52. La Confiance est la Porte

 

Heidi s’assit sur le coussin devant le Maître qui l’attendait… Mais cette fois il ne dit pas « Je sais ».

Il y avait de la gravité dans ses yeux en ce petit jour qui donnait tout juste sa lumière par-dessus les crêtes.

 

- Je voudrais aider Ange d’avant et Yoko à transformer la structure énergétique de Sophie, dit-elle, avec les mots qui coulaient de sa gorge, un à un dans la connaissance de l’importance de son vouloir et de sa demande.

- Pourquoi veux-tu faire cette opération magique sur les Ecritures ?

- Je ne sais pas… J’en sens seulement la nécessité dans mon cœur.

- Crois-tu que mon fils n’est pas assez puissant pour avoir obtenu ce résultat par lui-même ? dit-il, très grave.

- Je ne sais pas… Je n’ai pas pris connaissance des Ecrits suivants… Mais toute cette nuit, je touchais l’urgence de vous rencontrer ce matin et de vous demander votre aide pour cela, dit-elle, avec les mots qui continuaient à couler sans heurt et précipitation.

- Crois-tu qu’il n’a pas reçu suffisamment d’aide de la petite Japonaise ! ironisa-t-il.

 

Son ironie ne poussa pas loin sa trace ; la jeune femme sentait qu’elle était fausse et seulement une provocation pour elle.

 

- Crois-tu qu’il n’a pas assez de pouvoir pour la nourrir et lui donner la Force dont elle a besoin pour l’aider dans sa mission ? ajouta-t-il.

- Je crois qu’elle n’est pas assez forte, dit-elle sans émotion.

- Pourquoi crois-tu cela, demanda-t-il dans un sérieux qui étonna la jeune fille.

- Je le sens ainsi… Elle pose parfois des questions, ou une manière de formuler ses mots… qui ne sont pas de la Dimension de votre fils d’avant… et encore moins de votre fils de maintenant, déclare-t-elle sans peur des mots terribles qui sortent de sa gorge.

- Est-ce tout ? demanda-t-il… Tu caches quelque chose derrière ton dos.

 

Heidi sourit. Elle aimait être ainsi découverte lorsque la totale vérité ne passait pas ses lèvres et que l’événement l’obligeait à aller au fond de son cœur.

 

- Je crois aussi que je suis influencée par le Livre de « l’Enfant »… Elle a trahi votre fils… Elle ne l’a pas assisté dans la demande qu’il lui a faite… Elle a tenté de lui nuire… Elle a perdu en final sa Confiance, ce qui pour moi est le plus important…

- Alors, demande-t-il.

- Alors ?... Si elle avait été assez touchée par votre fils durant cette première rencontre, dans cette mission « le Tourbillon », elle n’aurait pas réagi ainsi dans « l’Enfant » et aurait suivi votre fils d’avant jusqu’au fond de l’Enfer s’il lui avait demandé…

- Bien vu, ma fille des Montagnes du Nord… Tu sais regarder en face… Alors tu me dis que Yoko ne sera pas capable de planter correctement ses flèches dans la cible qu’est Sophie… et que l’aide qu’elle apportera à mon fils sera insuffisante…

- Oui, c’est ce que je sens… et je voudrais faire que votre fils gagne son défi contre cette Force du plaisir à se faire du mal… Voilà ce que je voudrais !

 

Le Roshi prit le temps de longues respirations ; ses yeux entraient dans le corps de cette petite montagnarde en face de lui. Elle l’impressionnait par cette manière si directe de dire les faits, ceux venant de l’extérieur, comme aussi ceux de son cœur.

 

« Elle n’a pas peur du jugement des autres, se dit-il dans le secret de sa tête… Mon fils de maintenant a bien transformé son être, si peureuse et fuyarde auparavant ! »

 

Puis il ouvrit la bouche.

 

- Tu as raison sur Yoko… Mais comment peux-tu croire que mon fils d’avant n’a pas pu gagner seul ce défi sur Sophie ?

- Je ne sais pas… Je sens seulement que je dois l’aider ! dit-elle en entrant dans le secret de son cœur afin d’être certaine de pas inventer les mots qui se posaient entre eux.

- Je puis te dire que mon fils a gagné sa mission dans son pays, dit le vieillard en souriant.

- Sa mission !... Celle de trouver d’où venaient les fuites des documents et de sortir d’affaire l’Empereur ?

- Oui… Une affaire bien compliquée… Que mon fils a démêlée avec sa vigueur habituelle !

- Il a aussi clôturé la totalité de sa mission ?... Celle de rendre propre le terrain derrière lui ?

- Oui, dit-il en continuant son sourire…

 

La jeune femme regarda le mur de bois derrière la tête du Maître ; il y avait là un noueux noirci par le temps. Au cœur de ce noueux, tout était noir. Elle se concentra sur ce petit espace très noir et elle l’apporta dans son ventre comme le lui avait appris « son » Ange.

D’abord ce fut une crispation de son estomac avec une contraction très forte au plexus… Puis de la chaleur vint, libérant les tensions de son corps.

 

Puis la magie de l’Univers agit. Si souvent « son » Ange lui avait dit d’avoir confiance en Elle et attendre son action.

Le creux du bois très noir devint doré. Au centre de cet or il y avait un point de lumière blanche, très vive, presque insupportable à regarder en face. Elle entra dans cette lumière.

 

« Son » ange était là, debout avec sa cape transparente. Il lui souriait et il lui dit « Viens en moi ».

 

Elle entra en lui, étonnée de cette nouvelle Dimension, si simple, si lumineuse, dans laquelle l’émotion n’existait pas… dans laquelle le nom même de « émotion » n’existait pas.

Elle chercha la souffrance en ce lieu ; il n’existait pas non plus… Alors elle comprit les mots qu’il lui avait dits un jour, devant les crêtes rougeâtres, alors qu’elle s’émerveillait de toutes ces couleurs et beautés de la nature : « Il existe une Dimension où le nom même de Souffrance n’existe pas… Alors comment y aurait-il quelqu’un à la recherche du Bonheur ?»

Là elle comprit et reçut un choc.

 

Elle regarda en dessous d’elle… Il y avait le Roshi, assis sur sa chaise !... Il y avait aussi « elle » assise sur son coussin en face du vieillard.

 

« Tu es dans le premier double, dit-il … De là tu peux observer la Terre des hommes et entrer en leur cœur… Alors regarde bien ! »

 

Elle regarda la scène sous elle… Cet assemblage entre le Maître et elle… Elle vit la couleur noire et rouge dans le cœur du Maître. Elle vit sa souffrance cachée sous le sourire tranquille.

Elle sut alors que son fils d’avant avait perdu son défi avec Sophie…

Il avait gagné sa mission selon les hommes mais il avait perdu dans son plaisir à changer le Monde.

 

La main de son Ange d’ici lui caressa la nuque et enleva les tensions. Son cœur éclata de bonheur.

 

Elle savait maintenant que ses visions et sensations de la nuit n’étaient pas mensonges.

 

« C’est seulement la manière de les comprendre qui te fait encore défaut, dit son Ange dans une caresse du souffle sur sa tête »

 

 

Puis elle ferma les yeux car la lumière devenait insoutenable. Lorsqu’elle les ouvrit de nouveau, le noueux du bois était de nouveau noir.

 

Alors elle regarda le Maître et dit :

 

- Inutile de cacher votre souffrance, Maître… Il a perdu.

 

Il prit le silence comme témoin… Puis il dit :

 

- Oui… Il a gagné selon les hommes… mais il a perdu selon Dieu.

- Que s’est-il passé ?

 

Il porta sa mémoire dans le fond.

 

- L’ouverture des mémoires s’est bien passée… Elle a pu voir et comprendre par elle-même la manipulation émotionnelle dont elle était l’objet...

- Après ?

 

Il sourit.

 

- Après ?... elle s’est endormie dans cette nouvelle tranquillité de vie… et n’est pas allée plus loin dans la connaissance de sa structure de base… Comme beaucoup, tu sais ! dit-il triste.

 

La jeune femme était étonnée de cette réponse.

 

- La « vue » de cette aliénation ne fut pas assez forte pour la changer ?

- Elle a tout récupéré dans son ancien système de référence… comme beaucoup d’autres !... Ils enlèvent l’épine et cela leur suffit… Regarder en face la matière qui permet à l’épine d’entrer, ne les préoccupe pas… Comme beaucoup…

Alors c’est beaucoup de travail et d’effort pour rien… car le destinataire de cette action libératoire est encore la Force qui a installé les structures dans les corps humains… qui sont maintenant tous contrôlés par ce principe énergétique.

 

C’est elle qui eut besoin maintenant du silence pour laisser les mots du Maître faire leur effet sur son cerveau.

 

-Vous voulez dire qu’il a existé un « temps » pour l’homme où cette structure n’existait pas ?

 

Il devint rêveur.

 

- Oui, cela a existé… Mais pas la peine de rêver, ma petite fille des montagnes… On ne peut pas y revenir et maintenant, la structure énergétique fait partie de la constitution génétique de la matière à partir de laquelle l’homme est conçu, dit-il triste.

 

La jeune femme laissa le silence entrer et sortir à sa convenance. Sa tête ne fonctionnait pas. Son cœur non plus. Le Silence total.

Son Ange lui disait souvent : « De ce Silence, tout se crée… et seul ce Silence aime ».

 

L’Amour pour l’Homme gonfla ses seins et elle s’entendit dire :

 

- Comment peut-on rejouer ?

 

Le Roshi réfléchit et dit :

 

- Lui envoyer de l’aide.

- Comment ?

- De l’aide d’ici, dit-il avec lenteur, laissant la vision devant lui prendre forme.

- Oui ?

- Lui envoyer des moines de cette époque qui connaissaient cette méthode d’ouvrir les mémoires par les Portes du Ciel.

- Ils connaissent cette technique car elle fut aussi appliquée à eux ?

- Oui, dit le Maître… Il y a encore les trois vieux qui se chauffent les os au soleil sur le banc de pierre de la cour… Il y a aussi Hiro qui m’a aidé à pratiquer cette opération énergétique sur mon fils d’avant…

- Alors !... Nous pouvons repartir pour une nouvelle aventure, s’élança-t-elle.

- Oui, nous pouvons, dit-il, séduit par l’enthousiasme de la petite lionne des montagnes en face de lui.

- Il suffit de leur demander, déclara-t-elle sans ambages.

- Oui, il suffit !... éclata-t-il de rire.

- Alors c’est votre travail de les convaincre ! dit-elle avec cette autorité qui lui venait de la Lumière en elle…

- C’est mon travail… dit-il en continuant à rire.

- Et vous savez que c’est urgent ! dit-elle.

- Ne me prend pas encore pour complètement sénile, dit- il… Ou je vais finir par croire que c’est mon fils d’avant qui revient à travers toi !....

 

La jeune femme se leva d’un bond et gagna la porte. Elle aussi avait à se préparer et faire sa part de travail.

 

- Merci Maître, lança-t-elle en passant la porte.

 

Elle ne vit pas que c’est le vieillard qui s’inclinait en regardant la mince silhouette sauter les marches de l’escalier et courir dans le jardinet.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 8

 

Mon fils,

 

Je souhaite te montrer une fois encore, si cela s’avérait nécessaire, la Grandeur de mon âme et l’intérêt sincère que je témoigne pour ton bonheur et la tranquillité de ton être le plus profond, celui que tu caches derrière toutes tes flagorneries. Aussi dans le souci constant que j’ai pour ton bonheur, je ne le répéterai jamais assez car tu as une propension étonnante à l’oublier, je ne voudrais pas que tu reviennes au monastère aigri une fois de plus de la misère du Monde et de la fadeur des personnes qui l’occupent…

 

Je sais que pour toi la communication intime avec son être profond, ce que nous appelons ici « Voir son visage originel, celui avant sa naissance » est l’essentiel de ta vie et ton seul intérêt. Je dois reconnaître à ce sujet la magnifique radiation que mon vieil ami le Maître de l’Arc et de la Flèche a produit sur toi. Tu es revenu comme un homme nouveau. J’avais les larmes aux yeux à te regarder descendre de la montagne et glisser entre les pics vertigineux des crêtes si dangereuses que même les chamois d’ici ne s’y hasardent pas, car contrairement à ce que certains chasseurs croient, ils ne sont pas fous et ont une âme… C’est ainsi que je crois avoir rencontré en l’un d’eux mon grand père maternel… Il avait comme occupation principale de sauter sur tout ce qui bouge, et en particulier sur les femmes… Il fut donc très normal qu’il revienne en ce Monde en tant qu’animal qui saute de pic en pic afin de voir plus loin que loin, puisqu’il n’avait pas compris dans sa vie d’avant ce que c’est qu’être plus blanc que blanc… Tu sais comme cette lessive !... Et je te prierai de te pencher de nouveau sur la profondeur de cette sentence car j’ai toujours l’impression que son essentiel t’échappe. Sans vouloir en aucun cas orienter ton esprit que je sais avoir un constant besoin de liberté, je crois bien que ce publiciste était un grand homme dans la connaissance du Monde.

 

Donc, où en étais-je ?... Tu vois comment tu arriverais à faire perdre le fil de la logique à l’homme le mieux entraîné à suivre la piste devant lui. Il faut dire à ce sujet que tu es Maître à suivre le mouvement tracé par l’Univers devant toi, et c’est pour cette raison que nous t’avons donné ce surnom de « Traqueur Silencieux »… Tu me demanderas encore ce que vient faire ce commentaire dans cette manière que tu as de faire perdre la trace à celui le mieux entraîné ? C’est que tu es « silencieux » mon fils… Tu pousses les autres dans leur « déconnante » pour user d’un de tes mots à l’emporte pièce, ce qui témoigne une fois de plus de l’attention débordante que j’ai pour toi et te comprendre !... Donc tu pousses les autres dans leurs pensées, leurs espérances, leur imagination… Tu crées un magnifique nuage de fumée et on ne te sent pas arriver, car tu as glissé en silence sur la trace que toi tu n’as pas perdue de vue, entre les méandres des émotions et sensations des autres que tu as excitées.

 

Ainsi tu es un grand silencieux et seul toi tu sais ce que tu es en train de faire !

 

Mais ne t’en déplaise, moi aussi je sais ce que tu es en train de faire et le vieillard sénile que je suis peut suivre ta trace.

 

Aussi j’ai bien compris ton « entraînement » avec de nouveaux outils lorsque tu as pris la voiture de Yoko et remonté les voies rapides à contre courant.

Tu as testé ta possibilité avec des engins modernes à pousser les autres dans leurs illusions. Car ceux-là ne savaient pas que l’on doit regarder les vides et pas les pleins. Comme dans la lecture véritable ! Savoir lire est un Art que bien peu hélas connaissent. Et encore moins s’y entraînent !... Ah ! Comme ils sont captivés, comme ils sont capturés par les mots écrits, par les lettres noires sur le papier blanc !... Parfois ils écrivent en couleur et utilisent un papier qu’ils estiment plus délicat… Mais ils restent dans le même mouvement… Ils sont dans cette prison où l’on change tout mais en fait on ne change rien… Car ils continuent à être concentrés sur les lettres, sur les « pleins »…

 

Ils ne savent pas que le cœur de celui qui écrit, son âme et son esprit, sont contenus dans les « vides », dans les blancs entre les mots et les lignes.

Ils ne savent pas que s’ils voulaient réellement lire et comprendre, ils ne porteraient pas attention aux pleins des lettres et ils trouveraient leur réponse dans les « vides » entre elles et cette réponse viendra éclater dans leur cœur et leur intelligence.

 

Ils auront compris ce que l’écrivain veut dire, ils auront même compris et saisi l’écrivain !...

 

Mais en ne portant attention qu’au plein des lettres, ils ne reçoivent comme connaissance que les réactions de leur propre esprit sous la provocation des mots. Et ils se croient intelligents ! Ils ne rencontrent que l’évidence de celle de leur esprit !

 

Et c’est ainsi que à peine arrivé en la capitale du Pays que tu avais quitté furieux, que dis-je ! En furie… tu es allé vérifier s’ils savaient lire le code de la route.

Mais ils étaient concentrés sur les « pleins », sur les voitures et en particulier la tienne qui leur fonçait droit sur le museau.

Toi, tu ne regardais que les vides entre les voitures et l’espace infini qu’il y avait là pour s’y glisser sans bruit.

 

Mon fils, tu m’émerveilles parfois !... Mais comme je te le disais, je ne voudrais pas que ton émerveillement se tarisse et tu reviennes une fois de plus près de moi avec la fureur en toi… car je sais que tu la défouleras sur les moines pendant les entraînements de combat… et il est très difficile de trouver maintenant du bon matériel !

En tant que fils, tu ne connais pas la lourde charge d’être le Père. Je me dois de garder mes moines en bon état et ce n’est pas avec des séjours prolongés à l’infirmerie qu’ils peuvent progresser dans la confiance « qu’aimer la mort, c’est aimer la vie.»

 

Alors, tu vois qu’après un long détour je reviens à la raison de mon court billet que je t’envoie par pigeon voyageur habituel, celui qui va direct au but et ne musarde pas dans quelques auberges de passage…

 

Et donc que tu peux me faire confiance car je ne perds pas ta trace, même sous les impulsions de ton génie à m’y foutre le bordel…

 

Donc je te disais que fort soucieux de ton humeur et ton plaisir, j’ai fait le rêve, peut-être un peu imbécile, de t’envoyer de l’aide afin de monter la pression énergétique dans le corps de cette belle enfant un peu laiteuse qui porte le nom charmant de Sophie… Tu te souviens d’elle ?... C’est cette douce personne qui voulait te montrer les pointes de ses seins afin que tu puisses y prendre ton petit lait chaud matinal …

 

Bref, pour aller au fond du sujet car si le message est trop lourd le pigeon ralentira son vol, sachant que tu es dans un lourd embarras avec chacun et que sous tes airs tranquilles tu fonctionnes à trois cent vingt à l’heure, je voudrais te soulager d’une part de l’intendance afin que tu puisses te consacrer à l’essentiel, comme il se doit dans l’apprentissage de ton rôle de futur Maître de la Famille.

 

Donc, je t’envoie en soutien Hiro et trois autres valeureux moines, des vrais combattants contre le mensonge.

 

Je suis certain que tu sauras les accueillir en la digne Capitale de ton Pays que tu aimes tant, avec le sourire et la bonne humeur que je te connais.

 

Je me permettrais seulement une parenthèse que je ne voudrais pas être un conseil car je sais ton habitude à les enjamber… D’ailleurs « enjamber » est le bon mot !... Tu connais la fureur de Hiro lorsqu’un moine ne sait pas couper le poisson cru avec le couteau suivant le fil de la chair et la rapidité du geste donnant ce goût si délicieux des Sushis…

Alors s’il te plaît, ne l’entraîne pas dans un de ces restaurants japonais qui fleurissent à Paris et qui ont la prétention de servir ces délicieux morceaux de poisson crus… Je le connais assez pour savoir que d’un saut il va « enjamber » le comptoir et égorger avec son propre couteau l’être ignoble et terrible qui assassine ainsi cette saveur si rare et délicate du poisson… et continuer l’œuvre dans sa perfection afin de te servir, toi, le futur Maître de la Famille, dans la perfection.

 

Alors prend bien soin de lui comme il prend si soin de toi et te sert en toute circonstance.

 

Une note encore… C’est la première fois que ces moines, et Hiro vont dans un pays hors l’Asie… Alors ne les emmène pas au bordel. Ils en seraient choqués et perdraient par cela même une partie de leur détermination et force à préparer Sophie pour toi et sa rencontre avec la mémoire de ses cellules… Tu comprendras aisément, toi qui en as fait l’expérience, qu’habitués au grain de peau si délicat de la femme d’Asie, ainsi que la souplesse de la chair dessous, ils… Bref, tu me comprends, j’en suis certain dans le secret de mon cœur, même si tu continues à faire l’abruti, qui est une de tes méthodes pour enfumer la trace…

 

J’attends donc le plaisir de te voir heureux, mon fils, dans la réussite de ce que tu aimes le plus : provoquer la rencontre d’un Etre avec sa Dignité originelle… Ce qui d’ailleurs m’a fait parfois supposer que lorsque tu seras Maître de cette Digne Famille Shin, tu en changeras l’enseigne et tu écriras « Agence Matrimoniale »… Ce qui me donne des sueurs froides pendant les nuits brûlantes de l’été torride ici.

 

Je te tiens dans mes bras de Grand-Mère car parfois je préfère changer de sexe, car avec toi, on doit toujours être sur le qui vive… Et je sais combien tu es protecteur de la Femme !

 

Donc je te fais un délicat bisou féminin juteux sur le museau.

Pour les lèvres, on verra plus tard… Je dois m’entraîner…

 

A tout de suite, mon fils.

 

 

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