47. Seule la Force existe.

 

- Lis de nouveau le Traqueur Silencieux dans le Tourbillon, demande Heidi au long moine.

- Te voilà bien excitée ce matin, dit-il… Est-ce ta rencontre d’hier au soir avec le Maître qui produit cet effet ?

 

Il fut inquiet toute la nuit. Les rires de la jeune femme lui sont restés dans les oreilles et ont réveillé son cœur dans une angoisse qu’il ne connaissait pas. Cela n’était pas des sons naturels pour lui, comme des sons qui venaient d’une autre Dimension et il avait peur d’elle et des sons qu’elle portait.

 

- Oui, nous avons bien travaillé ensemble et je suis impatiente de savoir comment nous avons pu changer les Ecritures…

- Que veux-tu dire ?... Ensemble ?

- Oui, je veux savoir si nous avons pu changer le sens de l’Histoire.

- Je ne comprends pas, continua le long moine en balançant sa tête des deux côtés. Pour lui, l’absence de compréhension était intolérable et tout son corps se contractait.

- Je ne peux pas « tout » t’expliquer, dit-elle… Lis et nous verrons bien ce qui arrive… et si cela va changer le cours de l’Histoire.

- Mais qu’avez-vous donc changé ?

- Nous avons changé les cœurs, dit-elle doucement.

- Et comment avez-vous fait ?... Je ne comprends toujours rien !

- Comment nous avons fait ?... Mais tout simplement en laissant les cœurs parler selon leur nature originelle…

- Ce qui veut dire ? s’impatienta Tong.

- Ce qui veut dire ?...Que nous n’avons pas laissé de la place à l’orgueil de la structure énergétique qui n’a pas pu faire son œuvre de destruction.

- Peux-tu être plus explicite !... Je ne comprends toujours pas…

- Nous avons tout simplement pu dire « merci », sourit-elle en le regardant droit dans les yeux.

 

Le long moine sentit cette douceur couler dans sa tête et une curieuse saveur vint dans sa gorge.

 

- Tu veux dire que l’absence de l’orgueil de la structure a une saveur ?

- Tu me suis parfois très bien, sourit-elle… lorsque tu oublies ta tête et reprends contact avec ton corps.

 

Le long moine cherchait à installer un silence entre eux car il avait besoin de temps pour se ressaisir… Mais elle ne lui laissa pas son temps, impatiente de connaître la saveur nouvelle des Ecritures si douloureuses d’hier.

 

- Lis, dit-elle… et merci de le faire.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 3

 

La jeune Japonaise écoute la respiration du futur Maître de la Famille. Elle entre dans le souffle et le suit avec sa propre respiration. Elle découvre que son souffle à elle est de la moitié de son souffle à lui. Alors elle se souvient des enseignements du Roshi : « Pousse ton souffle dans ton ventre et tu seras une Reine ».

« Lui, c’est donc un Roi !... et je le sens bien ainsi » murmure-t-elle dans le secret de son cœur.

 

Elle pousse le vent de sa gorge plus profond dans son ventre. La peau se tend sous le nombril et soulève la tête d’Ange. Il s’est endormi dans cette position.

 

Elle l’a massé longuement, à cheval sur son dos. Il avait les muscles fins et durs comme de l’acier. Il lui était difficile d’entrer dedans sans le blesser avec ses ongles. Mais il lui dit en riant :

 

- N’aie pas peur !... Je ne crains pas les égratignures… et tu as un toucher qui fait plaisir à mon corps !

- Même si je te fais mal ?

- La douleur est mentale… Tu le sais bien !... Alors n’aie pas peur de ça.

- Même mentale, on la sent bien tout de même ! rit-elle… Je n’ai jamais vraiment compris cet enseignement… Moi, quand j’ai mal, j’ai mal !... continue-t-elle en riant tout en poussant ses doigts profond dans la chair du jeune homme.

- C’est juste une question de déplacement de la vibration, dit-il… Mais ne fais pas attention à ce que je te dis… Je suis un peu fatigué et cela me rend bête et orgueilleux… Continue à entrer en moi !... J’aime ce qui se passe maintenant dans mon corps.

- Que se passe-t-il pour toi de si extraordinaire ? demande-t-elle étonnée de cette remarque.

- Il y a de la bonté, dit-il.

- Tu peux préciser un peu ?

- Il y a une Force qui se dégage de tes mains qui ne cherche pas à me manipuler mais à m’aider… Tu as de la bonté pour moi, Yoko.

 

Elle reste avec ces mots pendant un long moment. Ces sons résonnent en son corps et son cœur s’enthousiasme à chacun des nouveaux mouvements de ses mains. Elle sent que le jeune homme s’ouvre à elle et l’invite à entrer encore plus profondément. Elle sent qu’il l’attire en lui et elle aime ce nouveau mouvement inconnu d’elle. Il lui semble qu’elle devient « homme » parce qu’il accepte d’être « femme ». Elle se sent forte de cette nouvelle matière en mouvement en son corps et son esprit s’enthousiasme de cette découverte d’être « autrement ».

 

Lorsqu’elle veut lui faire part de cette découverte, il dort, doucement, avec cette respiration si lente et si longue qu’elle étonne le corps qui la saisit.

 

Alors elle continue à s’occuper de son corps. Elle le retourne et ouvre ses côtes avec ses doigts, une à une, avec lenteur pour bien saisir la respiration des organes dessous.

 

Peut-être une heure s’est écoulée… Peut-être deux !... Elle ne sait pas. Sa fatigue est partie. Toucher ce corps-là lui a donné de la force !

Alors, comme s’il saisissait dans son sommeil le mouvement de son corps à elle, il bougea lentement, se retourna, glissa contre elle et vint poser sa tête sur son ventre.

 

Son ventre eut chaud, très chaud, presque brûlant de cette présence. Elle a la sensation que le souffle du jeune homme glisse sa force en elle, comme une pénétration d’une douceur et une lenteur infinie. Elle sent sa présence en elle. Il la pénètre !... et elle jouit de ce contact sans distance.

 

… Tong ânonnait de plus en plus les mots devant ses yeux. Il était livide.

 

- Qu’as-tu ? lui demanda Heidi inquiète.

- Je ne reconnais plus les mots, dit-il.

- Explique un peu… C’est maintenant à moi de ne pas comprendre.

- Je lis souvent le texte suivant le jour avant… afin d’être certain de te faire une correcte lecture… Tu sais, j’ai du mal à comprendre les mots du fils de ce moment du Maître … tenta-t-il de s’excuser en baissant la tête devant son regard étonné.

- Oui ?... Et alors !...

- Et alors ?... Ce ne sont plus les mêmes mots !... Tout est changé !

- Qu’est-ce-qui est changé ? demande-t-elle anxieuse.

- Il est maintenant avec la Japonaise, dans son lit… et elle le caresse !

- Et alors ?

- Alors ?... Dans le texte d’hier que je lisais pendant que tu étais avec le Maître, ce n’était pas cela !

- Qu’est-ce-que c’était ? demande-t-elle impatiente !

- Il était dans ce palace parisien… Il prenait son petit déjeuner dans une salle royale avec la valse des serveurs autour de lui… Puis Yoko survenait… la mine défaite… Il était évident qu’elle n’avait pas dormi… Elle s’approchait de lui, presque craintive. Il la regardait avec ce sourire qui est le sien et qui ne prend rien au sérieux…

- Et ensuite… Va plus vite !... Que tu es lent !

- Ensuite ?... Elle se figea devant sa table et lui tendit les clés de sa voiture… Il ne les prit pas… elle les déposa sur la table……. Elle voulait dire quelque chose, mais ses mots ne sortaient pas de la gorge… Alors elle pleura !

- Et ensuite ?

- Ensuite ?... Il ne disait toujours rien. Il la regardait pleurer… C’est un serveur qui s’approcha et lui présenta un siège… « Si Monsieur le permet, dit-il »… Le fils du Maître fixait Yoko de ses yeux toujours ironiques et il dit : « Non ! ».

- Et ensuite ?

- Ensuite ?... Elle blêmit. Le serveur recula et s’excusa…

 

Le fils du Maître se leva et quitta la salle sous les regards de tous… les clés restaient sur la table.

- Et ensuite ?

- Ensuite ?... Yoko les reprit, triste. Puis elle s’en retourna elle aussi… Une voiture l’attendait dehors. Elle fit signe que « Non »… et elle monta dans sa Jaguar.

- Et ensuite ?

- Elle pleurait…

- Et lui ?

- Il sifflotait dans sa chambre… Puis quelques mots sortirent de ses lèvres : « Une de moins à s’occuper !... Ah ! que j’aime Paris pour sa légèreté !... Enfin des vacances ! »

- Puis ?

- Puis ?... Il paya… Un prix faramineux !... Tu peux me croire !... Puis il demanda à un taxi de l’emmener chez le loueur de voiture Hertz des Champs Elysées… Il choisit une Porsche gris métallisée… Je ne te dis pas le prix !... J’ai relu quatre fois le passage pour être certain de bien comprendre les chiffres.

… Voilà ce que j’ai lu et maintenant !.... Tout est changé !

- Oui, tout est changé ! Merci la Force de l’Univers permettant de changer les Ecritures !... Merci !... Merci !

 

Elle courut vers le jardinet du Maître et entra à la volée dans sa chambre.

 

- Merci !... lança-t-elle devant elle.

- Je sais, dit-il.

- Vous savez toujours « tout », rit-elle.

- C’est le rôle du Maître, dit-il.

- Je ne voudrais pas être à votre place, rigola-t-elle en s’agenouillant devant lui.

- Tu n’es pas à ma place, rigola-t-il aussi.

 

Il était assis sur son siège de méditation, le dos bien droit.

 

- Vous m’attendiez ? demanda-t-elle en souriant.

- Oui … Il se devait d’en être ainsi… lorsque le corps suit le mouvement présent de l’Univers…

- Pouvez-vous me dire quelque chose sur le mouvement « présent » de l’Univers ?

- C’est de reconnaître que « seul » on n’est pas assez fort… Que l’on a besoin des autres…

- Et comment le reconnaît-on ?

- On sait dire « Merci ».

- Merci, fait-elle en se levant prestement… J’ai besoin de continuer la lecture de votre fils d’avant.

- Je sais… Va ma fille !

 

Elle revint en courant vers Tong qui l’attendait très inquiet. Il ne comprenait plus les échanges de Heidi avec le Maître…

 

- Continue ta lecture, dit-elle… Quelle merveille !... Les cœurs sont changés… Ainsi les corps seront changés aussi et aussi les intelligences.

- Pourquoi les intelligences ?

- Mais « mon » Ange de maintenant t’a mille fois dit que l’on a l’intelligence de la vibration de son corps !

 

Tong remua la tête… Puis sa voix monta de la gorge et il reprit la lecture des Ecritures nouvelles.

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

Durant la nuit il remonta vers ses seins et posa les lèvres sur la pointe nue. Sa respiration continuait son rythme lent, profond, comme un souffle qui s’épanouit dans tout le corps.

 

La jeune Japonaise suivait chaque mouvement de l’énergie à l’intérieur du corps du jeune homme et elle tentait d’entrer avec lui dans cette connaissance. Elle veillait. Il dormait ; mais la fatigue n’était pas en elle. Au contraire, elle se sentait pleine !... Elle ne savait pas de quoi ?... Mais elle était pleine et cela était une certitude dans son corps et son esprit ne contredisait pas.

Il y avait une puissance en elle qui faisait taire cet esprit qui la préoccupait tant si souvent, au point qu’elle ne sentait plus la Présence que le Maître avait réveillée en elle des années avant et qui était son amie, son soutien, son espérance et elle y veillait avec une extrême attention à chaque mouvement de la journée et même de la nuit.

 

C’est cette Présence décuplée qu’elle sentait en elle maintenant et qui la tenait éveillée.

Elle l’a sentie dans son ventre qui se remplissait d’elle par le souffle du futur Maître… Puis lorsque son ventre fut plein, il remonta contre elle, souffle après souffle, comme un corps qui ne bouge pas mais qui pourtant change de place !

 

Il remonta grain de peau après grain de peau jusqu’à ses seins dont la pointe se tendait. Pourtant il n’y avait aucune excitation !... Juste la pointe se tendait, comme aussi ses seins se gonflaient sous la Force qui s’introduisait en eux.

Elle sentait monter cette Force de son ventre plein et elle percevait que le souffle naturel du jeune homme activait cette puissance qui rayonnait en elle de plus en plus puissamment.

 

Un moment elle eut peur et il lui vint des idées idiotes : « Que vais-je faire avec lui ! »… « Où cela va-t-il me conduire ! »… « Mais toute ma vie va être bousculée par cette Force ! »…

 

Mais là elle se rappelait alors les dernières paroles du Maître lorsqu’elle quittait le Monastère. Cela était la dernière entrevue. Il l’avait invitée dans son pavillon, ce qui était rare et témoignait d’une amitié véritable.

Assis sur sa chaise de méditation, le dos bien droit, il la regardait devant lui, assise sur son coussin. Il ne la regardait pas : il la scrutait !... Il vérifiait chacune des fibres de ses chairs pour vérifier le bénéfice de son entraînement en ce lieu si particulier où on apprend à tuer… mais pas seulement le corps !... On apprend aussi à tuer son égo, ses peurs, ses rêves… On apprend le chemin pour retrouver son visage originel, celui que l’on a avant cette nouvelle réincarnation. A ce moment les peurs, l’égo et les rêves n’existaient pas. Ils sont venus par la suite dans la vie ordinaire de l’homme.

Aussi il scrutait les fibres de son cœur et elle se sentit pénétrée jusqu’aux os et sa moelle. C’était comme un rayon laser qu’elle sentait se promener en elle et examiner chacune de ses cellules.

 

Après un long moment, il la regarda droit dans les yeux et la lueur qui venait de ses yeux à lui activa encore plus cette Présence qu’elle sentait en elle depuis des semaines.

 

La première fois qu’elle avait senti cette Présence fut lors d’un entraînement intense directement avec le Maître. Il l’attaquait avec un poignard courbe. L’attaque vint, fulgurante, directement vers son cœur. Elle était contre un mur car il l’avait acculée là par de petites attaques qui l’avaient obligée à reculer pas après pas. Maintenant elle était acculée !... elle n’avait plus d’espace derrière elle !... et le coup mortel venait fulgurant !

 

Elle se sut morte ; les yeux du Maître ne laissaient aucune impasse à la compassion. Elle accepta sa mort.

C’est alors que cette Présence en elle fut nette… Une Force au-delà de l’attaque du Maître !... Une Force capable de répondre à chaque sollicitation de la vie ordinaire, dans les évènements les plus triviaux…

Alors elle vit à l’intérieur d’elle cette Force agir contre l’attaque du Maître. Le Temps n’avait pas d’importance pour Elle et tout se fit en un clin d’œil.

Elle ne sut pas ce qu’elle fit. Ce sont les moines qui le lui ont dit !

Elle plia sous le coup, se glissa sous la lame, puis pivota sous l’aisselle du Maître et se retrouva en arrière de lui, tout en sécurité !... alors que la pointe de la lame entrait dans le bois de la palissade derrière elle, là où devait se trouver son cœur !

 

Le Maître se retourna comme l’éclair, la lame haute. Il la regarda. Elle se tenait devant lui sans peur. Cette Présence la tenait droite, hors tout le système émotionnel habituel.

 

Alors le Maître baissa la lame et il sourit.

 

- C’est bien, dit-il… Tu l’as saisie !

 

Puis il resta un moment silencieux devant elle et il dit :

 

- C’est difficile de percevoir cette Force de Vie en soi… Mais c’est encore plus difficile de la tenir en activité !... Alors maintenant ton entraînement sera de vivre avec elle à chaque respiration.

 

C’est ainsi que son entraînement se poursuivit avec Hiro comme Maître de Combat.

Et maintenant, dans le pavillon du Maître, il lui dit doucement.

 

- Tu as pu devenir intime avec cette Présence qui dirige la vie au-delà des peurs, des rêves, des espoirs et des désespoirs… Mais « ici » cela est facile. Tout est fait et organisé pour permettre à cette Force d’être perçue et vécue. Ici il est facile de se remettre entre ses mains…

 

Il reprit sa respiration et il s’appuya à la paroi de bois derrière son dos. Puis il continua en pénétrant de plus en plus en elle avec son regard de braise ; elle percevait le feu au fond de ces yeux qui regardent l’essentiel de chaque chose à chaque instant de la vie de tous les jours. Elle avait appris à le découvrir ainsi durant tous ces mois et elle a aimé cette intensité de chaque instant.

Puis il dit:

 

- Mais dans la vie de tous les jours de la vie ordinaire des hommes, il en est autrement. Tout est fait dans cette vie-là pour s’écarter de cette Présence et de prendre comme support à l’action l’intellect, les émotions et tout ce qui va avec.

- Je ferai très attention, dit-elle.

- Cela ne te sortira pas d’affaire, sourit-il… Tout va trop vite et les émotions comme les pensées qui vont avec sont comme des clins d’œil.

- Alors ?

- Alors ?... Tu n’as que la « Confiance » comme aide… Une confiance totale que la Force que tu portes a le pouvoir de te sortir de chaque situation sans que tu aies à « prendre une décision »… Mais cela est très dur de ne pas prendre une décision…

- Pourquoi ?

- Parce que l’humain cherche toujours sa sécurité… ce qui est toujours dans le « futur ». !... Alors il cherche à organiser son futur selon ses propres repères, ses peurs, et plus pernicieux encore, selon les élans et satisfaction de sa structure énergétique qui est son outil de communication premier lorsque déjà on a perdu la « vue » de son visage originel… L’humain à la prétention de dire « Non, merci ! » lorsque cette Force propose l’action.

…. Alors, ce n’est pas cette Force en action, mais tout le mécanisme monté par l’homme sur la base de la structure énergétique et de sa satisfaction.

- Je comprends, dit-elle.

- Non, tu ne comprends pas !... Tu ne sais pas encore la puissance des mécanismes réflexes de cette structure énergétique sur laquelle sont venues se greffer les orientations d’une éducation, d’une culture et encore plus pervers, des sensations et émotions enregistrées durant son enfance… Non, tu ne peux pas encore comprendre comment la manipulation de la conscience s’effectue !... Peut-être un jour tu rencontreras un « événement » qui sera assez puissant pour réveiller ta Force et sa conscience dans cette dimension de connaissance… Je l’espère pour toi…

- Moi aussi, dit-elle en souriant de contentement en attente de cette rencontre qu’elle sentait si proche.

- Alors en l’attendant, fait très attention à la « Confiance », en cette Puissance en toi… Et le meilleur moyen de rester dans cette Confiance, est de ne pas programmer son avenir.

- Facile ! dit-elle.

- Non, ce n’est pas facile, rit le Maître… Car chacun qui pourrait écouter cet entretien dirait : « Bien sûr !... C’est évident !... Moi non plus je ne programme pas mon futur… »… Mais cela est faux !... Dans leur décision de ne pas programmer le futur, ce n’est pas cette Force qui agit, mais celle du cerveau ordinaire qui se croit et se veut libre de tout.

… Etre avec cette Force est très difficile et demande une attention et une intelligence extraordinaires… C’est pour cela que ceux qui sont avec Elle sont si particuliers !

 

Le Maître continua à la regarder longuement, puis il lui dit de se retirer, que tout est accompli pour cette étape… et qu’il ne sait pas quand sera le mouvement suivant… Cela dépendra de sa vie.

 

Elle fut cinq ans dans la solitude. Cinq ans sans soutien autour d’elle à Paris. Elle aidait son père dans l’organisation et les actions de la Famille Shin…

Elle tentait de rester avec cette Présence, cette Force. Parfois elle la sentait, souvent les nuits sans sommeil. Mais elle sentit aussi comment sa vie de maintenant ne lui donnait pas l’occasion de nourrir cette Force en elle. Tout était si fade et venait d’une simple activité cérébrale !

 

Et puis, maintenant, il y a cette tête qui repose sur son sein et qui respire doucement… et ce souffle qui la remplit. Elle sent cette Force en lui. Elle sent maintenant cette Force en elle. Il lui communique sa Force !... Et dans le secret de son cœur, elle sait que cela fut possible car elle a accepté de le servir et l’aider sans aucune pensée et intérêt pour elle.

 

Elle comprend maintenant, seulement maintenant, ce que veut dire « avoir confiance » !

Elle comprend aussi maintenant le jeu pervers de tous ceux qui refusent de se laisser pénétrer par cette Force, qui disent « Non, merci !»… mais qui pourtant disent être avec Elle… Ceux-là manient des mots qui invitent et attirent les autres… Mais pas de Puissance !... Seulement des sensations.

 

« Demain peut être tu vas partir pour toujours, mon ami de toujours ! »… Ces mots coulent dans sa tête, mais cela n’a pas d’importance. C’est le cerveau qui fonctionne tout seul !

Maintenant elle comprend ce que le Maître lui disait : « Peut-être un jour tu rencontreras un événement… »

Cet événement est maintenant là, sur son sein, contre son corps nu. L’événement respire doucement et elle partage ce souffle. Cela est son bonheur.

 

 

- Nous sommes arrivés à temps, dit Heidi… Elle était en train de se perdre.

- Je ne comprends pas très bien, dit Tong, mais je perçois très bien la différence entre les deux mouvements… Mais j’aurais une question.

- Oui, demanda Heidi…

- Pourquoi le jeune futur Maître n’a pas cherché à la modifier et l’a brutalisée… qu’il est parti dormir à l’hôtel ?

- Parce qu’il n’y avait pas de place pour lui dans sa vie de maintenant.

- Tu veux dire la vie de Yoko ? demande-t-il.

- Bien sûr !... Alors il ne pouvait que provoquer une déchirure si intense que cela allait la retourner comme une crêpe…

- Comment par exemple ?

- Je suis certaine qu’il l’aurait rendue jalouse d’une intimité avec Sophie, répondit-elle en souriant…

- Pourquoi ?

- Parce que « ne pas être utilisée » est le pire qui peut survenir à une femme.

- Tu peux expliquer ?

- Non, pas maintenant… Je veux rester avec « eux » et les soutenir.

- Mais comment ?... Cela est si ancien !

- Encore une fois ! rugit la jeune femme… Que le « temps » est intégré dans ton cerveau malade !... Tu as déjà oublié la modification à laquelle nous venons de procéder sur les Ecritures !

- Non, je n’ai pas oublié, dit Tong… Mais je ne vois pas où cela va mener.

- Mais Tong… Chaque action influe sur l’Univers de l’Humanité !... Tu l’as oublié aussi !

- Que tout cela devient compliqué, dit-il !

- Mais, c’est « maintenant » !

- Quoi est « maintenant » ?

- Mais cette lecture !... C’est notre « maintenant »… et nous pouvons influencer l’Univers à travers elle… Ce sont les enseignements de mon Ange d’ici… Tu te souviens ?

- Oui, je me souviens… Mais avec toi, c’est comme si ces enseignements prenaient une couleur différente et que je ne les reconnais pas immédiatement.

- Je vais peut-être un peu trop vite pour toi ?

- Oui, avoue le long moine… Tu es trop vite !... Mais je te suis et je t’aime… J’ai confiance.

 

La jeune femme éclata de rire et le prit dans ses bras.

 

 

 

******************