55. La Vérité n’est jamais celle que l’on croit

 

- Maître, qu’est donc cette pratique du « premier double » ?

 

Il examina la jeune fille assise en face de lui. Il regarda les crêtes des rocs glacés. Il mit son souffle dans son ventre.

 

Elle attendait.

Elle savait qu’une question de cette importance demande une vérification de la qualité de la personne qui la pose. Une réponse n’a de sens que lorsqu’elle est comprise, entendue et digérée.

 

Puis, satisfait, le Maître entrouvrit les lèvres.

 

- C’est un transfert de son énergie au-dessus de soi… Et cette masse d’énergie se condense en une forme qui ressemble au corps physique.

- C’est pour cela qu’on l’appelle le double ?

- Oui, pour cela, confirma-t-il.

- Mais la conscience que l’on a dans ce double ?... D’où vient-elle ?

- La Conscience du Bam, c’est à dire la conscience ordinaire, suit cette énergie et Elle a la possibilité de voir, comprendre, mais aussi diriger et transformer le monde du corps physique car elle est dissociée de ses contraintes les plus matérielles… Les possibilités de vision sont donc accrues.

- C’est comme de se voir par-dessus, dit-elle.

- Oui… Mais tu sembles connaître cet état, demande-t-il ironique.

- Oui… Votre fils de maintenant m’a emmenée dans ce double et j’ai pu voir et comprendre.

- Tu es chanceuse, ma fille !

- Pourquoi ?

- Cette technique est secrète… et personne en dehors de moi ne la connaît dans ce monastère.

- Alors pourquoi votre fils d’avant la connaît, lui ?

- Parce que c’est lui qui me l’a apprise dans sa vie d’avant, dit-il ému.

 

Elle resta un moment sans voix.

 

- Vous voulez dire que votre fils d’avant est votre fils de maintenant ?

- Oui, dit-il, presque craintif de ses mots.

- Mais vous dites aussi que c’est votre fils d’avant qui vous a appris cette technique ?

- Oui, fait-il.

- Alors il était plus informé que vous ! dit-elle suffoquée.

 

Il sourit.

 

- Non… Pas mieux informé que moi… Plus Grand que moi, dit-il dans la lenteur des mots qui forçaient peine à venir sur la Terre des Hommes… Personne ne lui a appris… Il découvrait par lui-même parce qu’il avait cette connaissance dans sa propre mémoire.

- La mémoire du Yam ?

- Oui… Il n’avait pas besoin d’apprendre… Il « savait ».

 

Elle réfléchit.

 

- Alors, quel était votre rôle ?

- Lui donner le terrain d’aventure favorisant l’ouverture de sa mémoire, dit-il.

- Vous voulez dire qu’il ne savait pas par lui-même ce qu’il connaissait ?

- Oui… Il faut les événements de la vie pour provoquer cette mémoire qui s’ouvre alors… Tout seul, le Yam a l’impression d’être l’idiot du village qui ne sait rien.

- C’est pour cela qu’il dit qu’il est l’idiot du coin ? demande-t-elle ?

- Oui.

- C’est pour cela aussi qu’il dit toujours « Je sais » ?

- Oui… Et ce n’est pas prétention… Il ne sait rien « avant » mais il découvre sa propre connaissance dans l’événement.

- C’est pour cela qu’il est si enthousiaste ?

- Oui… Il a besoin de l’événement pour se découvrir lui- même…

 

Elle eut encore besoin de temps qui faisait son action sur elle.

 

- Alors il est le premier étonné de son action, de ses mots, de ses réactions… n’est-ce-pas ?... C’est ce que je sens de lui à chacune de ses interventions.

- Oui… Il s’étonne de lui-même…

- C’est pour cela qu’il n’est pas prétentieux, n’est-ce- pas ?

- Oui… Mais les autres le croient plein d’orgueil car ils ne peuvent pas comprendre comment un Yam Majeur fonctionne sur la Terre des Hommes.

 

Ce mot nouveau heurta sa conscience.

 

- Un Yam « Majeur » ?

- Oui… Le Yam est un Espace de Connaissance… Il y a les Grands et les Petits… Les mineurs et les majeurs… dit-il en souriant.

 

Il vient d’ouvrir une porte de plus dans le cerveau de cette petite femme si attentive… Elle va creuser par elle-même et revenir un jour avec une question qui ne sera pas une parole en l’air mais un nœud dans le déroulement de sa connaissance personnelle.

 

- Mais comment fait-on cette pratique ?

- C’est très facile, mais c’est en même temps très difficile, dit-il.

- J’ai l’habitude de cette sentence, rit-elle… Alors allons au plus facile… Mon Ange d’ici m’a toujours dit que c’est la voie la plus directe.

- Oui, c’est facile car il suffit de projeter son énergie par la fontanelle, avec plusieurs respirations… sans forcer… tranquille… Puis cette énergie se condense d’elle-même et elle prend la forme du corps physique… ou s’y rapproche.

- Ensuite ?

- Ensuite ?... Si l’attention est vraiment dans la formation de ce double et oublie les mécanismes habituels des sensations, émotions… la conscience entre dans ce double duquel on peut observer et sentir mieux tout ce qui se passe dans le premier monde physique.

- Vous disiez aussi « modifier » dit-elle.

- Oui, il y a en premier lieu compréhension plus subtile que dans la conscience prisonnière de la structure énergétique de base… Sur soi mais aussi sur les autres. 

… Ensuite, il y a possibilité de là, de modifier des mécanismes réflexes de la structure de base, sur soi, mais aussi sur les autres… et c’est pour cela que c’est une technique secrète.

- Parce que nous pouvons agir sur le fonctionnement énergétique de l’autre ?

- Oui… Nous ne pouvons pas agir sur sa conscience, mais sur le mécanisme pratique de fonctionnement qui est lié à la structure de base.

- Donc on peut changer les outils de fonctionnement et le manipuler… c’est cela ?

 

Il rit doucement à sentir la préoccupation éthique de la jeune femme.

 

- Oui… Mais tout est une manipulation !... Une discussion, un geste… Tout transforme le Tout !... Mais il y a la manipulation ordinaire, que tout le monde pratique à chacune de ses respirations… et il y a celles qui sont plus subtiles et qui utilisent les fils énergétiques en direct.

- En direct ?

 

Il reprit la conscience de ses mots et les suivit.

 

- Oui… La manipulation est partout, à chaque instant… On manipule les autres ; on se manipule soi-même… mais cette action est indirecte.

Elle passe par le filtre des « Préférences Système » organisées par la structure énergétique de base qui a mis en place toutes les références émotionnelles…

On suit donc naturellement ces préférences, et c’est la vie ordinaire de presque tout un chacun… Sauf pour celui qui veut comprendre « ce qu’il est vraiment » et ne se satisfait pas des apparences…

 

Elle comprit.

 

- Alors où est le danger ?

- Il est que dans la manipulation ordinaire, si quelqu’un veut porter un autre au-delà de son comportement habituel, c’est-à-dire au-delà de sa structure énergétique, tout le système émotionnel va s’exciter… Il y aura recherche du virus entré dans le système de référence… puis analyse de celui-ci et décision d’acceptation ou de rejet.

- Alors que si l’on passe en énergie système… commence-t-elle…

- On change les outils du « Référence Système » … continua-t-il…

- Et il n’y a plus la sonnette d’alarme du système émotionnel… finit-elle… C’est cela ?

- Oui… Tu as compris le système, confirma le Maître.

- Donc on peut manipuler l’autre à sa convenance.

 

Elle n’avait pas encore une compréhension suffisante. Alors il insista avec ses mots.

 

- Non… Dans des limites assez faibles… Car les contrôles du « Référence Système » monté par la structure énergétique de base sont plus puissants et profonds que tu ne le supposes… et l’action est découverte un jour avant qu’une modification essentielle ne soit en place dans le comportement réflexe de la personne.

- Mais si « on » sait pratiquer ces modifications par petites doses… dit-elle le front plissé par ses pensées.

- « on » peut pousser très loin cette manipulation, confirma-t-il… et aboutir à une transformation fondamentale de la personne.

- Alors cette technique est très dangereuse !

- Cela dépend pour qui, fait-il en souriant.

- Je ne comprends pas, avoua-t-elle.

 

Le Roshi prit le temps du chant des oiseaux comme temps à lui.

Puis il dit :

 

- Si je reprends une formule de mon fils d’avant, il avait l’habitude d’utiliser une sentence de son Pays :

« Il y a ceux qui veulent voir Dieu ; il y a ceux qui se contentent de moins que Dieu »

- Alors ?

- Alors ?... Ceux qui ne veulent pas voir Dieu, ne veulent pas non plus se voir eux-mêmes comme ils sont… Car la première action de ce double, c’est de voir… et en premier lieu soi…

Pour voir les autres, c’est un peu plus compliqué et il faut progresser dans la maîtrise de la pratique…

- Donc pour ceux-là, la pratique n’a aucun intérêt.

- Oui, dit le Maître… Sauf pour ceux qui veulent manipuler les autres et il y a un grand nombre de fameux « Maîtres Spirituels » qui se contentent de « moins que Dieu » !

- Alors il faut protéger la technique de ces gens-là, n’est-ce-pas ?

- Oui, ceux-là sont vraiment dangereux… Il y a des « conducteurs de conscience » dans toutes les civilisations qui cherchent partout de nouvelles possibilités de toucher et orienter la conscience des autres…

- Alors cette pratique est dangereuse si elle est entre les mains de ceux-là !

 

Le Roshi sourit finement.

 

- C’est aussi très dangereux pour les hommes « qui ne veulent pas voir Dieu » de ne pas connaître cette technique, dit-il.

- Pourquoi ?

- Comme cela ils seront toujours sous la manipulation de la Culture dominante dans laquelle ils sont… Et ils continueront à être leurs esclaves... La vie « normale » pour beaucoup… vraiment beaucoup ! dit le Maître.

 

Elle comprenait.

 

- Et les autres ?... Ceux qui veulent voir Dieu, demande-t-elle.

- Pour ceux-là cette pratique sera une bénédiction… Ils pourront se voir tels qu’ils sont… Ils pourront agir sur eux et changer les mécanismes de base organisés par la structure énergétique.

- Mais ils pourront aussi changer les autres !

 

Le Maître accentua son sourire. Cette petite avec sa préoccupation éthique le faisait rire. Elle témoignait d’une compréhension insuffisamment profonde des mécanismes de l’Univers.

 

- Ceux-là savent que nul n’est le gardien de son frère… et avant de vouloir changer les autres, ils chercheront à se changer eux-mêmes pour ne pas retomber toujours dans la même ritournelle…

- Ils n’aideront pas les autres ?

- Ceux-là savent qu’il ne sert à rien de vouloir aider les autres si on ne peut pas s’aider soi-même.

 

Elle reprit son temps car elle était heurtée par ces mots.

 

- C’est contraire aux enseignements du Bouddha dit- elle… Il est dit que nous ne devons pas vouloir la Libération si nous n’avons pas pu libérer tous les autres avant…

- Oui, c’est le vœu de certains, dit-il.

- Et ?

- Si tu passes sur ce double, tu te rendras compte qu’ils mentent…

- Comme je l’ai vu pour vous !

- Oui, comme tu l’as vu pour moi lorsque tu me demandais si mon fils d’avant avait gagné la partie… Tu as su que je faisais glisser la vérité vers un autre domaine que ta préoccupation.

- Vous saviez donc ce qui se passait pour moi ?

 

Il accentua son sourire, un peu triste.

 

- Lorsque mon fils est là, je le sais !... Et lorsque tu vibres, je le sais aussi car c’est dans mon corps énergétique que tu vibres… comme je te l’ai déjà dit !

- Alors, pourquoi ils mentent en faisant ce vœu ?

- Parce que ce n’est pas Bouddha qui l’a dit et demandé… Ce sont eux qui ont monté ce système de référence pour renforcer leur propre structure…

- C’est pour cela qu’ils sont si fades ?

- Oui… Mais tu entres alors dans la dimension des mensonges qui conduisent les hommes car maintenant ce sont des vérités et nous avons déjà dit cela… Alors ne recommençons pas.

 

Le Maître partit loin. Il était avec son fils d’avant, il était avec son fils de maintenant…

Il était avec son monastère.

Il était avec ses moines auxquels il n’avait jamais enseigné cette pratique essentielle…

 

« Parce que l’essentiel n’est pas leur sujet principal de préoccupation ! »

 

Elle ne l’entendit pas… Les mots sont restés dans sa bouche et n’ont pas passé les lèvres.

 

Elle entendit seulement :

 

- Reviens plus tard pour être enseignée sur le « côté difficile » de la pratique… Je suis fatigué. Je deviens vieux.

 

La jeune femme porta le front sur le tatami… puis ses pieds glissèrent sur le bois du parquet. Elle tenta de ne faire aucun bruit en refermant la porte derrière elle.

 

Elle avait ce petit vieux dans son cœur et elle l’aimait chaque jour d’avantage.

 

« Tu me l’avais bien dit, mon Ange »

 

Le soleil faisait éclater la glace des crêtes qui rayonnaient du feu.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 11

 

- Je vous attendais, Jeune Homme… Le Roshi m’a prévenue.

- Comment va sa barbichette aujourd’hui ? je fais.

- De cela, il m’a aussi prévenue, rigola-t-elle à travers ses rides.

- Que donc ne vous a-t-il pas dit ?… Cela nous fera gagner du temps, chère vieille pomme toute ridée, je fais avec la compassion des jeunes loups pour les vieilles qui traînent la patte.

- De cela il m’a aussi prévenue, continua-t-elle à sourire… Mais je suis tout de même un peu étonnée, elle fait.

- De quoi ? je fais.

- Mais vous êtes tout menu !... On a l’impression qu’il n’y a pas de chair sous la chemise…

- Vous êtes en dessous la vérité, chère Madame, je fais.

- C’est à dire ?

- Pas seulement en dessous de la chemise… Mais aussi en dessous de la peau, je fais.

- Et cela vous fait rire, s’étonne-t-elle.

- Cela a fait rire un jour et il m’a dit « Viens donc ici, toi le sous développé Biafrais ».

- Et ?

- Vous savez, moi, je suis toujours arrangeant… La conciliation est mon pain quotidien.

- Et ?... continua-t-elle en fermant les paupières si finement qu’on ne savait pas si elle y voyait encore.

- Alors je suis venu et j’ai fait comme Jules César.

- C’est-à-dire ?… insiste-t-elle.

- J’y suis allé, j’ai vu et j’ai vaincu !

- Vous prenez quelques libertés avec l’Histoire, mon petit ami… Mais « lui », celui qui vous a dit « viens » ?

- Je ne sais pas trop, avouais-je… Il y a eu des Pin Pon dans la rue, puis des courses dans … Vous savez, moi je suis comme le vent… Je ne m’arrête jamais.

- Donc vous n’êtes pas allé le voir à l’hôpital.

- Pourquoi ?... Pour l’achever ?

- Non… pour vous excuser, mon cher petit !... Garder en vous toute cette colère n’est pas bon pour l’équilibre harmonieux de votre corps qui est une pure manifestation de la Création… Tenez, venez donc vous installer dans ce fauteuil sous la véranda ; vous pourrez apprécier les roses et mon jardin dans lequel je passe mes journées quand je ne suis pas devant les ordis de contrôle de la Famille…

Je vous prépare une tisane pour le foie.

 

La petite vieille de soixante dix berges, selon mes pronostiques que je mets aux enchères, me traite comme un gamin. Elle a dû voir le dessin d’Enseigne Secret de la Famille Shin dans la Salle du monastère dissimulé dans le roc sous le Temple… puisqu’elle est l’amie du Roshi !…

A sentir ses vibrations, je retrouve aussi celles du vieux asiat qui a la prétention de me servir de père. Ils ont dû faire des galipettes ensemble, ces deux-là !... et avec bonheur puisque ces vibrations continuent leur mélange. Va falloir que je lui cause des mots, à ce vieux chnoque, à mon retour au monastère, lorsqu’il va venir me tartiner sur le grain de peau si harmonieux des Asiat femelles, de son odeur si fine aux narines de l’Homme Véritable, de son goût si délicat qu’il développe l’envie d’y replonger le nez et la langue… Il n’a pas craché sur la denrée étrangère, le vieux !... Faudra que je lui demande comment il a trouvé son goût ou s’il a pris une crise d’urticaire…

 

Ah, oui… Où en étais-je ?... Elle me traite comme un gamin un peu primesautier, et je l’accepte fort bien car c’est le dessin de la Famille, gravé dans le mur de la roche de la Salle Secrète : un gamin rigolard, chevauchant un tigre furieux, un sabre d’une main et un bâton de l’autre… ça, c’est tout moi !

 

Alors je ne la coupe pas dans ses élans et je sirote sa tisane dans laquelle elle a mis du miel de son jardin pour en retirer l’amertume. C’est pas dégueu !... Je connais pire avec les potions de Hiro qui se fout des goûts comme de sa première chaude pisse qu’il a prise dans son enthousiasme à honorer dignement sa première prisonnière Russe… Faut dire qu’il avait chargé son char au sabre sur son cheval fou et que la partie fut rude, surtout lorsqu’il s’est introduit dans l’habitacle le couteau entre les dents.

Alors après avoir saigné comme des porcs les occupants, sauf le commandant du tank qui s’est avéré être une nana sous son uniforme d’officier et ses cheveux courts… Alors dans la fougue de la reconquête de son territoire mongol il a reconquis aussi le corps de la femme qui a gueulé de plaisir et qui en remerciement lui a filé la chaude pisse car elle ne se nettoyait pas tous les jours après s’être envoyée tout le bataillon.

 

Je vous dis ça au passage, car pour honorer dignement Hiro à son arrivée en France, je lui ai fait la surprise de lui offrir un poignard de combat des commandos de nos troupes d’élite française, en bon acier suédois, et une lame capable d’égorger un taureau, histoire que le Mongol ne se sente pas trop seul dans ce pays étranger car il n’a pas pu faire suivre ses armes dans l’avion… Je sais combien il aime dormir contre ces maîtresses de fer, comme il les appelle, ces lames larges et longues à faire trembler les bouchers du coin.

 

Voyez comme je suis gentil et plein d’attention… Alors ne croyez pas trop le tout ridé pas beau qui veut être mon père et qui en même temps saute la bergère qui sirote sa tisane à côté de moi, en se balançant dans son fauteuil à bascule, sur lequel il y a une flopée de coussins, vu le côté osseux de son arrière train.

 

- Je suis très impressionnée par ce travail si particulier sur Sophie, dit-elle dans la tranquillité de ses fleurs devant nous.

- Ah bon ! je fais.

- Vous vous donnez beaucoup de mal, mon garçon.

- Ah bon !

- Oui, pourquoi tous ces effort ?... Je ne comprends pas ?

- Ah bon !

- Oui, mon garçon… Pourquoi ?

- Ah bon !

- Vous vous moquez de moi, mon garçon, dit-elle dans la tranquillité de ses fleurs qui continuent à nous embaumer.

- Ah bon ! je fais.

- Alors je me tais… C’est bien préférable, dit-elle irritée.

- Ah bon !

 

Dites-moi, à vous à qui je parle en ami, vous ai-je déjà mis au parfum d’une histoire Zen… du moine « Ah bon ! »

Non ?... Alors je répare l’oubli dare dare car cette histoire m’a ouvert grand les ratiches dans mon jeune âge, car maintenant vous avez bien compris que malgré mes vingt cinq printemps, je suis déjà un vieux dans l’univers les hommes.

 

Alors, voilà :

 

C’était un moine très sérieux qui pratiquait un zazen très sérieux, dans son petit temple d’une ville.

Il disait toujours « Ah bon ! Et c’est le surnom que les quidams lui ont donné.

 

La seule préoccupation de sa vie, son intérêt et son attention, était la perfection de son zazen qui, pour lui, était le support et le véhicule pour toucher Bouddha et le jouir. Alors il ne perdait pas son temps à des discours oisifs, pas comme moi ! Et il coupait court avec ses « Ah bon ! », ce qui ne laissait pas de place à la discussion, vous en conviendrez avec moi… et laissait l’autre dans la solitude de son verbiage.

 

Alors un jour, une jeune fille fut enceinte du fils du boucher du quartier mais elle avait peur de le dire à son père, le boulanger, car les deux commerçants n’étaient pas copains.

Alors elle a dit que c’est le moine le géniteur.

Tu parles d’une histoire dans le quartier et le moine a dit « Ah bon ! »

Puis il faut bien que le bébé sorte un jour, car vous vous étiez déjà rendu compte qu’il doit se faire la malle par la porte où il est entré…

Alors le père amena le bébé au moine et lui dit « Puisque c’est toi le père, c’est à toi de le prendre en charge … » et il partit en laissant le bébé dans les bras du moine qui dit « Ah bon ! »

 

La vie du moine changea car donner six biberons par jour au petit affamé, sans compter que le Temple se vidait de nombreux fidèles qui n’appréciaient pas cette manière curieuse du moine de sauter sur les jeunes filles qui venaient prier le Bouddha dans la sérénité du lieu saint.

Mais le moine s’occupait de l’enfant tout en continuant son zazen régulier et sérieux.

 

C’est ainsi que les mois passèrent, dans cette nouvelle entente entre le moine et l’enfant qui ne braillait pas, qui dormait perfect et qui mangeait comme un tigre au point que le moine mangeait moins de riz pour acheter plus de lait… et lorsqu’on lui disait qu’il maigrissait, il répondait « Ah bon ! »

 

Et puis un jour, la jeune fille prise de remords avoua tout à son père qui arriva furieux au Temple et dit au moine :

 

« Cet enfant n’est pas à toi »…

« Ah bon ! »…

« Alors tu dois me le rendre »…

« Ah bon ! »

 

Et le père partit avec l’enfant dans ses bras en marmonnant qu’on ne pouvait vraiment faire confiance à personne.

Le moine continua son zazen et le sérieux de sa pratique dans tous les actes du quotidien…

 

Et lorsque qu’on lui disait qu’il avait été merveilleux dans cette action de s’occuper si bien de cet enfant, il répondait « Ah bon ! »

Et lorsque les fidèles revinrent dans le Temple et s’excusèrent d’avoir douté de lui il répondit « Ah bon ! »

 

Ce moine devint grand devant le Bouddha. Il avait compris dès le début que l’on est toujours seul et que le Temps n’est pas l’Ami de l’Homme Noble.

Il savait utiliser à plein le fonctionnement de la troisième loi en énergie fondamentale… et la découverte très récente de la science moderne : rayonne sur vous ce que vous regardez.

 

- Dois-je vous appeler « Monsieur Ah bon » demanda la dame avec un sourire ironique ?

 

Je revins des abeilles qui appréciaient les fleurs.

 

- Je reprendrais bien une autre tisane, je fais… Un délice !

- Vous me faites plaisir mon jeune ami, dit-elle… Mais ce n’est pas aux vieilles guenons qu’on apprend à faire des grimaces.

- Ah bon !

- Le Roshi m’a aussi bien prévenue de votre manière de changer le terrain d’action… Alors je vous sers une tisane mais ne me faites pas de compliments qui ne sont que des mensonges, mon cher petit.

- Ah bon !

- Moi aussi j’ai quelques décodeurs du mensonge en bon fonctionnement dans mon corps !

- Ah bon !

- Alors si vous me disiez pourquoi vous êtes venu faire cette visite à la petite vieille que je suis ?

 

Lorsqu’elle revint avec un nouveau bol de tisane, j’ai ouvert mon cœur, car vous vous êtes bien rendu compte que j’ouvre toujours mon cœur avec une facilité qui ne peut que lui apporter des déchirures sentimentales.

 

- Je n’aime pas ce sac à merde qui se vide, dis-je

- Celui dont on parle partout, maintenant ?

- Oui, dis-je.

- Et qu’est-ce-qui vous préoccupe ?... C’est bien vous qui l’avez mis en perce… En attaquant sous un angle que je n’aurais pas envisagé, dit-elle.

- Vous connaissiez donc déjà le problème, n’est-ce-pas ?

- Oui… Nous avons travaillé plusieurs mois sur ce problème de fuites de documents avant de faire appel à vous, mon cher petit.

- « Nous » ?... Vous ou l’équipe de Paris avec Kaki en chef.

- Kaki, dit-elle avec un sourire qui fleurissait… Vous savez bien que je ne suis là qu’en supervision… Pas en action directe… Du moins pour ce genre d’enquête…

- J’avais bien ressenti ce travail avant mon arrivée, dis-je… Pas seulement une préparation du terrain pour moi.

- Exact, dit-elle en affinant son sourire… Je constate que les éloges du Roshi sur vous ne sont pas des paroles oiseuses.

- J’ai de bons décodeurs, dis-je.

- Et que disent ces décodeurs ?

- Que le centre de Paris sous le contrôle de Kaki a un problème.

- Exact, mon très cher… Je n’aurais pas employé ce mot, mais cela rejoint ma propre analyse… Mais encore ?

- Encore ?... J’ai la certitude qu’il y a deux orientations dans cette affaire, dis-je.

- Oui ? soudain très intéressée.

 

Je laisse les abeilles butiner et je les suis dans leur manière de collecter le pollen dans les poches qu’elles ont sur les pattes arrière.

 

- Le premier volet, vous le connaissez… Il est dans tous les journaux.

- Mais le second, demande-t-elle les yeux presque clos en fixant son jardin.

- C’est moi, je fais.

- Dites m’en un peu plus, mon cher petit, dit-elle avec le même sourire étrange.

- On a voulu m’attirer à Paris.

- Encore plus, mon cher ?

- Pour me tuer, dis-je.

 

Elle tendit la main vers une de ses roses et la caressa de sa paume.

 

- Cela est vrai, dit-elle dans la lenteur des mots qui sortent des profondeurs… J’ai toujours eu cette intuition et j’ai déconseillé à mon vieil ami de vous envoyer ici…

- J’ai senti le piège dans mon corps devant ce haut fonctionnaire qui m’a reçu à l’aéroport… Et qui me dictait ma conduite.

- Vous sentiez que tout était arrangé d’avance, n’est-ce- pas ?... Je connais bien ce sentiment… Mon grand ami le Roshi m’a bien aidée à mettre en vie mes décodeurs du mensonge, dit-elle en rigolant… Si un jour je vous racontais toutes les situations les plus burlesques dans lesquelles il m’a fait passer… Mais passons !... Ce n’est pas la préoccupation de maintenant.

- Ah bon ! je fais.

- Vous vous moquez de la vieille grand-mère que je suis, dit-elle en reproche.

- Ah !... Vous êtes aussi grand-mère ?

- Mon garçon… Je ne suis pas aussi bête que vous semblez le supposer !... J’ai assez fait d’enfants dans les vies d’avant pour ne pas recommencer ce rêve dans cette vie- là…

- Tout dépend de sa dépendance aux mémoires émotionnelles, dit-il.

- Au sujet de ces mémoires émotionnelles, il faudra que l’on parle aussi un peu de celles de Sophie, dit-elle… Mais pour l’instant on est avec ce haut fonctionnaire qui soigne sa mâchoire fracturée dans un hôpital militaire…

- Je lui ai fait aussi un cadeau à ses testicules, histoire de donner un peu d’air à ses femmes qui doivent en avoir assez de supporter ce prétentieux, je fais.

- Vous l’avez donc poqué à cause du bobard de cette affaire.

- Une manière directe de lui faire comprendre qu’il ne faut pas me prendre pour un con trop vite… Celui qui me prend pour un imbécile, c’est qu’il me connaît depuis longtemps. Lui, il était nouveau et je lui ai donc rappelé les convenances minima à mon intelligence supposée.

- Je vois, dit-elle… Et Yoko ?

- Dès que je fus devant elle, j’ai senti la peur... Elle était très inquiète…

- Pour cela que vous l’avez testée plus en profondeur en mettant votre main sur ses Portes du Ciel… Vous ne perdez pas de temps, mon garçon.

- Pas seulement cela… J’ai aussi introduit par son sein de l’énergie pour accélérer le processus de cette peur afin qu’elle soit en évidence plus rapidement… C’est vraiment cela « ne pas perdre son temps… pas seulement vérifier…mais toujours accélérer le mouvement », dis-je.

- Merci pour la leçon, Monsieur le futur Maître de la Famille, ironisa-t-elle… Mais encore ?

- Puis j’ai senti la mort lorsqu’elle m’a mis les clés de sa voiture dans la main…

- Vous avez donc testé la mort en fonçant à deux cent quarante en sens inverse du flux.

- Oui, il fallait que je sache de quelle mort il s’agissait… Alors je suis entré dans son flux pour la pénétrer et la connaître.

- Le Roshi me disait toujours que l’Art de l’Assassinat Noble, n’est pas la mort, mais la pénétration, égrena-t-elle en revenant dans ses souvenirs… Vous allez vite, mon garçon.

- C’est lorsque j’ai franchi le seuil de l’appartement rue Mouftard, que la certitude était là… La mort allait jaillir de là !... et cela était un piège fabriqué pour moi.

- Mais vous vous êtes tout de même assoupi près d’elle, dit-elle.

- Elle est pour moi… mais coupée en deux… Le deuxième côté est son père et elle n’est pas contre son père…

- Alors elle est un pivot, dit-elle… Pour vous, mais aussi pour son père.

- Oui… Je dois être très précautionneux avec elle. De quel côté va-t-elle basculer au moment de l’action finale ?

- Vous avez donc deux femmes sur les bras, mon jeune ami, réfléchit-elle… Pas facile.

- Plus fastoche que vous ne le croyez… Pour ma santé, je peux m’en charger direct… Je ne suis pas en sucre et un homme averti en vaut deux…

- Avec vous je dirais qu’il en vaut vingt, sourit-elle.

 

Le silence prit son temps. Puis la petite vieille curieuse relança les mots.

 

- Alors ?

- Pour Yoko, je dois attendre l’attaque et la préparer.

- La préparer ?

- Entre ce qu’elle suppose et la constatation réelle des faits, il y a une marge énorme… et confrontée à cette marge, je ne sais pas quelles seront ses réactions.

- Quelle est cette « marge » selon vous, mon ami ?

- Lorsque son père tentera de me tuer, je fais.

 

Elle prit le silence pour elle et lui laissa le temps de trouver les autres mots.

 

- Vous sentez bien, mon ami… Vous savez, même, si le Roshi ne tarit pas d’éloge en votre faveur, même s’il crie sur tous les toits que vous serez un merveilleux Maître futur pour la Famille… cette dernière a sa source en Asie et les asiatiques, qui sont presque tous les chefs de groupes dans le monde, ne sont pas encore préparés à être dirigés par un Blanc… Alors, certains d’eux ont envisagé que si un accident vous arrivait, l’interrogation cesserait…

- Et le père de Yoko fait partie de ceux-là.

- Tout à fait… avec en surplus une affiliation à l’extrême droite japonaise, dit-elle du bout des lèvres.

- Et vous le surveillez étroitement, je fais.

- Tout de ce qui est de plus étroit, confirma-t-elle avec un petit rire… Il n’a même pas conscience de l’étroitesse de son espace d’action et de décision !

 

Je confirme.

 

- J’avais senti ce contrôle… et si le Roshi m’a envoyé un billet par pigeon voyageur me demandant de me méfier, c’est qu’il y a urgence.

- Il y a urgence, confirma-t-elle… L’attaque contre vous sera dans quelques jours…

- Vous pouvez en savoir plus ?

- Non… Il ne va pas utiliser sa propre équipe. Trop dangereux… Ce sont des mercenaires, en mal d’embauche, qui viendront des anciens commandos de combat rapproché des parachutistes… Je ne peux pas contrôler… Ce sera donc une attaque de corps à corps… Pas un flingage de voyous… Ils veulent un combat qui les fasse jouir, dit-elle…

- Histoire de vérifier si je suis aussi bon qu’on le dit, je rigole en étendant mes guiboles devant moi.

 

Elle reprit le silence pour elle et me soupesa de son regard inquiet.

 

- Vous connaissez cette technique de combat du vieux Canada, du temps des Français et des Anglais… lorsqu’il y avait encore toutes ces guerres entre indiens, dit-elle ?

- Je crois que je vais connaître, je dis en rigolant.

 

Elle s’installa bien calée dans son fauteuil à bascule.

 

- Alors je vous raconte…

C’est dans les zones pleines d’eau… les rivières, marais… On y circule en canoë…

Alors, lorsque une peuplade rencontre un canoë avec un homme d’une autre peuplade il y a un jeu mortel… dans l’eau et au couteau.

Au lieu de le tuer d’une flèche, on le pousse dans l’eau avec son couteau… Puis il y en a un du groupe qui plonge avec le sien… Et c’est le combat à mort.

Si l’individu du groupe apposé gagne, il y a alors un autre qui plonge et continue le combat… jusqu’à ce que le prisonnier soit celui qui perd…

Et il finit par perdre par épuisement car les autres sont peut être dix, vingt…

Mais c’est un jeu qui « donne sa chance »… disaient-ils.

 

Elle cessa son histoire et ferma les yeux.

 

-Et c’est ce qu’ils me réservent, continuai-je à rigoler ?

-Tout à fait, mon ami… Tout à fait…

 

La vieille dame témoignait de son souci pour moi. J’ai l’impression que je ne fais pas le poids pour elle dans ce petit jeu.

 

Puis elle revient à une conscience de l’ordinaire :

 

- Mais pourquoi venez-vous donc me voir, mon ami… et quelle est l’aide que je peux vous apporter ?

 

Moi, vous me connaissez, toujours direct à ouvrir mon cœur sans réticence.

 

- C’est Sophie, dis-je.

- Quel problème ?

- On va chercher à l’enlever ou même la tuer… C’est dans la logique du sac à merde… Et je ne peux pas être en permanence avec elle pour empêcher cela.

- Et vos moines ?

- C’est nouveau… Ils n’étaient pas attendus dans le jeu… Je puis dire que le Roshi a déplacé les pions par sa décision de les envoyer…

- Vous ne pouvez pas mettre vos moines au courant de ce danger ?

-Non, car ils vont reporter l’info dans le corps énergétique de Sophie en la chargeant de leur énergie… La fille aura un problème de plus dans le corps et elle en a assez déjà comme ça… Il me faut donc les laisser dans l’ignorance

- Et qu’ils se consacrent exclusivement au chargement de Sophie… continua-t-elle.

- Oui… Mais j’ai offert un superbe poignard à Hiro pour qu’il ne se sente pas tout nu lors de l’attaque… Avec une lame forte et large, il est une terreur en combat rapproché !

- Alors vous voulez que je m’occupe de la protection de la petite Sophie, n’est-ce-pas ?

- Tout à fait.

- Facile, dit-elle.

- Je m’en serai douté, dit-il.

- Pourquoi, fait-elle étonnée ?

- Vous êtes bien organisée… et j’ai déjà détecté plusieurs circuits de caméras dans la propriété.

- Comment pouvez-vous être certain que ce ne sont pas des circuits de surveillance intégrés au groupe de Paris ?

-  vérifié sur les ordis de la rue Mouftard… et il n’y a aucune station de contrôle dans la bicoque, je fais.

 

Elle le fixa de ses yeux étranges.

 

- On a toujours l’impression que vous regardez en l’air et que vous perdez votre temps en âneries !... Mais vous portez bien votre nom de Traqueur Silencieux… Vous enfumez beaucoup, mon garçon.

 

Je ne confirme pas. Je me connais et vous savez comment je suis discret et jamais à la recherche des compliments.

 

- Et puis mon corps a détecté des ondes entre la maison et la propriété voisine, je fais… C’est là où se trouve le poste de commande des caméras.

- Et ? demande-t-elle, vraiment très intéressée.

- Alors... Vous savez comment je suis curieux !

- Bref, vous avez visité cette maison… n’est-ce-pas ?

- Bien sûr… Trouver le pupitre de contrôle fut un jeu d’enfant… avec le renvoi des infos sur un autre terminal… Je me suis même permis de vous laisser un souvenir de mon passage en déconnectant un de vos lasers, histoire d’attirer votre attention sur vos imperfections, dis-je.

 

Ses yeux devenaient encore plus étranges. Il sut que cette petite vieille était un redoutable combattant.

 

- Merci de votre aide à notre formation permanente, dit-elle avec un sourire ironique… Mais vous m’enlevez un grand poids des épaules, mon garçon… Depuis hier, je tourne le problème dans mon crâne et toute mon équipe de spécialistes est sur place pour trouver l’origine de cette anomalie.

 

Je souris comme le bon garçon que je suis.

 

- J’espère que vous apprécierez à sa juste valeur ma gentillesse envers vous… Le Roshi m’a tellement dit du bien de vous !... Alors je ne voulais pas vous manipuler en direct.

- Me manipuler ?

 

Je prends l’air con que vous commencez à connaître.

 

- Oui, vous forcer à agir par le biais de vos caméras et informatique… Je vous mets direct au parfum pour entrer dans une collaboration pleine et entière en confiance totale… je fais.

- Une confiance totale ?... Mais mon cher petit garçon, c’est bien la dernière bêtise que je pourrais faire… Vous donner une confiance totale !... Vous êtes un manipulateur de première … Mais j’apprécie l’info et le geste… Vous voulez une autre tisane ?

 

La vieille dame revient avec un pot fumant.

 

- J’en ai fait une nouvelle… Pour votre foie, mon jeune ami… Mais dites-moi, pour attaquer Sophie, il faudrait d’abord qu’ils sachent où elle se trouve… Et cette propriété est un secret bien gardé, demande-t-elle ?

- J’ai l’intuition que son « secret » n’est pas si bien gardé, dis-je.

 

Elle le regardait par la fente de ses paupières et elle se surprit à penser :

« Jusqu’où donc ce curieux garçon connaît la vérité ? »

 

Car son vieil ami le Roshi lui avait bien recommandé de ne rien lui dire !

 

 

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