54. Ne jamais croire les apparences

 

- Lis, dit Heidi.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 10

 

Trois jours de relax…

 

D’abord mon corps et son entraînement. Yoko connaît une salle avec un Maître véritable des Arts Martiaux. « Un Japonais » dit-elle dans la fierté de sa race.

 

Ensuite j’irai voir Sophie… Elle est d’une bonne volonté étonnante, sans trop de questions qui doivent pourtant trotter dans sa caboche d’intellectuelle…

Il n’est pas bon que tout cela tourne tout seul. On ne sait jamais quel jus va sortir de cette marmite.

Alors je vais lui faire une petite visite.

 

Enfin, mais ça je ne le dis pas à Yoko, car je ne me suis pas engagé à lui dire toute la vérité, je vais avoir besoin de l’aide de la très vieille amie du Roshi madame Broussard… Vous vous souvenez ?... Celle qui supervise le groupe Shin en France sans qu’il le sache… Car j’ai dans les mains de curieuses vibrations lorsque je croise dans les couloirs le papa de Yoko, qui joue les courants d’air et laisse l’espace à sa fille qui programme tout sous mon impulse…

Vous ai-je dit que le papa porte le joli nom de Kaki, dans mon étourderie habituelle ?... Mais au fait, cela fait-il une différence de le savoir ?... Tout juste emplir encore un peu plus votre mémoire déjà si lourde.

 

Voilà ma journée… Comme cela vous pouvez aller faire vos courses en toute tranquillité sans croire que vous avez manqué quelque chose d’essentiel et que vous allez rester sur le trottoir.

 

 

- Il est préoccupé, n’est-ce-pas, Maître, dit Heidi assise sur le coussin devant le Roshi ?

- Oui, dit-il… Il est préoccupé.

- Mais pourquoi ?... Tout semble se dérouler fort bien.

- Trop bien, dit le Maître… Trop bien… et il est préoccupé de cela… Il se méfie des trop grandes facilités.

- C’est de cela dont il parle en disant « enfoncer des portes déjà ouvertes » ?

- Oui, dit-il… Mais… et le Maître resta la voix suspendue. Il laissait son temps à ses pensées de glisser dans son cerveau sans qu’il les arrête ou les poursuive ou les trie… L’une d’elle va rester et celle-là ne viendra pas de l’agitation de cet Univers.

- Mais ?...

- Mais… il sait en même temps qu’il a percé le sac à l’endroit qu’on n’attendait pas… Alors il y a une agitation qui les surprend… Mais l’essentiel reste le même : le sac devait être crevé et ils s’y attendaient… C’est cela que mon fils sent…

- Il a donc pénétré par une porte à laquelle on ne l’attendait pas, n’est-ce-pas ?

- Oui, c’est l’Art du Traqueur Silencieux… Il arrive par un chemin qui n’est pas gardé … et il surprend.

 

Elle demanda et il en fut surpris.

 

- Comment a-t-il découvert ce « chemin » ?

- Il n’a pas découvert… Il savait seulement que cela était la porte et il a foncé dans l’ouverture.

- Mais comment il « savait » ?

- Il ne savait pas !... Tu ne saisis pas encore bien le fonctionnement de l’Intelligence Intuitive dans les actions quotidiennes de la vie ordinaire, dit-il.

 

Il laissa le silence prendre son espace et elle le relança :

 

- Alors ?

- Alors ?... C’est cette logique d’action qui s’est imposée à son cerveau analytique et il savait que cette information venait du mouvement normal de la logique de l’Univers et pas du mouvement de son cerveau…

 

Elle posa encore une question qui le surprit.

 

- Pourquoi ?

- Parce qu’il entraîne à chaque respiration son corps à s’accoupler avec cette Intelligence du Yam et il la caresse, il la respire… et elle transmet son Intelligence à son cerveau analytique très humain… Alors il sait que ce qui vient dans son cerveau humain est une impulsion de cette Intelligence… Il a confiance en Elle… Il a confiance en lui… parce qu’il ne se sépare jamais d’Elle !

 

Elle commençait à saisir les mots du Maître.

 

- Même lorsqu’il fait l’amour, demande-t-elle ?

- Surtout lorsqu’il « fait l’amour » ! éclate de rire le Maître… Les nonnes d’ici l’ont bien compris !... Que tu restes parfois encore petite fille !

 

La jeune femme garda le silence. Elle sentit que son intérêt pour ces modalités de fonctionnement de cet Ange si loin l’avait sortie de son attention extrême à ce Silence.

 

- Qu’il est facile de perdre la Vue et le Contact, soupira-t-elle !

- Oui, dit le Maître… et tu saisiras de plus en plus comment ce lieu, ce monastère, est extraordinaire car il te permet de rester dans cette attention.

- Même lorsque l’on n’est pas d’accord avec lui ?

- Surtout lorsque l’on n’est pas en accord avec lui ! rigola le Maître.

- Pourquoi ?

- Mon fils t’a donné la réponse hier… As-tu compris son message ?

- Je ne vois pas, dit-elle.

- Alors, cherche !

 

Il lui laissa son temps et il usa ses respirations à regarder les crêtes gelées qui donnaient le feu au Ciel sous les rayons du soleil qui ce matin était venu dans toute sa clarté sans nuage.

 

Hiro et ses trois moines se passionnaient pour ce retour dans l’espace et le temps… Ils perdaient la glace de leur corps et la chaleur de la passion revenait dans leurs vieux os.

 

Ils avaient pris possession de la petite salle derrière la grande pièce du Temple. Ils y restaient jour et nuit. Les moines les servaient. Toute l’intendance était pour eux.

Ils ne sortaient que pour les toilettes ou lorsqu’ils avaient besoin de courir dans la cour pour s’aérer et dégourdir leurs jambes restées trop longtemps en positon de méditation.

 

Mais ils étaient heureux !... Ils retrouvaient la vigueur de son fils d’avant. Ils l’avaient tous aimé passionnément. Ils avaient tous admiré ses élans et ses intuitions à trouver des solutions aux problèmes des Hommes… Ils avaient aimé en particulier sa passion à rebondir toujours, découvrir toujours plus loin, ne jamais se satisfaire de l’évidence… sa passion à toujours pousser plus loin, jamais rassasié du premier résultat…

Avec lui ils avaient découvert une autre manière de regarder et de s’engager dans la vie ordinaire …

 

Ils avaient aimé combattre avec lui et remuer tant de faux Maîtres en cette Asie millénaire, encombrée de tous ces faux Maîtres qui fleurissaient partout, surtout depuis que l’occident s’intéressait à elle…

 

Alors de nouvelles fausses fleurs sont sorties du fumier !... Elles sont si belles qu’elles masquent les vraies fleurs beaucoup plus discrètes… Celles-là ne font pas de bruit… Celles-là n’ont pas de couleurs chatoyantes pour attirer les papillons… Celles-là sont en noir et blanc, tranquilles… Celles-là savent vivre toute seules et n’ont pas besoin des autres pour exister…

Elles ont seulement besoin des autres pour rayonner leur parfum dans le Mondes des Hommes… et c’est leur seule lacune…

« Mais c’est aussi leur Grandeur, leur disait toujours le Maître… car cela les oblige à ne pas rester seules et s’enfermer sur elles-mêmes… Cela les oblige à « aimer les autres », il disait … il disait… il disait… » et souvent en disant cela, il regardait fixement son fils, comme s’il voulait imprimer cette vérité essentielle dans chacune des fibres de son corps…

Et ils savent que c’est de cela que son fils d’avant est mort… Il a eu trop confiance en le Maître !

 

Maintenant, ils étaient dans le bonheur de retrouver ce combattant du mensonge, cet enthousiasme à aller au fond du puits et découvrir ce qui est dedans… Puis le ramener, le modifier et créer ainsi une forme nouvelle qui sera une aide à l’Homme pour son futur chronologique puisque ce futur-là existe.

 

Et maintenant, ils sont sur Sophie !... Une petite femme vide de tout !... Energie aux ras des pâquerettes… Une Intelligence Intuitive au repos… Un corps qui ne sait réagir qu’à des pulsions sexuelles agressives… Aucune délicatesse dans ses réactions de contentement… Il lui faut du puissant, du fort… du brutal déguisé en intellectuel…

 

Ce n’est pas facile pour eux de la charger en énergie fondamentale. Pourtant, c’est nécessaire. Il faut que la pression augmente afin de pouvoir ouvrir les portes du Ciel et qu’elle puisse voir en direct, elle-même, sans le support de la vue et la compréhension des autres, sans l’assistance de produits…

Voir directement, elle-même, en pleine lucidité !...

Voir ce qui est dans sa mémoire émotionnelle car toutes les actions, sensations et émotions qu’elle a subies depuis sa conception sont inscrites dans cette première mémoire, la plus superficielle et il est possible d’ouvrir ce sac.

 

Mais pour cela il faut une bonne compression énergétique de base et ils ont du travail devant eux !

 

Ils utilisent les techniques des Hommes de Bronze qui sont un des secrets de la Famille Shin…

D’abord il faut être fort soi-même… Alors ils font le premier et le second Homme de bronze.

Puis il faut savoir rayonner sa force hors du corps et se promener dans l’espace… Alors ils font le troisième Homme de bronze.

Enfin, il faut pouvoir connecter le corps énergétique de la personne sur laquelle on veut travailler, ce qui est facile dans son principe car ce corps énergétique ne connaît pas le temps… Mais c’est difficile dans son exécution car il faut pouvoir entrer dans sa bulle protectrice et pour cela il faut avoir la force du quatrième homme de bronze qui a su reprendre contact avec sa Pastille de Vitalité…

 

Puis enfin, il faut convaincre ce corps énergétique, lorsqu’on a pu pénétrer dans son enceinte que parce que l’action nouvelle projetée sera un bienfait pour lui… Car on ne peut pas violer en énergie fondamentale… C’est techniquement impossible !... Alors tout ne peut se faire que dans l’accord de l’autre.

 

Les quatre moines sont passionnés de cette rencontre avec Sophie… Presque trente ans déjà !... Et cela va l’aider dans sa future réincarnation… Car elle a quitté son corps sous l’action d’un cancer du sein…

 

Le Maître disait : « Cela est normal pour la femme qui refuse de vivre la Générosité de la Création dans sa vie ordinaire »… Car cela est vrai qu’elle avait refusé de poursuivre la découverte d’elle-même il y a trente ans… Elle s’est contentée des découvertes de la manipulation émotionnelle sans vouloir chercher quels sont les liens avec sa structure de base et comment celle-là a permis à la manipulation de s’exercer et même de se créer… Elle n’a pas cherché à grandir et la Création a besoin de cette détermination pour exercer sa Générosité sur la Terre des Hommes.

 

Elle a refusé. Elle a souri au jeune futur Maître. Elle a dit qu’elle n’était pas demanderesse de « plus », qu’elle était bien dans ce bien-être nouveau… et qu’elle saurait employer sa vie pour le bien-être des hommes et leur futur.

Elle a oublié son engagement initial afin de retrouver un corps : aider la Création à se développer sur la Terre, parmi les Hommes.

 

Elle a envoyé chaque année une jolie carte au Maître, lors du nouvel an en son pays…

Elle fut très touchée de la mort physique de Bret… Elle a pleuré beaucoup.

Elle a fait couple avec un des chercheurs de son labo, un homme brillant et ils ont développé ensemble de nouvelles pistes pour la Médecine moderne.

Elle a fait famille avec trois enfants et ils ont fait de brillantes études universitaires et ont de bons postes dans la société des hommes

… et son corps fut détruit par ce cancer après ses cinquante ans.

 

Maintenant qu’elle est dans l’espace intermédiaire, avec seulement son corps énergétique, elle peut comprendre où fut son erreur, où fut sa fuite… Elle peut maintenant comprendre que l’on vient sur la Terre des Hommes pour améliorer un destin, améliorer la vie des hommes dans le sens de l’Intelligence de la Création, pas à suivre celle des hommes lorsque celle-ci s’écarte de l’Ordre de l’Univers … Pas pour s’enfermer dans le confort de la vie émotionnelle qui est une création personnelle de l’humain sous l’impulsion de sa structure énergétique de base.

 

Le jeune Maître futur disait toujours « Le pire est d’être jeune, beau, riche et en bonne santé ! »

 

Alors maintenant que Sophie est dans l’espace intermédiaire en attente d’une réincarnation nouvelle, elle peut comprendre sa démission qui a provoqué le pourrissement de son énergie de générosité à la vie… et cette énergie inemployée pourrit en son sein car c’est là que cette Force se localise chez la femme … Et c’est donc normal que la femme aime décorer et montrer les seins… Cela fait partie du mouvement harmonieux de l’Univers.

 

Son fils de maintenant disait à Heidi « Si, la mort existe !... Lorsque l’on a perdu le contact avec sa Perfection Originelle et son devoir d’action !… Mais alors on ne sait pas que l’on est mort car pour l’espace humain dans lequel le corps est, on est un maître de la compassion et de la gentillesse et cet être-là est avalé par le grand précipice de l’Amour Universel… et il ne s’en rendra compte qu’à la levée des voiles de son esprit quelques instants avant sa mort physique. »

 

Alors maintenant, les moines la contactent dans cet espace intermédiaire et tentent de lui donner l’enthousiasme à rejouer son passé, d’inscrire dans son Livre de Vie une autre conclusion… Et cela produira une réincarnation autre qui ne sera pas la continuité de l’ancien vécu… mais la continuité de l’ancien revécu…

Car la mort énergétique n’existe pas… Il y a seulement une rupture du corps, trop las, trop vieux… et on revient ensuite pour continuer son ouvrage…

 

Alors ils expliquent à Sophie qu’elle pourrait revenir dans des conditions plus favorables que de suivre l’ancien qui s’est si mal terminé pour elle.

 

 

Heidi dit dans la lenteur des mots qui ne savent pas quoi dire :

 

- Je ne retrouve pas, Maître…

 

Le Maître revint dans sa Dimension à elle et quitta son fils.

Il ramena ses yeux de la déchirure des crêtes et leurs lumières.

 

- Il a dit, en employant une sentence de son pays chez les voyous : « La haine tient droit ».

- Vous voulez dire qu’il faut la haine pour se sortir d’affaire ?

- Non… le premier mouvement est l’amour… mais lorsque l’amour n’est pas là, il faut la guerre…

- Est-ce supérieur ?

- Oui, c’est supérieur en puissance de concentration, donc d’action.

- Mais si l’amour guide les pas ? dit-elle fort intriguée par ce message du Maître.

- Pour suivre l’Amour, il faut un vrai Grand Maître avec toi et il est difficile d’en trouver, sourit-il.

- Pourquoi il faut cela ?... On ne peut pas y arriver seul ?

- Si, mais c’est fort rare… Comme mon fils d’avant et mon fils de maintenant… Ils n’ont jamais eu besoin de Maître pour les guider dans l’Essentiel de la Vie… Ils ont seulement besoin d’un Maître pour les guider dans l’ordinaire de la vie … car ils sont un peu bêtes dans ce jeu de la manipulation basique… Eux, ils sont dans un jeu cosmique de la vie et de la mort… et ils ne comprennent pas bien que « les autres » soient préoccupés d’autres choses… alors il faut leur apprendre…

- Comme à un enfant à regarder de chaque côté avant de traverser la rue ?

- Oui, comme cela…

 

Heidi vint de nouveau au milieu d’elle. Elle ne voulait plus laisser échapper le mouvement cosmique par ses distractions aux détails.

 

- Alors vous disiez que sans un vrai Grand Maître dans la voie de l’Amour, on est perdu, dit-elle.

- Oui, on est avalé par le Grand Précipice de l’Amour Universel qui est la vantardise des Maîtres Spirituels comme aboutissement des possibilités de développement de l’homme en cette Dimension créée.

- Pourquoi ?

- Parce que cette référence est inscrite profondément dans la mémoire émotionnelle de l’homme… et alors il s’arrête à ce confort de vie… Surtout lorsqu’il y a un gourou ou prêtre quelconque qui lui affirme que cela est Dieu…

- Et c’est difficile d’aller au-delà ?

- Très difficile !... Car ces prêtres et gourous, de générations en générations, ont distillé leurs mensonges et ces mensonges sont devenus des Vérités pour la culture dans laquelle ils sont… dans laquelle tu es.

 

Elle comprenait.

 

- Il y a une culture qui échappe à ce mensonge ?

- Non, il n’en existe pas sur la Terre des Hommes, quelle que soit leur couleur de peau, dit-il triste… C’est pour cela que la guerre est parfois préférable à l’Amour…

- Pourquoi ?

- En guerre, tu sais que tu es en guerre… Tu ne te reposes pas, tu ne dors pas… Tu es vigilant dans tous les instants… Pas seulement dans les moments exceptionnels de la vie… mais surtout dans tous ceux de la vie ordinaire… Alors tu peux, peut-être rester en vie, mais c’est très difficile.

- Pourquoi ?

- La culture dans laquelle tu es, toute imprégnée du mensonge qui est devenu une vérité, est alors contre toi…

Mais si tu es dans la voie de l’Amour Universel, elle est avec toi et valorise toutes tes actions. Tu es reconnu… Et que l’humain aime à être reconnu !... et il en a besoin, acheva le Maître la mine triste sur des mots qui semblaient n’avoir pas de fin.

 

Heidi repris le silence comme guide. Elle ne laissa pas la pensée prendre possession de son cerveau. La pensée était là, mais elle ne suivait rien. Elle se servit des crêtes de la montagne gelée comme aide.

 

Puis elle dit :

 

- Votre fils d’avant était donc un rebelle pour pouvoir découvrir tout seul chacun des points essentiels de l’Univers.

- Oui, il était un rebelle, dit-il.

- Et quelle est la structure qui fait un rebelle, demande-t-elle ?

- Si c’est un vrai rebelle, il a la structure de l’Expert.

- Qui est ?

- Le Maître enseigne les hommes… L’Expert enseigne les Maîtres sur les points essentiels de la Pratique de la Libération.

- Un « vrai » ?

- N’est pas un vrai rebelle celui qui est seulement en rupture de ban d’une société, d’une culture, dit le Maître… Il faut viser plus haut que cela !... Aller dans la relation entre le Bam et le Yam… et entrer dans les relations subtiles entre les deux afin de comprendre comment le Bam utilise le Yam… et comment aussi le Yam a besoin du Bam… Il faut entrer dans ces détails…

- C’est ce que votre fils de maintenant voulait expliquer aux moines, demande-t-elle.

- Bien sûr et tu l’as compris !... Pourquoi poses-tu cette question oiseuse ?

- Parce qu’il me semblait qu’il allait au-delà du Yam, dit elle.

- Oui… Mon fils d’avant était Yam et Expert… Mon fils de maintenant est au-delà du Yam et il n’a pas de structure.

- Alors il est Maître de tout ?

- Il est Maître de la Vie et de la Mort, dit le vieillard en baissant le front. Il ne voulait pas qu’elle perçoive l’eau qui venait dans ses yeux.

 

Heidi revint sur la crête des montagnes déchirées. Elle ne perdait pas le fil de l’essentiel ; aussi elle demanda :

 

- Et pour les détails de la vie ordinaire… Il faut bien s’en occuper !

- Non, fait-il de la tête. On n’a pas besoin de s’en occuper car ce ne sont seulement que des manifestations matérielles du jeu cosmique…

- Ce qui signifie ?

- Qu’il y a une toile cosmique dans le jeu de la cause et des effets… Ce jeu produit les détails de la vie ordinaire. Lorsqu’ils sont là, on s’en occupe… mais on ne perd pas son temps à les envisager et les préparer.

- Ils se préparent tous seuls ?

- Oui… Ils ne sont qu’une expression de la conséquence du jeu.

- Alors ?

- Fais partie de ce jeu et les détails seront secondaires et ne te surprendront pas…

- Et je m’en occuperai ?

- Et tu t’en occuperas… Ou du moins c’est cette forme d’Intelligence Intuitive qui va s’en occuper et toi tu resteras concentrée sur Elle et son mouvement.

- C’est cela vivre en double ?

 

Il reprit son souffle. La question de la jeune femme montrait qu’elle ne possédait qu’une compréhension légère du sujet.

 

- C’est cela dans son essence, confirma le Maître…

- Mais pourquoi cela est si difficile ?

- L’homme veut tout programmer.

- Il veut tout diriger, c’est cela ?

- Oui… Et pour cela il prend en référence ses mémoires qui sont remplies de son émotionnel relié à sa structure.

- Alors il est toujours avec son passé, n’est-ce-pas.

- Oui, il est toujours avec la même ritournelle.

- Mais pourquoi il fait cela, même s’il en connaît les dangers ?

- Parce qu’il a peur de l’incertitude, dit le Maître.

- Alors il programme tout !

- Oui, car pour lui, être en les mains de cette Intelligence est se priver de sa liberté… Il se croit en prison.

 

Elle eut besoin de son temps à elle.

 

- Je ne comprends pas, dit-elle.

- La Liberté est encore une invention de cette Force au plaisir à se faire mal et de manipuler le Yam pour son plaisir à Elle, dit le Maître avec des mots lents qui avaient peine à quitter sa gorge.

- Alors la « Liberté » n’existe pas !

- Oui, elle n’existe pas… Lorsque l’on est dans cette Intelligence du Yam, il n’y a pas de choix et le nom même de liberté n’existe pas.

- Alors il n’y a personne à la recherche de la « libération » dit doucement Heidi avec des mots qui lui revenaient dans son cœur, des mots que son Ange lui avait soufflés dans le creux de son oreille une soirée sans lune.

… Vous voulez dire que la recherche-même de la « libération » est un mensonge de cette Force à se faire du mal ?

- Oui… Mais va maintenant claironner cela dans le Monde !... Tu seras tué dans l’instant !... Ce mensonge de « liberté » est maintenant « vérité » et sur lui s’appuient tous les Maîtres et Prêtres qui font recette dans le Monde.

 

Elle utilisa encore son temps. Les mots du Maître gravaient le sang dans ses os.

 

- Donc la « Liberté » est le dernier des rêves inventés ?

- Oui… et le plus fort… Le plus difficile à déraciner… Et mon fils de maintenant avait ce Pouvoir.

- Pourquoi ?

- Parce qu’IL était cette Force.

 

Cela elle le savait dans son cœur.

 

- Et s’il ne revient pas la communiquer sur la terre des hommes, demanda-t-elle ?

- C’est bien là où est le problème !

 

Oui, elle savait cela. Elle demanda comme seule confirmation de son cœur.

 

- Le problème pour qui ?

- Pour ceux qui voudraient se sortir d’affaire…

Car pour les autres, tout est très bien ainsi : ils s’organisent bien dans leur monde… Mais ils ne savent pas qu’ils sont assis sur une poudrière… comme tous les orgueilleux imbéciles, dit le Maître dans le calme de sa voix qui avait peine à continuer à vivre.

 

Il ne cacha plus l’eau qui sortait de ses yeux.

 

La jeune femme cessa son mouvement de la langue et la gorge au repos laissa couler l’air libre des montagnes.

 

Elle n’entendit pas les derniers mots du vieillard. Peut-être que ceux-ci ne furent murmurés que dans le silence de son cœur :

 

«Ce sera catastrophe pour ceux qui veulent sortir si la Porte n’est pas ouverte avant que la Terre ne se détruise ! »

 

 

Le Tourbillon… Suite…

 

- Il continue d’y avoir du nouveau, m’annonce Yoko à mon retour de l’entraînement de combat.

 

Mon corps est fatigué, mais il est bien… Il a évacué du poison entré en lui ces derniers jours. A faire fonctionner en intensité la troisième loi énergétique fondamentale, on récupère des scories… Mais c’est le moyen le plus court pour entrer dans le corps énergétique des autres et de tester leurs capacités et les comprendre. Mais lorsque l’on filtre la merde, il en reste toujours sur le tamis et il faut savoir la faire disparaître avant qu’elle ne s’accumule… Aussi je me suis donné à fond et le maître de l’école en resta impressionné. Il a fait venir ses élèves les plus avancés, mais je rigolais à suivre leurs déplacements. Je leur disais ce qu’ils avaient l’intention de faire… OK ! Je dois reconnaître qu’avec mon caractère, je me suis un peu moqué d’eux et qu’ils ne furent pas contents. Aussi trois d’entre eux ont voulu ignorer les gentils commentaires que je leur faisais sur leur manière de téléphoner les coups et sont passés à l’attaque sincère en direct.

C’est aussi sincèrement que je leur ai laissé un souvenir de cette rencontre extraordinaire avec moi, à caractère divin, vous en conviendrez avec moi…

 

Le plus préoccupé de tous fut le fils du maître qui s’occupe de l’intendance du dojo, afin de soulager son père qui se consacre exclusivement au développement harmonieux de ses élèves dans la tranquillité d’un esprit dont les trivialités sont exclues…

Donc je vous disais que le plus préoccupé de tous fut le fils du maître. Dans un sens je le comprends bien : appeler trois ambulances en une heure, cela ne fait pas très sérieux auprès de l’hôpital du coin dont les toubibs ont du mal à comprendre ce qu’il y a comme « art » dans les Arts Martiaux !

 

Bref, le maître qui observait tout cela de sa chaise de Maître a bien voulu me donner la répartie d’abord au sabre, ensuite au sabre et bâton et enfin au corps à corps…

Avec toutes les techniques vicieuses que je connais et qui ne sont pas dans le manuel du parfait combattant publié en librairie, il a quelque peu été surpris… Mais bon comme vous me connaissez, je n’ai pas poussé mon avantage au-delà de lui masser les testicules afin de contrôler qu’il y avait bien un vrai homme du métier sous le tablier.

 

Mais il s’est aussi donné à fond et il m’a aidé à vider cette merde attachée à moi.

 

Aussi nous nous sommes quittés en très bons termes et il m’a fait l’honneur insigne de me dire que je lui avais fait l’honneur insigne d’avoir choisi son dojo pour me remettre en forme…

 

Bien sûr il voulut quelques détails sur la formation curieuse et exceptionnelle que j’avais reçue et je lui fis savoir que je ne pouvais pas lui donner l’adresse, car c’est un lieu et un entraînement secret pour les commandos des Services Secrets Japonais qui n’existent pas comme vous le savez.

Aussi il était difficile de lui donner une adresse qui n’existe pas où des hommes qui n’existent pas s’entraînent pour un Service de l’Empereur qui n’existe pas.

 

En tant que parfait Japonais, formé dans la tradition des Samouraïs, il comprit fort bien l’existence de ce qui n’existe pas et me sourit de remerciement.

 

- Les mots sont aussi une aide, dit-il… Merci de cette rencontre sur la Montagne… et ma demeure vous est à jamais ouverte, Monsieur qui n’existe pas…

 

Pendant que je vous cause en ami, puisque je vous ai promis de ne rien vous cacher, la Yoko s’impatiente à l’entrée de la salle des ordis et ne comprend pas que je ne me précipite pas à recevoir la salive de ses mots.

 

- Alors, ma douce Japonaise, je fais… Quoi de neuf dans ce bordel si bien organisé que de neuf il n’y a que pour nous…

- Je ne te comprends pas toujours, dit-elle étonnée… C’est pourtant toi qui as fait démarrer tout ce bordel, comme tu dis et tu fais maintenant celui qui traîne derrière.

- Je ne traîne pas, douce Yoko… Je dis seulement que le sac n’attendait que notre venue pour se mettre en perce et qu’ils ne sont étonnés que de la manière dont je m’y suis pris… Pour le reste, je suis en pleine conscience qu’ils nous distillent les infos qu’ils avaient déjà prévues d’avance et que donc il n’y a rien de nouveau pour eux… Il y a seulement du nouveau pour nous.

- Bref… je continue à ne pas comprendre… Mais voilà les infos :

Primo, les confrontations entre le Prof Dupond et les femmes, ainsi qu’avec les hommes émigrés est concluante… Mais le Prof continue à ne dire aucun mot sur cela. Il demande seulement son droit « au silence » comme le lui permet la Loi…Sauf à réclamer à corps et à cris son avocat.

- Avocat qui a la spécialité de défendre en pénal et assise des hommes importants d’extrême droite, je fais, en mettant mes fesses sur le fauteuil de cuir.

- Comment sais-tu cela ?

- Une logique pour celui qui connaît la trame de l’Univers tissée par l’homme… Suffit tout simplement de savoir faire le premier double énergétique et tout est clair…

- Le premier double ?

- Bien passons… Qu’y-a-t-il comme autres nouvelles… en passant bien sûr par-dessus l’intervention récente de la Défense Secrète du Territoire qui avait connaissance de ce passage d’hommes sélectionnés dans des hôpitaux de l’Armée pour remise en forme… avant de disparaître de nouveau de la circulation... et qui maintenant, sous l’ampleur de la colère populaire, ouvre ses dossiers aux juges d’instruction.

- Mais comment sais-tu cela encore ?

- C’est la logique du sac, ma Yoko… Il faut savoir entrer dedans et utiliser la troisième loi en énergie fondamentale et filtrer…

Alors, que dire encore de nouveau : que c’est ensuite les Renseignements et Documentations Extérieurs, en clair les Services Secrets, qui ont repris le relais de la DST hors le territoire français et ont retrouvé ces hommes dans un hôpital bien particulier car d’une part il n’existe pas et d’autre part il est Russe… Faut dire que ces braves immigrés venant du Maghreb en France pour être au chaud dans les petits chaussons fournis par toutes les Aides Sociales de ce pays si confortable pour les paresseux et les parasites… se retrouver dans la froidure des forêts russes, cela doit leur faire un choc qu’il convient de réparer d’urgence afin que leur cerveau ne s’électrocute pas, dis-je dans la foulée en prenant une limonade dans le frigo.

- On peut t’apprendre quelque chose ? Yoko fait avec de la peur dans les mirettes.

- On peut toujours m’apprendre quelque chose, je fais… Mais ma spécialité, c’est d’apprendre aux autres les mouvements harmonieux de l’Univers et de les inviter à les suivre, faute de quoi je leur mettrais une dragée explosive dans l’anus pour entrer directement dans l’espace intermédiaire sans demander préalablement son passeport à Saint Pierre.

- Alors je peux continuer… demande-t-elle craintive ?

- Bien sûr, si tu as autre chose à dire que cet hôpital qui n’existe pas en Russie est connecté à un labo encore plus spécial qui a fonction de faire des essais génétiques in situ… Et comme pour cela il faut des mecs et des nanas ad hoc et qui ne sont pas trop regardants sur leur futur… les réseaux du Ahmed ont eu leur utilité, dis-je.

- Merde, lâche-t-elle… C’est cela la Grande nouvelle de la journée… Ce sont les services de l’Armée qui ont lâché le morceau…

- A la demande expresse de l’Empereur des Français qui veut que tout soit propre et clair dans son pays avant sa réélection car il la prépare avec cette affaire.

- Montée de toute pièce !

- Non… démontée de toute pièce, je fais gentiment, les pieds sur le fauteuil d’en face…

- C’est cela toutes les infos… La Presse est en explosion… Utiliser les Russes pour faire les opérations génétiques qui ne sont pas autorisées en Europe… Et le Prof n’est pas prêt de ressortir de tôle…

 

Le jeune homme rigole et se tord de rire sur son fauteuil…

 

- Mais non, ma douce … C’est l’inverse ! je fais en mettant mes pieds en l’air, le dos sur le tatami central afin de soulager mes guiboles.

- Je ne comprends pas, elle fait presque teigneuse… Elle n’aime pas qu’on lui coupe ainsi la chique, la Jap… Faut dire qu’elle est toute la journée au turbin derrières ses ordis, alors que moi je paresse dans un dojo à faire le beau… ou j’invite une dame sous la table à vérifier le diamètre extrême de sa bouche.

 

Alors je continue dans ma gentillesse innée car je ne voudrais pas que la mignonne jap se fasse des rides trop tôt.

 

- Il va dire que c’est lui à l’origine des fuites d’informations… Lorsqu’il s’est rendu compte de l’énormité qui était en train de se faire avec « ses » découvertes !... Parce que lui, en toute honnêteté, il croyait au départ que ce n’était qu’un échange culturel entre deux Pays amis qui avaient comme destin final de collaborer ensemble au bien de l’humanité…

- Et on va lui donner une médaille ?

- Bien sûr !… et elle lui sera remise par l’Empereur des Français… car c’est lui qui aurait demandé au Prof d’organiser ces « fuites » qui en fait n’ont jamais existé… car Il, l’Empereur, il était débordé par la gauche et la droite et il ne savait plus très bien qui commandait ce pays… Alors dans le souci très socialiste qui est le sien, il aura remis le Pouvoir entre les mains du Peuple… et c’est ce dernier, par son impulsion vigoureuse qui aura « obligé » chacun à dire enfin « la vérité », indispensable à l’équilibre harmonieux de l’humain sur terre qui doit rester dans « la Dignité », je fais dans une seule respiration.

 

La Yoko est abasourdie…

 

- Toutes les infos sont là !… Et tu prédis aussi les nouvelles !

- Bien sûr… Tout cela est dans la logique de ce qui fut préparé pour nous.

- Donc tout était prévu ?

- Presque tout… Pas que j’allais attaquer le prof par ce biais de la Sophie et faire en sorte qu’il n’ait pas de médaille mais un hébergement à long terme dans un pénitencier pour avoir spolié sa nièce…

Mais tu vas voir que là encore il va y avoir des « arrangements » car il va rendre l’argent, le cher homme… Car il ne faut pas croire !... C’est pour les mettre à l’abri des voleurs qu’il a pris ces biens sous son coude… vu toutes les déconnantes émotionnelles et sexuelles de sa nièce !... Tu vas voir que même le Juge des Tutelles va proposer des félicitations à ce cher homme qui a su dans sa sagesse suprême, anticiper sur les dérapages futurs de sa nièce… Pour son bien à elle… et pour celui de la Patrie car le Peuple tout entier se trouve concerné par les recherches de ce labo spécialisé dans la génétique, c’est-à-dire dans l’avenir pratique de l’Homme… je continue dans la même respiration.

- Alors, pourquoi faire appel à nous, demande-t-elle.

- Très bonne question, je fais… Elle a de multiples réponses… dont une est déjà de découvrir « la souris » qui a filé les info à la Presse … On n’aime pas avoir une taupe dans ces circuits de recherches secrètes… Car s’il y a une fuite une fois… pourquoi pas deux fois… ou plus…

Donc fermer le verrou est important pour le futur… et avec tout le bordel des Polices de ce doux Pays, il est meilleur de faire appel à de la main d’œuvre étrangère… Et tu constateras que c’est ce que dira le vieux dabe de l’Élysée lorsque ma présence sera sur la sellette… ce qui n’est pas encore d’actualité car ils sont tous à s’occuper des apparences et de leurs conséquences, pas de l’origine des choses.

- Et les autres motifs ? demande-t-elle… Il y a de l’inquiétude dans sa voix, mais je fais celui qui dort tranquille avec elle sans aucune crainte d’être assassiné.

- Ah ! cela est intéressant… Mais je dois encore mieux creuser la question avant de m’en ouvrir franchement… Mais tu constateras que « la souris », elle fait l’endormie et ne pointe pas le bout de son nez… Alors une question subsidiaire est celle-ci : de quel chat elle a peur ?

 

Voilà, c’est assez pour la belle Yoko et maintenant, je vais porter les pénates du côté de la mère Broussard, la grande copine du Roshi… Mais bien sûr je ne le dis pas à la douce Jap.

 

- Je vais acheter un paquet de cibiches, je fais en me remettant sur les guibolles… Je reviens tout de suite.

 

 

- Il n’est pas content, dit Heidi.

- Evident qu’il y a du gaz entre lui et la Japonaise, dit Tong.

- Tu comprends pourquoi, demande-t-elle ?

- Non, dit le moine.

- Moi non plus, avoua-t-elle

- Ah ! tu me fais plaisir !... Au moins nous sommes deux à ne pas comprendre… J’avais tant l’habitude d’être seul sur le bateau des imbéciles, fit Tong ironique.

 

Heidi éclata de rire et posa un baiser sur la joue de son ami.

 

- Mais il va falloir que j’interroge le Maître sur ce « premier double »… Demain matin j’irai.

 

 

 

****************