

 

Il la regarda peiné. Une séparation était entre eux. Il ne supportait pas.

 

- J’ai besoin de l’aide du Maître, dit-elle.

 

Il la regarda sortir du jardinet et rejoindre celui du pavillon du Maître à travers la porte basse du mur de pierre.

 

- Maître, j’ai besoin d’aide.

- Je sais, ma fille des montagnes du Nord.

- Alors si vous savez tout, vous savez aussi que j’utilise les Livres d’Ange Bret comme support à ma transformation.

- Je sais cela, ma fille des Montagnes, sourit-il… Et ces Livres ont cette destination… Même si j’aurais apprécié que tu m’en demandes la permission avant… Mais c’est aussi la Force de mon fils en toi qui te pousse à agir ainsi…

- Ainsi tout est bien, sourit-elle en s’asseyant devant lui.

- Tout est bien ainsi confirma-t-il en portant son dos contre la paroi de bois de la véranda.

 

Ils se regardèrent ainsi un long moment qui donnait la place aux oiseaux du torrent de remplir le silence de leurs cris stridents.

 

- Je ressens en moi toute la souffrance de cet Ange Bret après la rencontre avec Yoko derrière la porte de l’appartement rue Mouftard.

- Je sais, dit-il… Elle m’a aussi déçu.

- Il est toujours au travail !... Il ne cesse donc jamais ?

- Non, il ne peut pas.

- Pourquoi ?

- Parce que c’est sa nature naturelle d’être Yam.

- Alors c’est une respiration normale pour lui… comme mon Ange d’ici ?

- Oui… Mais cela va au-delà, dit-il en souriant.

- Au-delà de quoi ?

- Ce n’est pas seulement une question de respiration car cela n’est qu’une conséquence sur le corps.

 

Elle resta interrogatrice et elle ne comprenait pas ces mots.

 

- Alors, quelle est l’origine de cette respiration ?

- C’est une « Intelligence ».

- Celle du Yam ?

- Oui, celle du Yam qui sait provoquer le corps qui est de toute manière Bam.

 

Maintenant elle comprenait.

 

- Donc c’est Yam qui oblige le Bam à vibrer d’une certaine manière sous l’impulse de cette Intelligence si particulière.

- Oui.

- Alors Yam souffre lorsqu’il ne peut pas emporter le mouvement de Bam ?

- Oui.

- Et c’est cette souffrance que je sens dans mon corps lorsque je suis avec cet Ange si loin qui ne réussit pas à changer le mouvement du Bam de Yoko.

- Oui, c’est cela confirme le Maître.

 

Elle eut besoin de quelques respirations.

 

- Cette souffrance du Yam est celle de l’échec, n’est-ce pas ?

- C’est exactement cela… C’est la souffrance de l’échec du Yam sur cette Terre du Bam.

 

La jeune femme prit les longs mouvements des nuages déchirant les crêtes des montagnes comme repères à sa respiration. Le Maître lui laissa le temps et ne changea rien du mouvement des vents dans Heidi.

 

« Tu travailles toi aussi très fort en toi, ma fille des Montagnes du Nord !... Mais fais attention au précipice qui avale tous les espoirs…

Du moins, c’est à moi de faire attention à cela pour toi !... Car toi, dans ta lancée à rejoindre mon fils, tu ne vois pas le danger… Tu es le cheval sauvage au galop !...

A moi d’être le cavalier loin de toi avant que ce soit mon fils qui devienne le cavalier sur toi ».

 

- Je voudrais transformer « sa » souffrance, dit-elle tout à coup.

 

Le Roshi sursauta. Il n’avait pas senti venir sa respiration et ses mots. Ils l’ont touché direct et sont entrés dans son ventre et il les sent maintenant cheminer dans son cœur et produire leurs effets.

 

« Tu es vraiment très forte, ma fille… Tu deviens très forte !... Est-ce la Force de mon fils en toi qui te transforme ainsi !... Que tu deviennes ce combattant de l’instant qui lance son coup dans un clin d’œil non perceptible !… Celui qui touche sans prévenir… Celui qui entre par la porte ouverte sans qu’on ait eu le temps de poser le loquet !... Tu m’impressionnes, ma fille du Nord !... Et je dois reconnaître que tu viens d’entrer en moi et que je n’ai pas vu venir ce coup-là !... »

 

Cela le fit revenir très longtemps en arrière, du temps où il formait ce jeune Blanc à devenir le Maître futur de la Famille, car cela devait être ainsi !... Seuls des êtres d’exception sont les Maîtres de la Famille Shin dont le nom fait trembler les Empereurs.

 

Dans le Temple, il avait poussé Ange Bret à ses limites de combattant. Plus rien à lui apprendre… Sauf à savoir tuer le « Maître »…

Alors il l’avait provoqué avec les mots… mais le jeune homme gardait toujours ce sourire ironique de celui prêt à entendre la dernière connerie du siècle…

 

Alors il l’avait attaqué avec la lance… le jeune Blanc avait saisi le fer bloqué sous son aisselle et il avait poussé le Maître hors du Temple sous l’œil horrifié des moines dans la cour qui ont été les témoins de cet acte sacrilège de renverser le Maître dans le bassin d’eau au milieu de la cour…

 

Alors il avait pris le sabre pour le découper en morceaux… et le sabre vint dans la main d’Ange qui s’en servit pour lui piquer les fesses et les moines rirent devant les sauts du Maître…

 

Alors il utilisa ses mains, ses pieds, tout son corps pour tuer son fils… Le combat fut rude.

 

Le Maître attirait à chaque pas son fils dans le Temple ; ils ont quitté ainsi la cour et dans la pénombre retrouvée du Temple, les coups devinrent mortels.

Le Maître attaquait. Le jeune Blanc se contentait de parer et d’esquiver.

Le Roshi augmenta l’intensité de ses attaques… mais le jeune Blanc restait aussi souriant et impassible devant les ruades du Maître… qui ne savait plus comment faire pour l’obliger à le tuer.

 

Alors il fit un bond dans la cour et se saisit d’une nonne. Le couteau de combat sur sa gorge, il commença à faire couler le sang. Il regardait Ange avec des yeux fous. Le jeune Blanc s’approcha d’eux. Le Maître ouvrit plus grand la blessure sur le cou de la jeune femme qui ne respirait pas de peur d’aggraver l’ouverture de sa chair… Les moines autour étaient figés par l’horreur.

 

Ange Bret n’avait plus son sourire ironique sur ses lèvres. Ses yeux étaient des fentes, les lèvres minces. Le Maître tenta d’entrer dans les fentes et de toucher les yeux de sa force pour le provoquer encore !

Le silence s’établit et personne ne respira.

Le Roshi ne sentit pas venir l’attaque du jeune homme. Elle fut un éclair et le couteau vola autour de lui et lui entra dans la chair de la gorge.

 

Ange était maintenant sur lui, le Maître à terre, le couteau contre la gorge. Alors le jeune homme appuya sur la lame qui entra dans la chair entre deux cartilages. La respiration du Maître siffla.

 

C’est alors que le vieux sourit en regardant son fils dans les yeux.

Il ne chercha pas à écarter la lame de son cou.

 

Il dit simplement : « Maintenant, je t’ai tout appris ! »

 

Le jeune Blanc frémit dans tout son corps qui se relâcha.

Il aida le vieux à se relever et épousseta sa robe pleine de la poussière de la cour.

Il remit le couteau entre les mains du Maître.

 

Puis il tourna le dos et gagna le torrent. Il était triste.

 

Hiro prit soin de la jeune femme qui tira par la suite de l’orgueil à avoir été choisie par le Maître pour enseigner l’essentiel à son fils ; elle montrait sa cicatrice boursouflée du cou en témoignage de son importance.

 

 

Heidi venait d’avoir le même geste fulgurant d’attaque que cet Ange-là, son fils du passé et le Maître en était très impressionné.

 

- Que veux-tu faire ?, demande-t-il doucement 

-  Nous allons rejouer la rencontre, dit-elle sans aucune crainte.

 

Le Maître sourit en son cœur. Cette jeune lionne des montagnes connaissait donc les secrets de l’énergie. Rejouer ses coups !... et changer l’écriture de l’Univers.

 

- Pour cela il faut être très fort, dit-il.

- Je sais !... Il faut être plus fort que ce qui s’est passé… Ainsi c’est cette nouvelle écriture qui sera enregistrée dans les Livres de la Vie.

- Comment sais-tu cela avec une telle certitude ?

- C’est votre fils d’ici, « mon » Ange d’ici qui me l’a dit.

- Alors il a dû te dire que l’erreur n’est pas permise car l’Univers détruira le faible et donnera au riche.

- Oui, il m’a dit cela : « Il sera donné au riche et il sera repris au pauvre », confirma-t-elle avec la fougue du jeune cheval sauvage fonçant dans la brèche du mur devant lui.

 

Le Roshi resta un moment en silence de son âme et son cœur, puis il demanda :

 

- Comment vois-tu la chose, comment vois-tu les acteurs… Qui vas-tu choisir comme acteurs ?

 

Elle éclata de rire et le regarda dans les yeux. Cette flamme alla droit au cœur du vieillard qui eut chaud dans tous les os de son corps. Cela faisait bien longtemps qu’il ne connaissait pas cette chaleur qui annonce le contentement du cœur et du corps à l’action intense immédiate qui ne pourra pas être répétée : perdu ou gagné !

 

- Je suis Yoko, dit-elle lentement, son regard toujours concentré dans le cœur du vieillard devant elle… Vous allez être votre fils d’avant, cet Ange d’avant.

 

Le Maître inclina la tête ; sa manière de dire « oui ».

 

- Et comment cela va-t-il commencer ? demanda-t-il soucieux.

- Nous reprenons à la première parole de Yoko, tout simplement.

- Tout simplement !

- Oui, tout simplement, confirma-t-elle.

- Et que sera cette parole qui fera repartir le mouvement en Yam et assez forte pour annuler l’écriture du Bam ?

 

Heidi ne prit aucun temps pour se recueillir et peser ses mots. Elle était sûre d’elle. Elle sentait « son » Ange d’ici dans toutes les fibres de son corps.

 

- Elle dira… elle dit ! : « Vous êtes réellement le Maître futur de la Famille… Vous prenez « tout » ! »

- Alors il répondra… Il répond, il dit : « Alors vous n’êtes plus une petite fille pour comprendre cela ! »

- Je l’ai su lorsque vous avez touché le côté de mon sein gauche, dit-elle.

- Je l’ai su lorsque j’ai pu entrer si aisément par vos Portes du Ciel, dit-il.

- Je vous attendais depuis longtemps, dit-elle.

- J’ai besoin de me reposer depuis longtemps, dit-il.

- Mon sein comme oreiller pourrait-il vous convenir ?

- Je suis lourd lorsque je dors, dit-il.

- Je suis forte lorsque je suis pénétrée par le Yam.

 

Ange ferma doucement la porte et posa son sac sur la banquette de l’entrée.

 

- Tu t’ennuies ici ? demande-t-il 

- Oui, souvent… Toujours la même ritournelle… Les mêmes histoires à régler, celles des hommes ordinaires qui ne sont pas très inventifs, soupira-t-elle.

- Et ton père ?

- Je suis un peu inquiete pour lui, dit-elle… Je suis certaine que tu vas pouvoir m’aider.

- Il a la douleur du Pouvoir en lui, n’est-ce-pas ?

- Oui.

- Cela se perçoit dès que l’on franchit le pas de cette porte… Il voudrait être plus important et puissant dans la hiérarchie de la Famille, n’est-ce-pas ?

- Oui… et merci de comprendre si vite.

- Je suis le Maître et je prends tout.

- Je sais et j’aime cette prise ainsi, dit-elle.

- Pourquoi ?

- Parce qu’elle ne me laisse plus de choix et mon esprit peut se reposer.

- Aussi je vais me reposer sur toi… et tu vas te reposer sur moi… Ainsi tout sera bien.

- Oui, ainsi tout sera bien !... Donne-moi ton blouson et passe cette robe de chambre de mon pays, tu seras plus confortable… Voilà aussi tes chaussons d’intérieur… Ne fais pas attention, je rangerai tout après…

- Oui, il fait en laissant sa fatigue tomber sur le sol.

- Viens, je t’ai préparé ta chambre ici… C’est la plus grande et la plus calme… Tu sais, ici, c’est Paris !... Le bruit est partout… même si on ne l’entend pas.

 

Il la suivit. Comme un rappel de la mémoire il dit simplement.

 

- Ta Jag n’a pas une égratignure.

- Je sais… Il ne peut pas en être autrement !

- Tu sais pourquoi ?

- Oui, je sais… Tu devais achever une rupture ancienne pour entrer pleinement dans ce nouveau présent dans ton pays.

- Ah ! tu sais cela aussi… C’est le Roshi qui t’a expliqué ?

- Le Roshi n’explique jamais rien sur toi, tu le sais !... Il faut tout deviner.

- Oui, je sais…

- Voilà c’est ton couchage… De quel côté veux-tu que je m’installe ?

- Je suis toujours à gauche de la femme… Ainsi je peux la réveiller le matin selon les règles de l’Univers.

- Oui je sais… Le Roshi m’a donné des enseignements là-dessus… Mais ils sont toujours restés en théorie… Personne capable de suivre la cadence de mon mouvement !

- Tu sais, on est toujours seul.

- Je sais…Mais dis-moi… Dans ta fatigue je sens aussi la présence d’une femme… C’est Sophie Dupond ?

- Oui, une gamine qui fonctionne avec son intelligence, dit-il.

- Mais elle a une intelligente très remarquée dans le monde de la Science !

- Elle est liée à sa structure de base qui est manipulée par son oncle… C’est cela ma fatigue de chercher une porte d’entrée dans ce monde clos qui est le sien.

- Elle est consciente de ta recherche.

- Non, elle jouit d’être écoutée et comprise… Mais en final elle amène tout à son sexe et son contentement.

- Là-dessus tu auras quelques surprises, dit-elle en rigolant… Tu sais, « nous » avons travaillé sur elle pour préparer ta venue.

- Bien, laissons ces surprises pour plus tard… La salle de bains est là ?

- Oui, tu y trouveras tout ce qui t’est nécessaire.

- Merci.

- Dis-moi si je dois te réveiller tôt demain ou si tu as ton temps.

- J’ai rencard avec l’oncle à quatorze heures.

- C’est bien… J’ai du temps pour m’occuper de toi.

- Merci.

 

Le Maître regardait Heidi avec émerveillement. Ils avaient lancé ces mots ; elle avait suivi dans le mouvement sans hésitation. La jeune femme était sérieuse, très sérieuse. Elle était Yoko. Elle était plus que la petite Japonaise. Elle était celle qui tentait d’aider cet Ange de si loin !

 

« Tu t’es oubliée complètement, petite femme des Montagnes du Nord… et par cet oubli tu deviens une Grande Dame dans l’Univers »

 

Mais il ne le lui dit pas. Il ne laissait filtrer que deux fentes de ses yeux.

Lui aussi était dans le corps de son fils d’avant et il y avait de la joie et de la souffrance mélangées en lui.

 

- Je crois que nous pouvons maintenant les laisser se reposer tranquille, dit-il.

- Oui, je crois aussi, confirma-t-elle… Je sens le Temps qui s’est accompli.

- Ils n’ont plus besoin de nous.

- Oui, la déchirure est réparée, je le sens dans toutes les fibres de mon corps.

- C’est bien ainsi…Nous avons bien travaillé ensemble, ma fille…Maintenant il est le temps que tu te reposes.

- Oui, je sens cela aussi.

- Dors tranquille… Je veille sur toi.

- Merci.

 

Elle quitta le pavillon du Maître en glissant doucement sur le parquet de bois. C’est la première fois que ses pieds caressent le bois du Maître et elle prit plaisir à cette sensation.

Le Roshi sourit à la regarder faire cette découverte. Jusqu’à maintenant, ce pavillon n’était pas son ami. Maintenant elle le découvre autrement. Mais ce qui plait au Maître, c’est qu’elle le découvre par son corps, par ses pieds.

 

Elle n’était pas partie depuis quelques minutes que les trois moines chargés de suivre les mouvements de la Famille dans l’Ordre de l’Univers se précipitaient sur la véranda.

 

-Maître ! dit le plus âgé… Nos ordinateurs s’affolent…

-Il y a comme une introduction dans nos circuits qui changent les données et les informations, dit le moins âgé.

 

Le troisième qui avait toujours les lèvres closes et qui ne pouvait manger que des soupes avec une paille se tordait les mains.

 

- Maître… Les écritures changent ! compléta le plus ancien.

- Maître… C’est en relation avec les données issues de votre premier fils mort assassiné.

- Je sais, dit le Maître.

 

Le Maître « savait » !... Ils n’avaient donc aucune responsabilité dans cette modification des écritures !

 

- Et qu’est-ce qui change dans les écritures ? demande le Maître.

- C’est dans le « Tourbillon »…Votre fils ne va plus dormir dans ce palace parisien … dit le plus âgé.

- Mais se couche avec Yoko… continua le moins âgé.

- Sans la permission de son père, continua l’ancien qui n’admettait pas qu’on lui coupe la chique de cette manière !

 

Le Maître réfléchit un moment puis dit tranquillement :

 

- C’est bien…La Famille va faire des économies !...J’avais été outré de l’importance de la note de cet établissement !

- Mais la « suite » ? demanda l’ancien.

- Quelle « suite » ? demanda le Maître.

- Mais demain matin… Il y avait Yoko qui survenait à l’hôtel lorsqu’il y prenait son petit déjeuner… Et elle lui demandait « Pardon » … continua l’ancien.

- Et elle lui demandait de reprendre possession de sa voiture… termina le jeune.

- Eh bien… dit le Maître… Elle lui servira le petit déjeuner dans sa chambre… Il n’aura pas de reproche à lui faire… Et la voiture sera à sa juste place pour continuer son œuvre avec mon fils… et cette belle Yoko sera ravie de participer à cette œuvre… Où est donc le problème, mes chers moines ?

 

Ils restèrent muets et le plus vieux osa dire :

 

- Rien, Maître… Il n’y a pas de problème.

 

Ils se retirèrent à petit pas, courbés comme il se doit lorsque l’on est devant le Maître.

Ils tirèrent la porte sur eux.

 

Le Maître ne souriait pas. Il était soucieux.

Avec la jeune femme il avait changé des écritures dans l’Univers… mais jusqu’où ira la transformation ?... Et jusqu’où est capable d’aller cette jeune montagnarde dans l’aide à son fils d’avant pour rejoindre son fils de maintenant ?

 

 

 

***************