49. La Flèche toujours au Centre !

 

- Allons encore de l’avant, dit Heidi. Cet Ange si loin ne va pas nous laisser le temps de respirer et de compter nos respirations comme des vieillards avec les jours de leur retraite…

… « Le temps n’est pas l’ami de l’homme ! »… Te souviens-tu de ce qu’il nous disait toujours lorsque nous prenions des attitudes spirituelles de ceux qui ont le sentiment d’avoir compris quelque chose… Te souviens-tu ? 

- Je me souviens qu’il disait que le Temps nous laisse le temps d’archiver les événements et leurs conséquences dans notre mémoire, et alors nous sommes morts à la Vraie Vie… dit-il

- … et nous devenons alors des magnétophones, continua-t-elle… Ne laisse donc pas des phrases aussi essentielles en suspens, mon cher moine qui oublie toujours la moitié de « tout ».

- C’est toi qui es trop rapide… C’est cela que j’allais ajouter après que j’eus repris ma respiration.

- Faux ! dit-elle ironique… Ta respiration avait perdu son élan et était en train de s’analyser sur elle-même.

- Disons alors que ta remarque a réactivé ma mémoire qui s’était peut-être un peu engourdie, soupira Tong.

- Non !... Tu dors, ou tu es en vie… Pas d’intermédiaire et d’oubli entre les deux…

- Alors, qu’est-ce-que je fais maintenant ?

- Tu lis !... Nous perdons trop de temps… Il va plus vite que nous et nous allons être largués sur le côté de la route comme le fut Yoko… Il faut comprendre plus vite que lui pour pouvoir le suivre, comprends-tu ?

- Comment peut-on être plus vite que lui ?... Là je ne comprends rien !... Ce n’est pas possible.

- Si, c’est possible !... Tu restes avec son énergie et tu es alors en avance sur ses mots et actions qui ne sont que des conséquences du mouvement et de l’intelligence de cette énergie… Comprends-tu ?

- Non… Mais je sais que toi tu comprends et pour l’instant cela me suffit dans tout le bordel que je sens en moi au point que parfois je ne sais plus comment je m’appelle.

- Ah !... Tu t’oublies parfois… Tu me fais plaisir… Tu as peut-être une chance de n’être pas un être de deuxième main à vie, dit-elle en rigolant… Allez, maintenant, lis !

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 5

 

- Dis moi, Yoko, qu’est-ce-que tu as sur cet Ahmed ?

 

La jeune Japonaise sourit.

 

- Je savais que tu allais me poser cette question sourit- elle… Tu sais, c’est tout un poème car on touche là à une grande partie de la manipulation qu’il y a autour des Dupond.

- Je t’écoute, dit Ange allongé sur le divan de la Salle des ordis du centre. Yoko est assise devant une grande console et joue avec sa souris. Des textes, des chiffres, des listings défilent et elle y jette un coup d’œil pour se remettre la mémoire en activité.

- Alors je vais aller à l’essentiel de chaque donnée de notre enquête et nous détaillerons un fait particulier s’il retient ton attention… Cela te convient, elle demande ?

- Tout à fait… J’ai les oreilles débouchées.

 

Elle prend un temps de concentration puis commence.

 

- D’abord, c’est le « petit copain » de Sophie… Un peu particulier car il est aussi proxénète et se sert de la Dame pour se faire de la monnaie avec des gus un peu dépravés… Tu sais, ceux qui aiment entrer dans une chambre d’hôtel dont la porte n’est pas fermée… et avec une lampe de poche reluquer la Dame qui a oublié de tirer les couvertures et a la nuisette transparente au ras du pubis… Tu vois ?

- Très bien, je fais… Continue.

- Et puis qui passe la main sur le corps de la Dame allongée qui ne se réveille pas, tellement elle a le sommeil profond !

- Je vois…

- Et puis il y a aussi les autres qui aiment voir les dames à peine vêtues descendre les couloirs de l’hôtel pour se plaindre à l’hôtelier d’un dérangement dans la chambre… Et si en l’écoutant avec toute l’attention indispensable à son dur métier, l’hôtelier lui touche les seins et lui caresse les fesses tout en cherchant une solution au problème posé, et que la dame toute préoccupée n’a aucune réaction à cette main baladeuse devant les caméras connectées à quelques chambres privilégiées qui payent très cher…

- Je vois…

- Et puis si la Dame retient une chambre si bon marché dans un hôtel de gare que la douche et les toilettes sont au bout du couloir avec un long corridor plus qu’obscur et que le loquet des toilettes ne fonctionne pas bien… Ce qui ouvre la porte à toutes les incertitudes et les surprises lorsqu’on est sous la douche, si je puis dire les choses ainsi…

- Je vois…

- Et si c’est un lieu où personne ne se préoccupe lorsque la femme crie au point que c’est préférable pour sa santé qu’elle sourie à l’arrivant et ne se précipite pas sur ses vêtements…

- Je vois.

- Et si l’arrivant, tout étonné de la trouver là prend sa douche avec elle et en profite pour lui vérifier l’état de son sexe en utilisant le sien… Quoi de plus naturel en somme !

- Je vois.

- Et si en sortant le Monsieur prend aussi les vêtements de la dame, par inadvertance… et que la dame doit retourner nue à sa chambre au bout du long corridor… Parce qu’il y a une pancarte dans les toilettes disant qu’il est interdit de sortir les serviettes de ce lieu… et que la dame est fort obéissante des directives de gestion des hôtels qui l’accueillent.

- Je vois.

- Et que même si elle est certaine d’avoir laissé la porte de sa chambre ouverte, elle la retrouve fermée à clé… Et qu’il lui faut descendre deux étages pour aller à la réception … alors qu’il commence à y avoir du bruit dans les chambres et que cela ressemble à des voix très populaires de travailleurs étrangers, voire même immigrés…

- Je vois.

- Et que l’hôtelier la laisse poireauter les fesses nues dans le couloir car il ne trouve pas le double de la clé de la chambre…

- Je vois.

- Et qu’il fait une remontrance qu’elle n’est pas une femme libérée lorsqu’elle tente de masquer ses pointes de seins de ses bras… au point qu’elle croit devoir placer ses mains franchement sur sa tête pour bien montrer sa liberté…

- Je vois.

- Et que si l’hôtelier lui met la clé sur la tête avec ses mains dessus et qu’ainsi elle est dans l’attitude parfaite et noble pour remonter les deux étages et regagner sa chambre.

- Je vois.

- Et que si une rencontre dans un couloir la pousse contre un recoin et la touche sous l’œil des caméras avides… Elle, restant les mains sur la tête pour ne pas perdre une seconde fois sa clé… Quoi de plus normal… On est en convivialité sur cette Terre des Hommes !

- Je vois.

- Et qu’en final la Dame devra payer très cher sa chambre… Un prix exorbitant !...

- Je vois…

- Et qu’elle aura oublié son argent en espèces et elle doit payer avec un chèque sur lequel son adresse est inscrite…

- Je vois…

 

Je continue, demande Yoko les yeux mi-clos.

 

- Je crois que j’ai compris ce côté du sujet, dit Ange… Mais dis-moi, pourquoi elle a ce taureau arabe comme copain ?

- Je savais que tu allais poser cette autre question très intéressante…

 

Yoko souriait. Elle ménage ses effets.

 

- Parce que c’est l’ami de son oncle.

 

Elle dit cela comme une banalité !... Moi, je me remonte sur le divan et commence à être très attentif.

 

- Va plus en profondeur !

- Comme tous ses copains, ce sont des choix de son oncle…

- Ce qui veut dire que son oncle contrôle le processus de sensibilité sexuelle de sa nièce.

- Exact…

- Mais pourquoi ce choix de ce mec proxénète pour contrôler sa nièce ?... Il doit avoir « la Police des Mœurs » au cul !

- Exactement !

- Alors ? je fais.

 

Yoko reprend un petit temps pour elle afin de bien expliquer la suite de leurs découvertes.

 

- D’abord il y a le proxénétisme… Clair !... La police des Mœurs en connaît assez sur lui pour l’envoyer se refaire une santé dans un quelconque pénitencier.

…. Mais il est protégé par la Police des Stup car il fournit des infos essentielles sur les arrivages de drogue à Paris et il est devenu un spécialiste des circuits du Moyen Orient.

- Donc il y a une bagarre entre les deux Polices ?

- Bien vu ! dit-elle…

- Et qui gagne dans ce jeu ?

- Eh bien, c’est là où les choses se corsent, comme on le dirait dans cette île de beauté… Il est protégé directement par le Professeur Dupond, via son ami le Président de la République Française… Pour raison d’Etat… Et comme vous le savez très bien, cher ami, en France la Raison d’Etat n’a pas à donner ses raisons pour expliquer ses choix … et le tout passe aux oubliettes.

 

C’est moi qui prends quelques moments de réflexion en levant la main comme les élèves dans les jeux de cour qui demandent une pause.

 

- Mais comme je vous connais dans cette famille Shin, je devine que le problème vous a interrogés.

- Je puis même te confirmer que nous avons creusé la question… Mais basta !... Pas de jus à la pompe !... Un truc bien bouclé entre le Professeur et le Président.

- Nenni !... Vous n’êtes pas de ceux qui lâchent prise….Alors donne un peu du jus que vous avez obtenu du citron.

- J’aime tes termes, cher futur Maître de la Famille… Le citron pourrait être la fortune de la Sophie…

- Continue.

- Elle devrait un jour recevoir les comptes de gestion de l’oncle, soi-disant contrôlés par le Notaire nommé par le Juge des Tutelles.

- Soi-disant ?

- Le notaire et le prof sont très amis… Bridge ensemble tous les vendredis au cercle … Golf… Et aussi le notaire peut bénéficier de vacances bon marché en occupant certaines propriétés que possède Sophie dans certaines iles paradisiaques, serviteurs inclus… Dans ces conditions nous pouvons être assez interrogateurs sur la qualité des contrôles. 

… D’autant plus que nous avons découvert certains comptes bancaires de l’oncle dans des Paradis fiscaux, parfois sous des noms d’emprunt… Et la provenance de ces sommes reste obscure car ce ne peut pas être le résultat des fruits du Laboratoire et de son salaire en tant que Président Directeur Général.

- Donc tu veux dire que si la Sophie exige des comptes et les fait vérifier par un bureau spécialisé indépendant, il y aurait des surprises.

- C’est cela, dit Yoko…

- Et alors, où est le problème autour duquel tu tournes ?

 

Yoko sourit.

 

- Le problème ?... Mais pour demander des comptes et les faire valider… donc en clair prendre la gestion de sa fortune en mains… Sophie a besoin de montrer qu’elle est une fille raisonnable, équilibrée… Car sa fortune est importante et implique un grand nombre de personnes et aussi l’Etat à travers les recherches du Laboratoire dont elle est propriétaire…

- OK, compris ! je fais… En état de faiblesse mentale et émotionnelle … et tout le bazar qui va avec et qui peut être interminable !... on ne pourra pas « décemment » lui remettre entre les mains une telle responsabilité… Alors que « même » l’Etat est concerné… C’est-à-dire le « bien » de tous… Et on va directement en tutelle… C’est cela ?

- Tout à fait !... Et comme la tutelle légale avant vingt et un ans fut assumée avec diligence et sérieux par l’oncle, sous le contrôle rigoureux du Notaire ayant une réputation magnifique auprès des Tribunaux car il procède pour eux à plusieurs de ces interventions… Ce sera le même système qui continuera, car comme tu le sais fort bien, la Justice est paresseuse et retient le plus facile et le plus direct pour se libérer d’un dossier merdique.

- Tout à fait… Je connais perfect !

 

Je prends encore le temps d’une pose.

 

- Donc la présence de cet Ahmed qui lui contrôle ses pulsions sexuelles et de soumission fait l’affaire du tonton… je fais.

- Qui a déjà prévenu plusieurs fois la police des harcèlements que subit sa nièce … Lorsque des hommes viennent sonner à la porte de la propriété avec une belle photo de la dame dans des tenues sans équivoques pour réclamer une resucée de plaisir… Il semblerait que ce soit Ahmed qui organise cela via un réseau internet.

- Elle est sur un réseau de cul ? je fais.

- Tout à fait… Oh !... Un petit réseau pour personnes bien riches qui veulent des excitations bien particulières…

- Particulières ?

- Oui, quelque chose dans l’ordre de la soumission passive.

- Pas active ?

- Non, pas de violence… Se faire regarder, se faire toucher… enfin toute la panoplie de la bourgeoise qui s’excite à se faire manipuler… Alors que de l’autre côté elle a des pouvoirs énormes en argent, en autorité et en intelligence.

- Un type de compensation énergétique ?

- Oui, comme une équilibration, dit Yoko.

- Et je pense que le dossier de Police commence à être bien rempli, dis-je.

- C’est tout à fait cela… Nous avons aussi quelques vidéos dont nous avons fait un montage pour toi… Si tu as envie !

- Comment avez-vous procédé ?

- Nous avons joué le rôle du client.

 

Je rigole.

 

- Donc elle est bien bouclée.

- Oui, dit Yoko… Bien bouclée.

- Vous savez pourquoi elle est dans cette soumission ?

- Je crois que ce sera à toi de le découvrir, mon cher ami, sourit-elle.

- Tu crois que cela à une importance pour l’affaire des documents ?

- Je ne sais pas, dit-elle… Mais c’est la seule faille que nous avons trouvée dans l’entourage des Dupond en attendant ta venue.

- Dis-moi encore… D’après vous, ce gorille arabe est il vraiment dangereux ?

- Qu’en sens-tu toi-même puisque tu l’as rencontré ? lui renvoie-t-elle la balle.

- Pour moi il n’est rien… Un vantard… J’aurais eu dix fois l’occasion de le tuer tellement il y avait des failles dans son système de défense.

- Intéressant, fait-elle… Car pour la Police il est très dangereux… Et aussi il a la réputation d’être un tueur dans le milieu qu’il fréquente.

- Enregistré, dis-je.

 

Mon fils,

 

Comme tu t’en étais déjà rendu compte, je suis un grand paresseux !... Aussi je n’ouvre la bouche que devant l’indispensable.

Alors pourquoi crois-tu que je t’ai rappelé dans mon dernier billet si affectueux ta formation avec le Maître de l’Arc et de la flèche ?

Dois-je revenir une fois encore sur tes légèretés mentales ?

 

Comme il me semble que cela soit maintenant indispensable, puisque tu sembles analyser les faits fournis par Yoko comme un simple flic qui met les infos bout à bout pour en faire une ficelle, et que tu oublies la grandeur de la formation exceptionnelle que tu as reçue qui met au-dessus de tout le fonctionnement de l’intelligence intuitive, j’ai fait retranscrire par mes moines les paragraphes des Livres de la Famille te concernant.

 

Je te souhaite bonne lecture et te remercie de revenir à plus de lucidité des réalités de la vie énergétique de l’Etre. Tu me fais honte !

 

 

Extrait des Livres Secrets de la Famille Shin.

 

Le Maître avait envoyé le jeune Blanc compléter sa formation de l’Arc et de la Flèche près d’un cher ami spécialiste de ce Noble Geste.

 

Ange avait peiné trois jours à traverser les montagnes du Nord ; il rencontra le froid, la neige et la glace.

 

Il devait rejoindre la proximité d’une bourgade à la terrible réputation. Tenue par des brigands et voleurs, l’honnête homme n’avait pas sa place et devait raser les murs et accepter d’être régulièrement volé, s’il ne voulait pas perdre la vie en surplus.

Mais comme le Maître le lui a expliqué, les brigands tuent rarement et seulement en indispensabilité. Le jeune homme s’en étonna et s’en ouvrit au Roshi qui le regarda comme on le ferait d’un animal fou ou difforme.

 

- Mais… S’ils tuent, il n’y a plus personne à voler !... Un mort ne gagne pas de l’argent ! Jeta-t-il dans la poussière de la cour centrale du monastère, tellement il était outré de ce manque d’intelligence de la part de son fils.

Puis le Maître se recueillit en marchant doucement. Ange le suivait, comme il se doit, un pas en arrière.

 

Le Maître se retourna et dit :

 

- Cet enseignement essentiel que tu vas recevoir de mon ami t’ouvrira peut-être les portes de la Conscience du fonctionnement de l’Univers et tu reviendras moins bête, car je dois t’avouer que parfois certaines de tes questions me préoccupent.

- Pourquoi ? demanda Ange la mine ingénue.

- Parce que j’ai parfois l’impression que tu ne comprends rien aux enseignements essentiels qui te sont donnés ici… et que je perds mon temps avec toi ! dit le Roshi lentement.

- Et en quoi un complément de pratique du tir à l’arc va augmenter mon intelligence que vous dites si raccourcie ?... Je crois que je me débrouille bien dans cette discipline… et je vous le montre tous les jours en plantant mes flèches entre la raie des fesses des moines…

-… ce qui fait la fureur de Hiro, continua le Maître en colère… car il passe son temps à opérer leur anus !

- Ils ont le cul si faible, dit le jeune Blanc en haussant les épaules

- C’est plutôt toi qui es un provocateur de première !... Qui t’a dit de prendre leurs fesses pour cible ?

- Mais… Vous !... dit le jeune Blanc.

- Comment « Moi » ?! Rugit le Maître.

- Bien… Vous m’avez dit que je devais découvrir le vent et chercher à être plus rapide que lui !

- Et que vient faire là-dedans le cul de mes moines ? hurla le vieux.

- Mais ils sont toujours en train de péter !... Alors je suis le vent et tire plus vite que lui… fait Ange avec son sourire d’enfant qui est certain de dire une vérité transcendantale.

 

Le Roshi ferma les paupières sur ses yeux. Il restait immobile au milieu de la cour, face à ce jeune Blanc qui était son fils et qui se foutait de lui dans un grand sourire béat.

 

- Bien… Va donc voir mon ami et j’apprécierai ton état lors de ton retour. Hiro t’a préparé ton baluchon avec ta nourriture et ta couverture pour le voyage qui sera rude… Et j’ose espérer que la rudesse des éléments de la terre et de l’air et de l’eau va t‘apporter un peu d’humilité sur ton orgueil incommensurable.

- Bien, Maître, fait Ange, le sourire rigolard s’étirant jusqu’aux oreilles… Mais une question, Maître ?

- Oui ?

- Qui va pouvoir s’occuper dignement des nonnes en mon absence ?

- Fous le camp tout de suite, immonde insecte provoquant ou je te tue dans l’instant, hurla le Roshi.

- Et moi qui voulais vous montrer comme j’ai fait des progrès dans l’intérêt rempli de compassion que j’ai pour les autres… Maintenant !... Après toutes les remontrances que vous m’avez faites !...

- Fous le camp tout de suite… articula le Maitre syllabe après syllabe.

 

Les moines autour étaient figés. Ils attendaient le jaillissement de la mort. Ils avaient entendu… Personne à ce jour ne s’était moqué aussi ouvertement de celui qui a en main la destinée de la redoutable Famille Shin.

 

Le jeune homme tourna bride et courut vers Hiro qui l’attendait avec son bâton et son baluchon.

Lui aussi il avait entendu !... Ses yeux tuaient le jeune homme sur place… Deux ans déjà qu’il était avec eux et chaque jour il se demandait pourquoi il a tant œuvré pour retirer la mort de son corps lorsque le Maître l’a découvert agonisant dans le creux du torrent.

 

Le voyage fut donc rude… Mais cette liberté nouvelle lui plaisait. Il n’avait plus ce vieux râleur toujours à radoter ses reproches. Maintenant il pouvait pisser tranquille sans entendre derrière son dos cette voix lasse lui rappeler qu’il déshonore les pierres, l’herbe et l’eau de ne pas se prosterner avant et solliciter de leur bienveillance la permission de décharger sa vessie qui commençait sérieusement à lui tirer sur les testicules.

 

Maintenant il était devant le vieil ami de son Maître qui lui demanda de ses nouvelles.

 

- Il reste tout les jours identique à lui-même, dit le jeune Blanc en recevant la coupe de thé dans ses mains jointes.

- C’est-à-dire ? Interrogea le vieux monsieur, étonné de cette réponse si lapidaire et qui ne convenait pas à un disciple parlant du Maître.

- C’est-à-dire ?... Il rouspète tout le temps !

 

Le vieux Monsieur baissa les paupières sur ses yeux. Il ne savait pas s’il devait éclater de rire ou prendre son bâton et le casser sur la tête de ce jeune insolent.

 

Le jeune Blanc buvait tranquillement son thé et regardait autour de lui, sans la retenue habituelle des asiatiques.

Le vieux pensa dans le secret de son cœur « Cela n’a pas dû être facile pour mon vieil ami… Deux ans à supporter ce caractère… Ah ! Que mon vieil ami est un vrai Maître ».

 

Puis il ouvrit les lèvres et en souriant au jeune homme, il lui donna la réponse à sa parole :

 

- C’est le rôle du Maître de toujours reprendre et corriger, dit-il doucement… Et ce que tu me dis témoigne une fois encore de la grandeur de mon vieil ami.

 

Ange ne prit pas la balle au bond comme il en avait l’habitude. Il était fatigué. La nuit arrivait. Il souhaitait s’allonger et attendre le matin pour commencer son entraînement.

 

Le vieux se leva et lui indiqua sa chambre dans laquelle il trouva un plateau avec un repas froid.

 

- Ma servante t’apportera du thé dans un instant… Repose bien ce corps… Car tu le sais, on a l’esprit de son corps… A demain donc !

- A quelle heure demain pour l’entraînement ?

- Ne te presse pas… Ici, l’entraînement est très fluide et se fait en totale liberté de chaque instant, dit le vieux en souriant.

 

Ses pas glissèrent sur les tatamis et Ange s’allongea, heureux de sentir sous son corps autre chose que des pierres aigües avec juste une couverture sur lui pour lui faire oublier un peu la morsure du froid.

 

Le matin, pas de vieux. La servante lui dit qu’il avait affaires en ville.

Alors il se promena dans le jardin. Il admira les cibles avec leurs flèches plantées tel des dards, sans faiblesse, avec une régularité qui témoignait de l’Art du tireur.

 

« Un grand archer, se fit-il la remarque ».

 

Il avait aussi apprécié la délicatesse du vieil homme lorsqu’il l’avait un peu bousculé avec sa réponse concernant le Roshi. Il avait senti la fureur en son corps, puis le rire et enfin cette tranquille explication qui montrait sa maîtrise des sentiments et des émotions. Il aimait ce genre d’homme qui savait aller droit au but et les flèches plantées le lui disaient.

 

Dans la Salle de Travail, il admira aussi la qualité des arcs en bois.

Il se concentra aussi sur les méthodes de fabrication des flèches et s’étonna des manières subtiles de les monter.

« Tout un vrai Art, dit-il ».

 

Il attendit toute la journée le vieil homme et la servante lui dit qu’il lui conseillait de se promener librement et de détendre son corps et de regarder chaque chose en face.

 

Pendant une semaine, ce fut une répétition de « se détendre et de regarder chaque chose en face ».

Même lorsque le vieil homme était au pavillon, il vaquait dans son jardin à s’occuper des fleurs et de lui expliquer l’art subtil d’ouvrir une rose sans déflorer les pétales… C’est comme une Femme Noble, disait-il.

 

Le jeune Blanc l’écoutait. Il le suivait partout… Mais jamais un enseignement sur l’Art de l’Arc et de la Flèche.

 

Pourtant, chaque matin il pouvait constater que les cibles avaient changé de place, que les flèches étaient nouvelles, toujours bien centrées et vigoureuses comme des dards piquant droit au but.

Il n’avait jamais perçu le bruit de l’arc et de la corde !... Même en restant longtemps éveillé la nuit !

 

Alors il s’ouvrit de son interrogation au vieil homme.

 

- Maître… mon Maître m’a envoyé auprès de vous pour perfectionner ma connaissance du Tir à l’Arc… et depuis maintenant une semaine que je suis avec vous, vous ne m’avez toujours rien montré de ce Noble Art.

 

Le vieil homme prit son temps, assis sur son coussin de méditation en face du jeune homme.

 

- Je ne crois pas que mon vieil ami t’ait envoyé vers moi pour améliorer « ta connaissance du Tir à l’Arc », dit-il doucement… C’est toi dans ta conscience qui a organisé ses mots selon ta compréhension.

- Je ne comprends pas, dit Ange, cette fois vraiment interrogateur et sans ironie.

- Il t’a dit, mon vieil ami… « Va améliorer ta Connaissance de l’Arc et de la Flèche », compléta le vieux dans un mouvement lent de ses lèvres.

- Mais c’est la même chose, dit le jeune homme… C’est seulement un jeu sur les mots !

- Non, ce n’est pas de même… dit le vieux… Car l’Arc est ton corps… et la Flèche est ton esprit… Et tu dois apprendre à les coordonner avec sagesse dans une Cible qui est la vie ordinaire de tous les jours.

- Ce qui veut dire ? demanda Ange cette fois bien interrogé.

- Ce qui veut dire, mon très jeune ami… que tu dois savoir apprécier chaque situation comme une « Cible » et savoir choisir ta méthode d’action qui est « l’Arc »… puis passer en action qui est la « Flèche »…

Ainsi tu percutes la cible qui est l’espace de vie avec ta Volonté et ton Action est droite et sans faille…

 

Ainsi tu es le plus fort partout et tu maîtrises l’espace… Et celui qui est Maître de l’Espace est Maître de chaque situation et peut aller sans peur en n’importe quel poison puisqu’il connaît l’antidote.

 

Le jeune homme prit du temps à ingurgiter cet enseignement qui pourtant n’avait rien d’exceptionnel pour lui. Il avait entendu la même ritournelle du Roshi… Alors où était la différence ?... Car en son cœur il savait que le Roshi ne se moquait pas de lui en l’envoyant chez son ami… Il y avait là un enseignement essentiel et il se trouvait démuni car il ne percevait pas la faille. Il était devant un mur sans faiblesse dans laquelle sa compréhension aurait pu s’introduire.

 

- Tu es muet, maintenant, mon jeune ami sourit le vieil homme… mais je te comprends. Il n’y a pas faille dans « mon Art » pour introduire la pensée et le raisonnement… Alors te voilà démuni !...

 

Le silence fut long. Le jeune homme avait son esprit sans possibilité de tension.

 

- Oui, je suis sans support, reconnut Ange.

- Je constate aussi que tu es un garçon sérieux sous des dehors provocants… Tu cherches vraiment à comprendre et entrer dans les Secrets de l’Univers.

 

Le silence rompit les mots qui voulaient sortir du jeune homme. Après il dit doucement.

 

- La vie n’est pas facile pour moi, avoua Ange… Et si je ne trouve pas une porte de sortie à la douleur qui est toujours en moi avec la maladie de la désespérance, ce serait alors inutile que le Roshi m’ait sauvé la vie en me sortant du trou d’eau glacé du torrent.

- Dans lequel tu t’étais introduit de toi-même… dit doucement le vieil homme, les yeux au fond du cœur du jeune homme.

- Bien sûr !... Il fallait bien prendre une décision et en finir avec cette douleur toujours dans les entrailles à me ronger… On ne peut pas toujours fuir !

- Oui, on ne peut pas toujours fuir… Tu as raison mon jeune ami… Et tu as aussi du courage… Et de la conscience et de l’honnêteté…

 

Le jeune homme se crispa.

 

- Laissez la pommade aux autres !... Pas besoin de cela pour moi… C’est Clair !... Soit je sors de ce merdier qui me tient toutes les entrailles comme une main du Diable, soit je fais exit de cet Univers de cons !... Alors ne tournons pas autour du pot !

- Mais le « pot », c’est toi, continua le vieux en tranquillité.

- Ne comprends pas.

- Quelle est ta Cible ?

 

Le jeune homme resta sans la parole dans sa gorge.

Le vieux lui laissa son temps.

 

- Merde !... c’est « moi » dit Ange comme dans un songe.

- Non, tu te trompes… Ce n’est pas toi… C’est ta souffrance.

- Alors vous voulez dire que je me mens à croire que je suis sur un chemin « spirituel ».

- Oui, tu te mens… Tu n’es pas sur un chemin spirituel… Tu es seulement à la recherche de la cessation de ta souffrance.

- Vous voulez dire qu’en méconnaissant ma cible je ne me donne pas les moyens de toucher « mon problème ».

- C’est cela… Tu n’es pas Maître de l’Espace qui est toi… Alors tu joues, encore et encore… Mais tu n’as jamais la flèche qu’il faut…

-… parce que je n’ai pas la Volonté de la Décision… continua Ange avec des mots qui sortaient de lui comme d’un rêve… Merde !... Maintenant je comprends ce que me dit toujours le Roshi : « Que veux-tu vraiment ! ».

 

Le silence fit son mouvement lent dans la salle et les oiseaux du jour l’occupèrent.

 

- Tu commences à comprendre… Seulement un début du mouvement… Mais cerner la Cible puis choisir l’Arc et la Flèche est un grand Art qui se perfectionne chaque jour.

- Mais vous êtes un grand Maître !... Vos flèches sont parfaites dans les cibles… souligna le jeune Blanc.

- Je perfectionne ma méthode chaque jour, dit le vieil homme.

- Mais votre tir est parfait !... Si je puis me permettre de le dire.

 

Le vieil homme sourit avec la tendresse du grand-père pour son petit-fils et se pencha vers lui.

Le jeune homme se pencha lui aussi pour placer son oreille contre la bouche du vieillard.

 

- Je vais te dire un grand secret, prononça le vieux d’une voix à peine audible.

- Oui, souffla Ange, attentif aux moindres vibrations du corps devant lui qui lui touchait presque la poitrine.

 

Le vieux reprit sa respiration … Puis il articula avec lenteur en détachant chaque syllabe :

 

- Je ne sais pas tirer à l’Arc.

 

Ange jette tout son corps en arrière devant ces mots.

 

- Mais les flèches !

- Je les plante à la main chaque nuit, dit le vieux… C’est un Art difficile d’être si précis que chacun s’y trompe.

- Mais pourquoi ? Réussit à dire Bret.

- Ainsi j’ai le respect de tous et je peux vaquer à ce que j’aime… la recherche de moi-même !

- Vous vous donnez ainsi l’Espace à la Vie que vous aimez !... Je comprends maintenant… Et tous les brigands autour de vous n’osent pas venir car ils ont peur de vous !

- Je ne leur laisse pas d’espace à leur action !... confirma le vieil homme…

 

Le jeune Blanc rompit aussi les mots qui voulaient venir en réflexe dans sa gorge. Le vieux lui sourit.

 

- Et pour toi, mon jeune ami ?.... Comment plantes-tu tes flèches pour ne pas laisser d’espace à ta souffrance ?

 

Le jeune homme resta longtemps en silence, les yeux fermés par ses paupières soudées car il ne voulait plus entendre et voir ce qui était autour ! La bruyance de ses pensées éclatait dans sa tête qui eut du mal à rester accrochée aux épaules… Toute une vie défilait à grande vitesse derrière son front et ses yeux eurent mal. Il fronça les sourcils, fort… Il voulait chasser cette douleur qui lui crispait tout. Son entendement se bloquait.

 

Il restait seul avec ses mensonges.

Il se vit dans sa prétention arrogante à fuir toujours… toujours… toujours…

 

Rien ne se calma. Il devait rester avec lui- même et sa souffrance qui commençait à dire son nom et montrer sa puissance manipulatrice… Il se vit un Démon cherchant à se faire croire qu’il est Dieu.

 

Il s’inclina devant le vieil homme. Son front toucha le tatami.

 

- Merci, dit doucement Ange…

 

Ce sont les derniers mots qu’il prononça avant de le quitter au petit jour.

A ce moment, il s’assit devant le vieil homme et prit la tasse de thé brûlant entre ses mains.

Il but tranquillement, les yeux mi-clos. Il regardait le corps du vieillard. De la lumière dorée l’enveloppait. Il y avait la même lueur dans les yeux et il fut certain que chaque nuit cette Force dormait dans le corps de l’Homme.

 

Il se redressa puis s’inclina sans un mot.

Son baluchon l’attendait, préparé par la servante.

 

Il eut chaud pendant tout le trajet du retour.

 

 

Le jeune homme est resté plus d’une heure, immobile sur le divan, les jambes croisées en lotus et le dos bien droit. Posture de méditation parfaite, une posture de Lion uniquement concentré sur la perfection du souffle dans le ventre et son accompagnement dans le reste du corps.

La jeune Japonaise resta en silence.

Elle admira la posture et s’installa dans son fauteuil pour jouir pleinement de cet instant dans lequel le futur Maître ne jouait pas un jeu.

« Il est lui-même, attentif, droit, sans faille ! » se fit-elle la remarque et son cœur lui montra alors qu’elle l’aimait.

 

Puis tout d’abord sa respiration se modifia. Elle devint plus haute dans les poumons. Ensuite ses paupières se soulevèrent et les yeux reprirent contact avec la vie autour… Enfin il bougea le corps et déplia les jambes.

 

Puis il dit pour lui : « Clair !... Qui fait sa propre publicité ?.... et je dois attaquer là ! »

 

Yoko a suivi le déroulement de ses mots et ces mots-là rejoignent des pensées qui ont déjà trotté dans sa tête.

 

- Tous, je crois, dit-elle.

- Oui, tous ! confirma Bret…

- Sophie joue les femmes fortes et libérées… dit-elle.

- L’oncle fait l’homme sérieux et honnête sous tous les rapports… continua Ange.

… Idem avec le Notaire, continua-t-il.

- Pour Ahmed, je te laisse la décision, dit-elle… Je ne l’ai jamais rencontré en direct.

- Il n’est dangereux que lorsqu’on lui tourne le dos… De face c’est un lâche, dit-il.

- Alors, qu’allons-nous faire avec toute cette panoplie ?

 

Bret prit un temps de réflexion. Il lança quelques pistes dans sa tête et il était attentif aux réactions de son corps relié à l’intelligence intuitive par l’intermédiaire de toutes les cellules.

 

- Ils jouent tous dans le « très sérieux », dit-il et tout est bouclé dans des apparences inattaquables… Mais il y a une faille et une faiblesse… Donc deux actions possibles.

- Puis-je partager tes réflexions ? demanda Yoko interrogative.

- Pas de problo, dit-il en souriant…

- Alors, la faille ?

- L’info sur les fuites des « documents » n’est pas venue toute seule aux journaux, dit-il.

- Intéressant, confirma-t-elle… D’autant plus que l’info avait suffisamment de renseignements en support pour être publiée et circuler dans le populo qui a pris flamme…

- Alors il y a « Quelqu’un » pas très content de « quelque chose » qui a voulu foutre un peu de bordel, dit-il.

- Et bien informé !... avec preuves à l’appui, continua-t-elle… Donc pas n’importe qui !

- Alors il va falloir me trouver ce « Quelqu’un », dit-il.

 

Yoko réfléchit un instant.

 

- Ce sera difficile… Tout est bien bouclé dans cette affaire… les « Mœurs » contrôlés par les « Stup »… Les « Stup » coiffés par l’Elysée « Secret d’Etat »… dit-elle.

- Plus facile que tu ne le crois, sourit Bret…

- Ah, oui !

- Ce « Quelqu’un » attend du bordel… Pour bouger quelque chose dans une nasse trop bien fermée et obscure… Alors nous allons foutre le bordel qu’il attend… Et ce « Quelqu’un » va pointer son nez… et viendra nous aider.

- Foutre le bordel qui est, je crois avoir compris, ta spécialité, rigola-t-elle… Mais comment ?

- Par la « faiblesse » dont je te parlais.

- Un peu plus, s’il te plaît !... Quelle est cette faiblesse ?

- Non, QUI est cette faiblesse ? reprend-il.

- Sophie ? dit-elle en intuition.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce qu’elle a une structure énergétique de « Mère terre » et que la « sécurité » est un support essentiel de son développement et conduit le réflexe de toutes ses actions, dit-il.

- Tu es certain de sa structure ?

 

Le jeune homme haussa les épaules. Elle l’a touché !

 

- Excuse-moi de cette demande, dit-elle… J’ai oublié un moment qui tu es… Et je te parle comme dans une discussion ordinaire !

… Alors tu veux la déstabiliser… C’est bien cela ?

- Et cela va foutre un bordel dans la nasse si bien bouclée, dit-il… Ensuite, nous verrons bien comment cela va bouger et nous suivrons le mouvement.

- Et comment vas-tu faire ?

- Je vais attaquer par Ahmed…

- Mais il est protégé !...

- Tu as oublié que j’ai une carte de flic haut niveau.

- Alors ?

- Alors… trouve moi un flic des « Mœurs » qui voudrait foutre un peu de bordel dans les plumes de Ahmed et je le « réquisitionne » pour le job… Ainsi il est couvert par une autorité plus grande que la sienne, d’autant plus que j’aurai ordonné le « secret d’Etat » puisque je suis détaché à l’Elysée.

- Ainsi il pourra défouler sa rancune en jouant les cons devant ses chefs.

- Tu comprends vite, fait Ange.

- Avec toi c’est plutôt conseillé si on ne veut pas rester sur le bord de la route en criant « Mon sac à main », rigola-t-elle.

- Et trouve moi aussi un journaleux et un photographe… Pas des gens très voyants !... De ceux qui savent rester discrets en arrière plan… Mais qui ne perdent rien et communiquent tout.

- Pas de problème… Nous avons cela en rayon dans notre équipe.

- Alors une dernière info : sais-tu quand le Ahmed il va faire « jouer » la Sophie ?

- Ce soir… selon nos dernières infos… Dans un hôtel de passe proche de la gare d’Austerlitz…

- Quel genre de jeu ce soir ?

- Hôtel portes ouvertes… Avec plumard à trois, dont Ahmed… Puis les autres qui se trompent de chambre et qui demandent quel est ce nouveau jeu et offrent leur assistance.

- Je vois… Une seule femme et pas mal d’hommes… et comment tu sais cela ?

- Quelqu’un de chez nous est un des « clients ».

- Comment je puis le reconnaître lorsque je vais foncer dans le tas ?

- Facile, tu le connais déjà ! rigola-t-elle.

- Ah oui !

- Le vieux général de cavalerie avec la moustache… gloussa-t-elle… Tu sais « nous » ne te perdons jamais de vue… Le Roshi ne serait pas content de cette négligence !... et si au passage « nous » pouvons te donner un coup de main, ce sera toujours avec grand plaisir !

 

Je rigole et soudain une idée fulgurante me traverse la cervelle…

 

- Et la Dame… Celle sous la table du resto.

- Idem, sourit finement la Japonaise dans ce sourire si asiatique… Elle en fait des gorges chaudes dans l’équipe… Goûter le futur Maître !... Elle ne tarit pas d’éloge sur la richesse de ta semence qui lui a fait disparaître une allergie de peau qu’elle traînait depuis des mois et sur laquelle les toubibs calaient.

- C’est vrai que ma charge d’oligoéléments est fabuleuse, je reconnais en toute humilité !

 

Yoko se tient les côtes. Une japonaise qui rit vraiment, ça s’entend !

Alors la porte de la salle s’ouvre sur un homme interrogateur.

 

- Mon père, dit Yoko en se levant, tout à coup très sérieuse et très professionnelle.

- Parfait, je fais en allant droit vers le petit homme carré et sévère avec moustache rude coupée courte… Nous allons pouvoir nous consacrer à la générosité et la délicatesse de la cérémonie de thé.

 

L’homme comprend vite. Il s’incline devant Bret, les mains jointes devant son cœur.

 

- C’est un honneur pour moi de recevoir dans ma maison le fils du Maître.

 

Ange comprend aussi très vite. Il n’a pas dit « C’est un honneur pour moi de recevoir le futur Maître » !

D’ailleurs il y a du mensonge derrière ses yeux et les décodeurs du jeune homme font tilt.

 

Yoko comprend aussi très vite et fait ripette en posant un bisou sur la joue de son père.

 

- J’organise tout pour ce soir, dit-elle en sortant de la pièce.

 

Son père fronce les sourcils qu’il porte broussailleux.

 

- Je vous expliquerai, très honorable chef du groupe de la Famille en France, dis-je.

 

Le voilà partiellement rassuré et il m’invite d’un geste large à passer devant lui.

 

 

Ouf !... Nous allions le manquer d’un cheveu… Il faut continuer et le suivre pas à pas sans laisser un instant de répit, dit Heidi.

 

 

 

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