53. Tout n’est qu’une apparence

 

Les moines chargés des ordis du monastère se précipitaient. Ils couraient dans la cour centrale, se sont bousculés au portail du jardinet du pavillon de Maître. Ils se sont franchement bloqués à la porte de la chambre car ils voulaient passer tous les trois en même temps.

 

- Maître ! dit le plus âgé.

- Maître ! dit le moins âgé.

 

Le troisième commençait à pouvoir entrouvrir ses lèvres fendues et à montrer la bave de sa bouche. Il put dire « Mmmm … »

 

Mais le Maître, dans la bonté de son cœur aimant le comprit et lui sourit, ce qui porta le moine dans la Dimension du Bouddha.

 

- Maître !.... Une Force peut s’introduire dans nos ordinateurs et en changer les données !... reprend le plus ancien.

- … et changer les mémoires !… continue le plus jeune.

- L’alarme est partout ! Maître… reprit l’ancien.

- C’est toujours « le Tourbillon » qui est attaqué !... Tout se brouille et se modifie ! dit l’autre.

 

Le troisième voudrait bien produire son commentaire… Il pose son doigt raidi sur la tempe et porte les yeux au Ciel, pardon !... dans le corps du Bouddha dans lequel le Maître l’a précipité avec son sourire de bienveillance.

 

- Je sais, dit le Maître…

 

Sa voix douce, tranquille… sereine, apaise l’angoisse des trois moines.

 

- Vous aurez à vous habituer à ces modifications sur les écritures du « Tourbillon »… Je crois qu’elles seront multiples, dit-il, assis sur son siège de méditation, le dos droit, les yeux sur la crête gelée des montagnes.

 

Les moines hasardèrent une interrogation dans leur regard.

 

- Je procède à quelques expériences, dit-il.

- Cela aura-t-il une influence sur notre travail ? demanda l’ancien, préoccupé.

- Oui, dit le Maître… Vous allez devoir enregistrer la nouvelle écriture des faits et des événements qui s’inscriront dans l’Univers des Hommes.

… Vous allez aussi devoir suivre l’analyse que l’Univers fera de ces nouveaux Actes et tenter de percevoir les modifications subtiles que cela provoquera sur tous les mouvements majeurs de la Création…

… Du difficile travail qui nécessitera une grande attention…

- Soyez certain que nous ferons de notre mieux, dit l’Ancien.

 

Les deux autres baissèrent le crâne rasé en signe d’acquiescement…

 

- Il faudra faire plus, dit le Maître… Plus que votre « mieux » !... Et je vous fais confiance en cette délicate attention.

 

Les moines touchèrent le sol de leur front et auraient dû se retirer à reculons comme il se doit dans la Tradition Noble.

Mais ils restaient à genoux et le front bas.

Ils avaient donc à dire plus et ils ne savaient pas comment commencer.

Alors le Maître les aida dans son extrême compassion et il demanda :

 

- Qu’y-a-t-il de si spécial ?

 

Les moines redressèrent le front. Ils avaient été compris par le Maître. Ils étaient heureux.

 

- C’est Hiro, dit le plus ancien…

- Il est furieux comme un Mongol devant les chars russes venant sur son territoire.

 

Le muet était désolé de ne pouvoir amener une information essentielle au Maître. Il secouait la tête et roulait les yeux des quatre côtés. Ainsi il témoignait par son corps de l’absence de direction de son esprit.

 

- Ils sont arrivés à Paris au très fameux aéroport Charles de Gaulle… Vous savez Maître, ce fut un de leur grand chef de guerre…

- Je sais, dit le Maître….Celui qui disait que toute la France résistait alors que toute la France … Bref !.... Dites plutôt votre problème.

- Alors, tout se passait bien… reprit l’ancien…

- Ils ont passé le contrôle des passeports sans problème, continua le jeune…

- Ils ont récupéré leurs valises, reprit l’ancien…

- Et c’est à la Douane que tout s’est gâté !

 

Le muet levait les yeux au Ciel… Il ne comprenait pas !

 

- Votre fils était là à les attendre…

- Il a montré sa carte de Police aux Douaniers…

- Il leur a dit que les trois asiatiques qui arrivaient avaient des documents secrets cachés dans leur anus…

- Puis ce fut la catastrophe !

- Les douaniers se sont rués sur eux…

- Ils ont été poussés dans un bureau tout petit…

- Ils ont dû montrer leurs fesses !...

- Les Douaniers ont vérifié avec des lampes et des appareils.

- Hiro hurlait des invectives…

- Ils lui ont fait un procès-verbal de « résistance ».

- Les trois autres ont eu droit aussi à un procè- verbal…

- Ils n’avaient pas le cul propre et réglementaire pour l’hygiène des transports en avion internationaux…

- Mais heureusement votre fils est venu, dit le jeune.

- Il a tout arrangé, dit l’ancien…

- Et ils sont repartis ensemble… reprit le jeune …

- Mais Hiro voulait tout casser !

- Alors les policiers ont voulu lui mettre un genre de chemise blanche qu’ils appellent une camisole de force.

- Mais heureusement que votre fils était là !

- Il a encore tout arrangé, confirma le jeune.

 

Le muet ne savait plus où envoyer ses yeux… Son entendement devant la folie des hommes ordinaires lui échappait de sa conscience.

 

- Ensuite, demanda le Maître ?

- Votre fils les a fait sortir de l’aéroport qui est immense.

- Une voiture les attendait, dit le jeune.

- Ils sont montés dedans, dit l’ancien…

 

Le muet mettait un doigt sur sa tempe en les regardant… Que d’oisiveté ! Que de commentaires inutiles qui retenaient le temps si précieux du Maître.

 

- Et maintenant, demanda le Maître ?

- Ils sont dans la propriété de la Famille à proximité de Paris… dit l’ancien.

- C’est là que Sophie est en sécurité, avec deux gardiens et deux femmes pour s’occuper d’elle, dit le jeune.

- Votre fils a fait les présentations et les moines ont pris possession du corps de Sophie.

- C’est-à-dire ? demanda le Maître.

- Ils l’ont allongée sur une table…

- … confortable avec un joli matelas, précisa le jeune qui avait un faible pour la jeune femme…

- … et ils ont mis les mains sur elle pour vérifier le niveau de son énergie, reprit l’ancien pas content d’être coupé en permanence par plus jeune que lui.

- Et leurs conclusions, demanda le Maître ?

- Etat vibratoire identique à celui des légumes, dit l’ancien…

- Hiro en a oublié sa fureur… Il ne comprenait pas comment une Intelligence intuitive peut être encore en existence dans un corps si pauvre en énergie fondamentale, dit le jeune.

- Non, il n’a pas dit cela ! s’opposa l’ancien… Il a dit qu’avec un tel état énergétique si pauvre l’Intelligence intuitive n’est pas active… Voilà ce qu’il a dit !

 

Le muet opina et confirma.

 

- Et ensuite, demanda le Maître ?

- Ensuite ?... Les moines et Hiro ont pris possession de leurs chambres…

- Grandes, aérées, claires… dit le jeune.

- … avec un chauffage intégré !... ajouta l’ancien émerveillé.

- Hiro a même dit qu’il n’allait pas avoir besoin de ses pieds pour garder au chaud ses testicules durant la nuit ! confirma le jeune.

 

Le muet, lui, n’en revenait pas de tant de confort et les mots lui manquaient pour exprimer sa stupéfaction.

 

- Et ensuite, demanda le Maître ?

- Ensuite ?

 

Les trois moines se regardèrent. Il n’y avait pas de suite…

 

- Si, dit l’ancien… Votre fils est parti dans la voiture de Yoko.

 

Le Maître cachait sa fureur derrière son sourire asiatique

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 9

 

Mon fils,

 

… ou je ne sais plus très bien si tu es encore « mon » fils !

La honte est sur mon vissage. Que dis-je! Elle est dans mon corps !

Comment peux-tu recevoir mes envoyés de cette manière honteuse ?

 

Je ne sais plus que dire, alors je me tais.

 

Je t’envoie mes condoléances pour la mort de ton honneur.

 

Je ne sais plus si je suis ton Père.

 

 

Tiens, le vieux grincheux qui ramène sa fraise lorsque je suis en plein turbin !...

Et avec de tels commentaires à mes dignes actions, je suis confirmé qu’il est sur la pente de la sénilité prononcée.

Aussi comme je n’ai pas de temps à perdre, je lui envoie en retour par pigeon voyageur le petit poulet que je vous communique puisque je vous ai promis de ne rien vous cacher.

 

« Cher Maître,

 

de cette Famille honteuse tellement il y a de fous dedans.

 

Je ne puis accepter vos commentaires oiseux qui ne font que témoigner de la dégénérescence de vos cellules du cerveau, car pour ce qui est de l’Intelligence Intuitive, elle s’est faite la malle il y a déjà des lustres car Intelligente comme elle est, elle ne pouvait pas rester dans un corps aussi sénile.

 

Donc avec toute la modération qui me caractérise, vous en conviendrez avec moi, je vous rappelle que le temps n’est pas l’ami de l’homme, ce dont vous me cassez d’ailleurs les oreilles tous les jours de sainte journée organisée par le Bouddha.

 

Alors comme je suis en plein turbin après avoir crevé le sac à merde trop bien ficelé dans les « top secret ! », je n’ai pas de temps à perdre car je dois regarder de tous les côtés pour saisir la sortie de la souris de son terrier… Ou du lapin, si vous préférez car vous aimez jouer sur les mots.

 

Alors, que se serait-il passé si j’avais réceptionné Hiro et vos trois moines dans les règles de la bienséance asiatique… le bien-être de la limousine de luxe, une Mercédes 600, ne vous en déplaise, que j’ai louée exprès pour eux à Hertz… la cérémonie du thé… le confort des chambres avec chauffage intégré… la maison de Maître… l’originalité du jardin avec ses arbres magnifiques et cela si proche de Paris…

 

Alors ?... Que serait devenue leur détermination au travail ?... avec en plus ce décalage horaire qui vous met la fatigue dans le corps pour des jours ?

 

Alors, comme je vous le disais, le temps n’est pas l’ami de l’homme et j’ai utilisé un vieux proverbe de voyou de mon Pays : « La haine tient droit ! ».

 

Alors je leur ai fait détester ce Pays dès leur entrée et ils sont maintenant au travail car ils n’ont pas l’intention de s’attarder dans cette contrée si mal bouchée sur les convenances minimum de respect à l’humain…

 

Alors au lieu d’aller se reposer et admirer la perfection des lieux et me demander des nouvelles de ma santé, que vous savez très fragile, au point que je dois prendre un tas de précautions chaque jour pour ne pas chuter dans des maladies curieuses, avec ma tisane avant d’aller au pieu… bien que je sache que pour vous la seule maladie qui me guette est la folie de l’orgueil…

 

Donc pour revenir à nos moutons que je n’ai pas perdus car je suis un bon berger, je les ai mis derechef sur ma brebis nommée Sophie et ils ont branché le turbo car ils ne pouvaient pas faire autrement, vue la charge de rancune et de colère qu’ils avaient en eux et qu’il fallait bien décharger quelque part.

 

Alors en ma bienveillance de Père pour leur santé, je leur ai donné le terrain de l’action immédiate, ce qu’ils ont d’ailleurs apprécié à sa juste valeur.

 

Alors, n’est-ce-pas du parfait travail de Maître et de Père, cela ?

 

Dans votre dernier billet doux, vous me disiez, qu’il convient au Père de prendre soin du « matériel », ce dont je n’ai pas conscience, selon vous, dans mon rôle de fils.

 

Alors qu’ai-je fait ?... si ce n’est prendre soin du matériel que vous m’avez si gentiment envoyé et de le mettre sous tension en direct pour aller droit au Centre de la Cible…

 

N’est-ce pas vous qui me rappeliez aussi les enseignements de ce cher ami à vous, le Maître de l’Arc et de la Flèche.

 

Alors, qu’ai-je fait d’autre que de suivre ces enseignements essentiels que j’ai reçus de vous et de lui ?

 

Merci donc de cesser de douter de moi.

Je crois plutôt que vous doutez de vous et ne savez plus très bien où vous en êtes dans tout le bordel que vous mettez en permanence dans le corps et le cœur et l’esprit de ceux dont vous auriez la charge.

Heureusement que « moi » j’ai la tête bien sur les épaules et un corps qui peut recevoir dignement cette Intelligence Intuitive sans laquelle on est un légume… et que je commence à assurer avec Grandeur votre succession puisque la conscience vous échappe de plus en plus… Ce que d’ailleurs je comprends perfect, vu votre grand âge…

 

Mais il faut savoir prendre sa retraite et il se pourrait que votre heure approche.

 

Votre fils … qui n’a pas besoin de Père. »

 

 

- Ange ! dit Yoko en entrant avec précipitation dans la salle des ordis… Il y a du nouveau…

 

Elle s’installe sur le fauteuil devant moi, une liasse de papiers à la main.

 

- D’abord, les journaux… Ils mettent l’accent sur Sophie en priorité… Je crois que c’est une « gentillesse » des deux journalistes que tu as invités à tes opérations. Ils ont compris le fond de ta préoccupation et ils jouent sur l’émotionnel du public en attirant l’attention sur la vie « terrible » que lui faisait vivre son oncle pour la faire classer comme débile mentale ou émotionnelle… et la spoliation d’une partie de ses biens…

 

… D’ailleurs, à ce sujet, la brigade financière a mis à jour des irrégularités dans l’utilisation des bénéfices du labo qui revenaient à Sophie en tant que propriétaire… L’oncle faisait des placements pour elle de cet argent, selon les livres de comptes, mais dans l’opération finale, il glissait dans d’autres opérations à l’avantage du tonton et de ses comptes dissimulés…

 

…. Et le notaire ne faisait pas le récapitulatif de la fortune de Sophie chaque année… Il se contentait des premières écritures sur le livre comptable du labo et des déclarations fiscales de Sophie sur lesquelles elle payait des impôts sur ses bénéfices… qui en fait ne restaient pas pour elle…

En plus, il dit ne rien savoir sur la disparition des tableaux de Maîtres… et qu’il n’entre pas dans ses fonctions de faire la vérification de leur authenticité…

 

… Bien sûr le notaire est maintenant sur la sellette avec le juge d’instruction.

 

Donc le populo prend feu et flamme pour la Sophie !

 

Pour la radio et la télé, ils vont à du plus sérieux et moins émotionnel : les réseaux des femmes, la drogue et les fuites de documents « Secret Défense ».

 

… Là encore pleins feux sur l’Oncle… Il est maintenant certain selon les dires de Ahmed, que son mariage avec Sophie était déjà programmé et qu’en conséquence on ne peut pas parler de manipulation, mais de tentatives de contentement de sa future épouse afin d’équilibrer sa libido perturbée par la mort subite de ses parents, ce qui lui a d’ailleurs déjà valu une psychanalyse de quinze ans…

 

… La question reste en suspens puisque Sophie a disparu et on ne peut donc pas lui poser la question.

 

… Pour les réseaux de drogue et de femmes, les découvertes et arrestations continuent… et une surprise : des femmes en maison « de formation » ont dit qu’il y avait certaines d’entres elles qui disparaissaient, et que cela se passait toujours après le passage de quatre hommes qui les examinaient et qui pour elles étaient des militaires sauf le plus vieux qui semblait commander et qu’elles ont reconnu sur photo comme étant le Professeur Dupond…

 

… Tu parles de la bombe !... Mais le Prof et Ahmed ne veulent pas dire un mot sur le sujet… Ils demandent leurs avocats…

 

… Le juge d’instruction a programmé une confrontation entre les deux hommes et les cinq femmes…

 

… Mais c’est quasi confirmé, car les Stup ont dit qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas arrêter et embêter le Ahmed par les Services de Renseignements des Armées… et que l’Elysée a confirmé.

 

… L’Armée dit être choquée de ces insinuations et affirme ne rien connaître à ces histoires…

 

Voilà donc un acteur de plus dans le jeu, dit-elle souriante.

 

… Enfin, le réseau de drogue était doublé par un réseau d’immigration clandestine… Ils ont découvert une cache souterraine dans laquelle une trentaine d’hommes étaient en attente de leurs « papiers »… La Police est remontée vite à la filière par les documents saisis dans la cache.

 

… L’un des policiers des « Stup » a eu l’intuition de leur montrer une photo du Prof Dupond… Là aussi, confirmation. Ils l’ont tous vu, sauf les plus faibles et les plus malingres… Mais les plus vigoureux et jeunes ont été examinés par lui et par trois autres qui semblaient des militaires, vues leur coupe de cheveux et leur manière d’être… Après leur passage, quatre d’entre eux ont été appelés et on ne les a plus revus… Mais ce qui a interrogé les immigrés en attente de leurs documents, c’est qu’ils n’ont pas pris leurs bagages…

 

Le jeune homme écoutait, comme absent et Yoko s’interrogeait car pour elle, tout ce remue-ménage en si peu temps constituait une réussite.

 

- Quelque chose ne va pas, Ange ?

- Si, tout est bien ainsi… Le sac va continuer à se vider… Il suffit d’attendre… Tout est bien.

- Mais tu n’es pas content… cela se voit.

 

Il sourit.

 

- Qui est la souris ?... Rien en tout cela ne me donne une indication… Ou peut être, tout cela me donne une indication, dit-il en détachant les mots de sa gorge.

- La souris?

- Le lapin si tu préfères.

- Cet animal ne m’en dit pas plus, dit elle en fronçant les sourcils.

- Celui qui a fait démarrer cette affaire… Il n’est pas encore dans tout ce déballage… Je ne le sens pas.

- Je comprends ta question.

- A moins que de ne pas le sentir soit la clé, dit-il avec encore plus de lenteur dans ses mots.

- Je peux savoir ?

- Pas encore… Juste une sensation dans mon corps… dit-il… Je vais suivre la trace.

- Pour cela, je te fais confiance, rit-elle… Et ce soir, que faisons-nous ?

 

Il laissa le temps glisser son temps et sa pluie revenue. Puis il dit, le menton dans sa main, les yeux mi clos au plafond :

 

- Il faut laisser le temps à Hiro et ses moines de prendre plus possession du corps de Sophie… Je crois qu’ils ont besoin de trois jours…

… Pour l’enquête officielle, il faut aussi lui laisser le temps d’aligner les faits et en faire une ficelle qui deviendra une corde pour les ligoter.

… Il y a le chien de garde des Pyrénées du Prof qui en sait beaucoup… Tu pourrais peut être passer l’info aux deux journalistes pour qu’ils gardent une petite dragée pour lui.

… Alors laissons passer le temps… et allons manger dans un resto du quartier… J’ai besoin de mettre mon corps dans un espace populaire. Je me repose ainsi.

 

- Tu ne dis pas toute la vérité, susurre-t-elle… Tu restes préoccupé.

- Oui… Quelques questions qui ne trouvent pas une véritable réponse.

- Quoi ?

- Pourquoi a-t-on fait appel à notre Famille pour régler ce problème ?

- Pour avoir un regard neuf et passer au-delà de toutes les Polices en désaccord, dit-elle… avec en plus l’Armée dans le jeu.

- C’est ce que dit le vieux renard qui trône à l’Elysée… Mais ce n’est pas vrai.

- Pourquoi ?

- Il a tous les moyens à sa disposition pour régler l’affaire lui-même… Eux-mêmes… Car ils sont tous ensemble dans une même combine et ils se connaissent tous.

- Alors, demande-t-elle ?

- D’autant plus qu’il y a un « Secret d’Etat » dessous et ils le connaissent parfaitement… du moins le vieux de l’Elysée, l’Armée, Dupond et Ahmed… et peut-être même la Sophie…

- Ce qui veut dire ?

- Que les réseaux de femmes, et drogue et d’immigrés, c’est la façade…

- Alors ?

- Alors ?... Pourquoi avoir besoin de cette façade ?... C’est cela le vrai « Secret d’Etat »… Pourquoi ?

 

Le jeune homme s’allongea au sol sur le tatami central et monta ses mains au dessus de ses yeux, bras tendus. Il fit le moudra divin entre ses pouces et les index et orienta toute son attention sur le vide entre eux.

Puis des pensées vinrent, des pensées qui n’étaient pas à lui… et il dit :

 

- On nous a fait venir pour découvrir qui est la souris…

- Je ne comprends pas, dit-elle.

- Ils savent « tout » sur ce fourbi… Nous ne leur apprenons rien… Nous enfonçons des portes ouvertes avec une facilité si étonnante qu’elle n’est pas normale… Une telle rapidité et une telle bonne volonté partout !

- Alors ?

- Alors ?... Ils ont une épine dans le pied… Celui qui a rencardé les journaux sur les fuites de documents secrets en Russie… et ils veulent cette taupe… Voilà pourquoi ils ont fait appel à nous…Car ce qu’il y a derrière est une vraie merde et une bombe… Voilà la raison de notre apparition.

 

Le jeune homme continua à porter son attention entre ses doigts et ne chercha pas à contrôler les mouvements de son cerveau car ils étaient ordonnés par un autre « état » que le sien.

 

- Et si cette façade n’était pas une façade… dit-il doucement ?

- Ce qui veut dire ?

- Si ces réseaux et tout cet argent constituaient la logistique du « Secret d’Etat »… dit-il en égrenant les mots.

- Tu peux préciser ?

- Si le « Secret d’Etat » avait besoin de ces réseaux pour exister ?... Voilà une question intéressante…

… Alors il y aurait un début de réponse à l’une des questions : pourquoi Ahmed se savait tant protégé qu’il ne prit aucun soin à dissimuler les documents… certain de n’être jamais importuné…

 

 

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