56. Tout est dans la préparation

 

- Alors, quel est le côté difficile du double, demanda Heidi.

- Tu ne perds pas le fil de ta préoccupation, dit le Maître en riant.

 

Le soleil nouveau donnait ses feux à la glace des crêtes. Le froid vif poussait au confort de la double robe et des couvertures sur les épaules.

Emmitouflé sur son siège de méditation, le Roshi regardait la jeune femme en souriant. La vigueur de la vie poussait son corps et son esprit.

 

- Ce qui est difficile est en fait le plus simple, dit-il.

- Je m’en serais douté, dit-elle ironique… Je commence à avoir l’habitude de ces contours dans l’Univers des enseignements.

 

Il rit.

 

- La sagesse entre donc en toi, dit-il.

- Peut être est-ce la bêtise qui sort, continua-t-elle ironique… Alors, en allant au centre de la cible, comme dirait votre fils d’avant ?

 

Le Maître se recueillit et lança :

 

- Il dirait : fastoche !

… D’abord, connaître sur le bout des doigts les deux premiers hommes de bronze qui sont des protections afin de donner de l’espace à sa vie.

… Ensuite, jouer avec le troisième homme de bonze qui extrude l’énergie en extérieur du corps… Donc on fabrique l’espace qu’on souhaite autour de soi qui va presser sur le corps et conditionner ses réflexes.

… Encore, manipuler parfaitement le quatrième homme de bronze pour se transporter dans l’espace et communiquer avec le corps énergétique des autres.

… Enfin, utiliser la reconnaissance des autres pour percevoir sa pastille de vitalité.

 

… Puis, après, c’est encore plus fastoche : vous utilisez votre pastille de vitalité pour faire la centrifugeuse, qui est la seule technique au monde permettant de séparer les cellules imbibées de la connerie des hommes, de celles qui sont encore en relation avec l’énergie fondamentale d’origine… (en passant, je te dis, ma chère fille, que cette technique de la centrifugeuse me fut apprise par lui)

 

… Dans la foulée vous envoyez les particules nobles dans l’espace au-dessus de vous… Puis vous mixez avec une des Forces Fondamentales d’aide à l’homme dans l’espace du Bam Majeur… Puis vous revenez et vous soufflez un bon coup.

 

… Mais avant de souffler, vous constatez que les cellules qui reviennent dans votre corps sont enrichies et portent une nouvelle information aux cellules qui sont restées bloquées sur le plancher des vaches… Alors vous pouvez avoir un peu confiance en votre transformation lorsque vous constatez comment les cellules enrichies mettent un virus dans les autres qui se le communiquent entre elles… Alors vous mettez fin à la maladie de l’effort et vous comprenez qu’il ne s’agit en fait que d’être attentif et que le reste se fait tout seul sans que vous ayez besoin de faire les pieds en l’air, ni de vous allonger les testicules au point que vos jolis petons peuvent marcher dessus sans lever les genoux…

 

… Voilà ce qu’il dirait en première respiration, rit le Maitre.

 

La jeune fille était rouge d’avoir retenu sa respiration pendant les mots du Maître.

 

Prise au jeu des mots, elle poussa l’avantage :

 

- Et en deuxième respiration, que dirait-il ?

 

Il rit.

 

- Encore plus fastoche !

 

… Vous profitez de cette transformation progressive de votre être interne, que j’appelle votre chimie interne, pour améliorer l’harmonie de votre communication avec des Puissances Majeures du Bam Majeur.

… Donc en premier avec le Maître de la Protection afin que vous ayez de l’espace à votre propre pratique et que vous ne soyez pas toujours emmerdé par les courants d’air qui vous obligent à trouver du papier journal, si ce n’est pas du papier cul, pour colmater les brèches dans le mur plein de trous.

… Ensuite, avec le Maître de la Danse qui va vous apprendre l’attitude correcte de la vie selon l’Intelligence du Bam Majeur, avant que ce Bam soit pourri de toute la merde fabriquée par l’homme perturbé par l’existence nouvelle de sa structure énergétique qui n’a une existence qu’à partir du « temps » où l’homme a voulu jouer son propre jeu et ne plus suivre l’Intelligence Primordiale.

… Encore, avec le Maître courroucé de l’Espace, celui qui donne de l’air avec le sabre… et dans cette Famille de dingos qu’est Shin, c’est le rapport principal à la Création car ils ont la prétention d’utiliser cette Puissance de l’Univers pour redonner un second souffle à des Empereurs adipeux qui ne peuvent plus bouger, au point qu’ils sont obligés de faire appel à des eunuques pour faire reluire leurs femmes car les champignons se mettent partout…

 

… Enfin, faire le bisou au Maître paisible de l’Espace afin qu’il ouvre la porte à ce Silence qui anime tout.

 

… Voilà ce qu’il dirait, mon fils d’avant, sourit-il essoufflé.

 

Heidi se tordait les côtes de rire.

 

- J’espère que tu as compris cet enseignement essentiel qui est le préliminaire, je dirais la préparation, à cette technique du double, si facile.

- Fastoche !... elle fait en se tenant les côtes.

- Donc tu peux constater que cette technique est à la portée de main de l’homme de la rue qui boit son jus aromatisé d’alcool le matin avant d’aller au turbin, lampe le pinard à table, et avant le diner, nettoie son gosier encrassé d’un apéro et pour finir, après le vin du soir, déguste quelques verres de « grappa » devant la télé offrant le dernier spectacle de cul, dit le Roshi en pleine respiration.

 

Heidi rigole et continue le jeu :

 

- Et si cet homme est dans un monastère, demanda-t-elle finement.

 

- Alors mon fils d’avant te dirait que c’est pire car :

 

… D’abord il faut un gus qui ait encore du tonus en lui avant que le monastère, avec toutes ses techniques à la con ne lui ait coupé la chique en même temps qu’elles ont mis ses testicules dans ses godasses au point qu’il ne sait plus où il doit mettre les lacets et ce qu’il doit faire reluire.

… Ensuite, si le mecton a encore de la puissance dans ses reins, il faut que son cerveau ne soit pas trop encombré de ses recherches d’extases et qu’il sache regarder la vérité en face et ne se perde pas en rêveries et espérances puériles qui sont celles des petites filles en mal d’amour, mais qui hélas déteignent aussi sur les mâles qui veulent s’accoupler au Divin.

 

… Enfin, s’il a réussi à surmonter ces obstacles qui sont les jeux de base dans ces lieux puériles que l’on appelle des monastères qui ne sont en définitive que des refuges aux paresseux de la vie, au point que même s’ils comprennent qu’ils y perdent leur temps ils n’ont pas le courage de s’en aller, car avoir le gite et le couvert, sans compter la reconnaissance des autres, ce n’est pas rien !… il lui faudra trouver un maître, ou tout au moins un conducteur de conscience, pas trop con, qui aura déjà compris par lui-même dans quel piège à énergie il est et que s’il reste dans ce panier à bêtises, c’est pour tenter de sortir les autres d’affaire et leur éviter les précipices vertigineux qui les guettent en restant entre ces murs noircis du plaisir à se faire du mal…

 

… Donc introuvable !... dit le Maître avec le sourire d’un enfant qui soulage sa vessie après que le Maître d’école l’ai retenu trop longtemps en classe.

 

Heidi était très sérieuse et chaque mot est entré profond en elle.

 

- Je vois, fait-elle… Tout est très clair.

- Alors j’en suis fort heureux pour toi, surenchérit le Maître en riant.

 

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 12

 

Maintenant, la Sophie !... Tu parles d’une journée relax !

 

- Comment vas-tu ? je fais.

- Hon Hon, elle fait, allongée sur le divan en face de la cheminée du salon.

- Ah Ah, je fais en prenant le fauteuil à côté de sa tête appuyée sur l’accoudoir.

- Comment veux-tu que je sois en forme… avec tout ça ! dit-elle en montrant la pile de journaux et revues sur la table basse devant la cheminée…

 

Devant, est un grand mot, une facilité de langage… Car je devrais dire devant le dos des moines assis sur la carpette devant la cheminée. Pour eux, en bons asiatiques, montagnards et moines, le feu est fait pour se chauffer et pas pour regarder. La force de la pénurie, c’est qu’elle oblige à ne pas perdre l’essentiel… Alors pour l’instant, ils sont côté face ; ils se chauffent les couilles… Ensuite il feront côté fesses… Et enfin utiliseront les braises pour leur méditation du soir avant d’aller au pieu lorsque les cendres seront les reines… Mais peut-être ils s’attarderont encore pour faire apprécier la douce chaleur des pierres à leur os.

 

Mais la Sophie, elle est allongée sur le sofa, à trois mètres de la cheminée et il y a entre eux la table basse avec la pile de papelards. Etre coupé de l’essentiel est facile. Suffit d’avoir trop. De tout… Alors tout est faux car la beauté de l’indispensabilité n’est plus là.

 

- Hon Hon, je fais de nouveau.

 

Elle n’a pas fait « Hi Hi » comme la jument verte malade dans un book dont le nom s’est fait la malle de ma mémoire, car elle est au ras de la dépression, la Sophie.

 

- Ils sont gentils avec moi, dit-elle en montrant les quatre tondus à se rôtir… Et les deux femmes et hommes de service sont adorables, dit-elle, les larmes dans les yeux.

- Mais la déprime n’est pas loin, je fais.

- Non, elle est à la porte…Et je crois bien que sans eux, je serais admise dans un hôpital, dit-elle.

- Que l’on choisirait peut-être « psy » pour toi, à en croire l’évolution de la littérature des journaux, dis-je.

- Oui… Terrible !... Je passe pour la dépravée de la famille et la petite fille dont tout le monde profite !

- Et qui ne sait pas dire « non », je fais.

- Oui… Comme si je n’avais aucune conscience et que j’étais manipulable dans toutes les directions… Ils ont oublié ma flopée de diplômes des écoles les plus prestigieuses d’Europe et des USA… Merde !

- Lorsque l’émotionnel est le maître du jeu, tous vos diplômes sont comme du papier cul, je fais.

- Mais pourquoi cela ?... J’ai une intelligence au-dessus de la moyenne, et même très en dessus et n’ai pas un QI de légume !

- Mais pour eux, et les psy en tête, lorsque votre émotionnel prend le dessus du panier, tout votre QI est au frigo.

- Mais c’est honteux de traiter les gens comme cela !

- Non, ce n’est pas honteux, dis-je.

- Pourquoi ? crie-t-elle en se relevant sur les fesses… au point que les moines dérangés dans le gratiné de leur peau à rôtir tournent la tête.

- Parce que c’est tout simplement la vérité… Et c’est pour cela que tu es là, dis-je dans la tranquillité des flammes qui se léchaient les unes aux autres.

- Quoi !... Pour toi aussi je suis une dérangée ! hurla-t-elle.

- Non… Une personne en perdition.

- Je ne comprends plus rien, dit-elle… Pourquoi je suis là ?... Vous m’avez enlevée ?... Je suis séquestrée ?

- La porte est ouverte… Demande que l’on fasse tes valises et je te ramène chez toi tout de suite… Avec une petite formalité.

- Laquelle ?

- Les yeux bandés… Ce lieu n’a pas à être connu car il est d’une sécurité totale… Mais pour le reste, tu peux dormir dans ton plumard dans deux plombes… Pas de problème !

- Et qu’arrivera-t-il de moi alors ?

- Le circuit habituel… La Police, les Juges, les Psy… Les experts en tous poils : pour les comptes, pour le labo, pour les tableaux, pour la drogue, pour les femmes…

-Mais je n’ai jamais touché à la drogue… ni à la prostitution…

- Te Te ! je fais… C’est comme Casanova… Il n’avait jamais touché à la prostitution… Il faisait l’amour aux femmes par plaisir, respect et esthétisme… Pourtant il était dans un circuit qui faisait du fric sur lui… Les femmes payaient, mais il ne le savait pas… Et lorsqu’il l’a su, il a mis des pierres dans ses poches et s’est jeté dans la Tamise…

- Tu veux dire que moi aussi ?...

- C’est clair, ton Ahmed faisait du fric sur toi… Tu es bien dans un circuit de prostitution…

- Ah…

- Et comme il faisait aussi commerce de shit avec les mêmes mecs, tu es aussi connectée avec la drogue…ne t’en déplaise…

- Ah…

- Et comme ton mariage était programmé, tu étais partenaire à part entière… Voilà comment certains vont apprécier la chose… Et lorsque ces « certains » sont des Juges, il y a un gros problo derrière…

- Ah !

- Et ce problo va t’emmener tout droit dans un circuit de professionnels psy qui auront à apprécier la gravité de ta soumission à tes pulsions « curieuses ».

Et leurs conclusions qui ne te seront pas favorables compte tenu de tout le dossier qui est déjà sur toi, vont conduire certains juges à prononcer une tutelle curatelle partielle ou totale… en attente que tu aies retrouvé des esprits plus clairs de la réalité des comportements, comme ils sont régis dans la société qui est la tienne et à laquelle tu participes tous les jours.

- Ah…

- Ce qui fait que tu ne seras maître ni de tes biens, ni même de la direction de ton labo.

- Ah…

- Et ton oncle apparaîtra comme le seul susceptible d’assumer la sécurité de ton avenir… dans tous les cas de figure de ta vie quotidienne.

- Mais je ne voulais pas épouser Ahmed ! fait-elle, blanche comme Blanche Neige en sortant du bain.

- Va le dire !... Pour tous, tu ne sais pas dire « non ».

- Mais j’ai tenté de me soustraire à tout ce cirque lorsque je l’ai compris… Même de celui des essais génétiques sur des immigrés et des femmes…

- Va leur dire !... Personne ne te croira…

- Ah…

- Et en plus, tu ne peux pas dire la vérité… et tu le sais bien.

- Pourquoi ? elle fait encore plus blanc que blanc que je commence à comprendre le problème de la profondeur de la couleur.

- Parce que tu vas être tuée en direct… dis-je calmement.

 

Les moines continuaient à se rôtir. Ils sentaient que j’avais les cartes bien en main. Ils ne se faisaient pas de mouron. Ils connaissaient mes manières détournées de toucher la vérité des choses ; une vérité qui d’ailleurs n’existe pas car il y a toujours une autre vérité derrière qui vient la contredire… Alors, avec moi, ils savent que la vérité est toute relative et ils ne se rident pas les fesses à cause de celles de la Sophie, encore plus blanc que blanc.

 

- Que veux-tu dire, elle fait ?... en remettant son cul sur les coussins et le dos si raide qu’un manche à balai, c’est de la guimauve à côté.

 

Alors moi, gentil comme vous me connaissez, toujours si attentionné de la souffrance d’autrui au point que je me mets en quatre pour la faire cesser, je m’écarte de la Sophie et je vais me dorer les fesses devant les flammes, ce que n’apprécient pas les moines car je leur fais de l’ombre. Mais c’est moi le « chef » et ils acceptent mon importance, tout en priant au plus profond de leurs testicules que je dégage presto…

 

La Sophie a compris la distance que je mets entre nous, et la discussion entre amis prend un tour plus sérieux… Puisqu’elle veut jouer au con avec moi… Pardon, à la conne ! Je ne veux pas lui enlever la grandeur de son sexe noble… je lui fais savoir que je peux être encore plus con qu’elle…

 

Alors je ferme les yeux et regarde le vol des mouches qui n’existent pas… Ce qui entre nous est une bonne manière de se perdre dans l’infini qui n’a pas de fond.

 

- Eh oui… Tu ne peux pas leur dire la vérité… Où tu vas être dessoudée vite fait du plancher des vaches, je fais.

- Ah ?

- Eh oui, tu ne peux pas dire « maintenant » que tu voulais te tirer de toutes ces combines avec Ahmed et aussi des essais génétiques illégaux… sans compter l’utilisation des drogues pour tester in situ la chimie du cerveau…

- Ah !

- Tu ne peux pas leur dire tes essais à sortir de ce panier à crabes, je continue.

- Ah ?

- Eh oui, tu ne peux pas dire que c’est toi la souris.

- Pardon ? fait-elle.

- Le lapin, si tu préfères.

- Pardon ?

- Les « fuites », c’est toi !

 

Là, je te dis, plus blanc que ça, tu ne trouves pas !

D’ailleurs, Hiro qui sentait venir quelque chose de pas très catholique, excuse : pas très Bouddhique, est venu à la rescousse et il prend la main de la fille proche de tourner de l’œil ; excuse encore : des deux yeux, et lui appuie sur quelques points d’acupuncture.

Des couleurs reviennent sur les joues de Sophie et Hiro lui place un coussin épais derrière son dos afin qu’elle prenne un bon appui qui ne lui coupera pas la respir…

Pour ce qui est des techniques du corps, Hiro, c’est une première classe !

 

- Je ne pouvais pas faire autrement, dit-elle.

- Je sais.

- J’étais coincée de tous les côtés.

- Je sais.

- Alors ce fut ma manière d’attirer l’attention sur tout cela.

- Je sais.

- J’avais l’espoir que quelque chose aller bouger.

- Je sais.

- Et vous êtes arrivé !

 

Tiens, elle me vouvoie maintenant !

 

- Je sais, je fais.

- Et vous m’avez regardée autrement… comme jamais personne ne m’avait regardée.

- Je sais.

- Vous m’avez écoutée.

- Je sais.

- J’ai eu confiance.

- Je sais.

- Et je suis là maintenant… et ne fais pas d’histoires… J’attends.

- Je sais.

 

Le silence revient. Je reviens vers Sophie qui me remercie d’un sourire. Le feu revient sur les moines qui me remercient d’un grognement. Hiro revient à sa place et je le remercie d’un sourire qu’il a la courtoisie d’accepter avec une grimace en me montrant sa tempe avec un doigt vrillé dessus dans un regard à Sophie.

 

- Alors… Comme vous avez eu du courage, même à la marge, de faire bouger les choses, je suis là, ils sont là, dis-je en montrant les moines, pour vous aider… C’est le remerciement de la Vérité à la Vérité, dis-je.

 

Elle n’y comprend rien mais elle acquiesce.

 

- Alors nous sommes là pour vous faire revenir à un état de conscience plus ad hoc pour les messieurs psy et leur montrer que votre problème émotionnel s’est fait la malle car vous avez fait sauter le virus.

- Ah…

- Et vous savez bien que le virus et le chef d’orchestre est votre oncle…

- Oui… dit-elle du bout des lèvres… C’est ce qui me touche le plus dans tout ça, en montrant les journaux sur la table d’une main tremblante.

- Vous l’avez toujours cru en assistance derrière vous, n’est-ce-pas ?

- Oui.

- Comme une sécurité ultime.

- Oui.

- Et maintenant vous découvrez qu’il vous exploitait à fond, n’est-ce-pas ?

- Oui.

- Alors cela est fort bien, je fais.

- Fort bien ?

- Oui… Vous avez maintenant un turbo aux fesses pour aller voir en vous le virus qu’il a introduit… Vous êtes bien une spécialiste en biologie du cerveau ?

- Oui.

- Alors les moines qui sont là sont des spécialistes en biologie énergétique… et ils vont pratiquer l’opération lorsque vous serez prête.

- Quand ?

- Cela dépend de vous, je fais.

- Pourquoi ?

- Si vous passez le temps de la journée à tourner en rond avec vos incertitudes, vous perdez chaque jour une grande partie de l’énergie qu’ils vous donnent.

- Alors ?

- Alors, c’est comme la marche à pied… C’est simple. Il suffit de mettre un pied devant et de recommencer.

- Ah…

- Alors, le premier pas est l’ouverture de vos mémoires émotionnelles afin de vérifier quel virus votre oncle vous a fourgué.

- Oui… Je comprends.

- Alors ne perdons pas de temps dans des interrogations pour un futur qui n’existe pas et dont on ne sait pas de quoi il va être fait.

- Compris, fait-elle en se décontractant.

 

Avoir un chemin d’action devant elle lui redonne de l’espoir.

Ne plus porter la charge de « son secret » lui donne l’envie de continuer le chemin de la vie.

Elle se sentait seule avec son secret… Maintenant elle a des amis dans le chemin qu’elle a ouvert.

 

 

Après cette charmante conversation, ne touchant que la frange de l’essentiel, vous vous en êtes rendu compte, je mets mes osselets dans la Jag et je retourne rue Mouftard.

 

Yoko m’attend derrière la porte et me dit simplement « Tout ce que tu avais prédit est en train de se dérouler ! »

 

Elle a mauvaise mine, la Jap… Du souci dans l’air.

 

Aussi, comme vous me connaissez, je prends tout à la rigolade puisque la vie n’est qu’un court passage et qu’on n’est pas là pour s’emmerder.

 

Alors je lui propose le resto et elle est enthousiaste car j’ai l’impression que l’air de la baraque lui pèse.

 

Interrogative et curieuse, comme toutes les nanas, je lui relate ma journée. Elle est ravie lorsque je lui chante la beauté de l’eau givrée sur les branchettes du bois de Boulogne, le plaisir à courir dans les chemins glacés, pour terminer par Sophie car elle sait que j’y suis allé et il est donc inutile de lui raconter des charres.

 

D’ailleurs à ce sujet, je lui dis que je suis un peu inquiet de l’état de la jeune femme et je pense que sa présence auprès d’elle serait salutaire… son père ou quelqu’un de son équipe pouvant surveiller les ordis de la Famille.

Elle est partante lorsque j’ajoute que je vais devoir moi aussi déménager dans la bicoque car les moines ont besoin de moi pour ouvrir les mémoires de la gamine.

 

- Il y a une grande chambre de libre sous les toits, dit-elle, enthousiaste.

- Et bien, c’est parti comme cela !... Nous rentrons et nous faisons nos sacs.

 

Il faut garder le lait lorsqu’il est chaud et ne pas lui laisser trop de temps à réfléchir.

 

Moi, comme vous le savez, je ne réfléchis pas…

 

Bien sûr que si maintenant je décide d’un seul terrain d’action, la bicoque, c’est par le plus grand des hasards !

Et si j’oblige ainsi à venir en ce lieu unique les agresseurs, autant de moi que de Sophie, ce n’est absolument pas intentionnel, croyez-moi sur parole.

 

Je suis si dans la lune !

 

 

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