57. Le mensonge n’est jamais là où on le croit

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 13

 

- Il est le temps d’ouvrir les mémoires émotionnelles de Sophie, je dis à Hiro.

- Mais elle n’est pas encore prête, répondit-il, étonné de la demande.

- Le temps est contre nous… Il faut tenter la première expérience ce matin… Je serai avec vous pour assistance et Yoko en appui et aussi pour aider à la traduction.

- La jeune femme qui s’occupe de nous dans cette maison est une très bonne interprète et en plus elle est très charmante, rétorque-t-il…

- Je sais… Mais je préfère rester en petit comité.

- Que tu peux contrôler, n’est-ce-pas? dit Hiro qui me connaît bien.

- Oui.

- Alors nous ne sommes pas ici autant « entre amis » comme nous pourrions le croire, demande-t-il.

- Disons que je me méfie des oreilles et des yeux indiscrets qui pourraient reporter les infos au-delà de ces murs, dis-je.

- C’est pour cela que tu es venu avec Yoko ?

- En partie, je confirme.

- Et l’autre partie ? demande-t-il avec ce sourire de celui qui pose la question mais qui sait que la réponse ne viendra pas.

- Tu vas la découvrir très bientôt, mon cher ami, je fais.

 

Hiro fronce les sourcils. « Mon cher ami ! »… Oh lala… il y a anguille sous roche !... Lorsque je suis si poli avec lui, il a tous les poils qui se hérissent en attente du combat.

 

- Nous allons donc avoir si vite des ennuis, dit-il en réponse ?

- Très vite, je crois, je fais…

- Pour cela que tu es si pressé ?

- Oui, je veux mettre le sac en perce dans un premier jet… Nous verrons ce qui viendra et comment sera l’avenir.

- Mais pour l’instant, tu veux provoquer l’avenir, n’est-ce- pas ?

- J’aime la connaissance que tu as de moi, mon cher ami !

- Ton « cher ami » t’a tiré de la mort et a soigné si souvent ton corps meurtri qu’il te connaît bien.

- Alors, ne perdons pas notre énergie en mots… et occupons-nous de Sophie… et pour les « surprises », tu sais bien comment je prépare le terrain… pour ne jamais être surpris.

- Là-dessus, je dors sur mes deux oreilles, dit-il en riant… Alors, au travail !... Je vais prévenir mes moines.

- Moi Sophie qui pieute encore, dis-je.

 

 

C’est le Maître qui vint dire à Heidi de se préparer pour le jeu de la vie et de la mort qui se tient dans la salle arrière du temple. Hiro et les trois moines sont déjà au travail. Ils sont dans le quatrième homme de bronze et ils ont communication avec le corps énergétique de Sophie.

 

- Mon fils accélère le mouvement, dit-il à la jeune femme… Viens avec nous en renfort énergétique et demande à Tong de t’accompagner. Tu sais mieux qu e moi où il est en ce moment, sourit-il en jetant un regard dans la chambre de la jeune femme.

- J’y suis dans un quart d’heure, répondit-elle, sans souci des grognements qui proviennent de sa chambre. Tong n’aime pas être réveillé en hiver avant que le soleil n’apparaisse au-dessus des crêtes.

 

Ils sont maintenant sept dans la salle arrière du Temple. Les moines ont apporté le thé, l’eau et aussi des petits gâteaux. Le feu braséro est dans un coin pour l’eau chaude. Tout est prêt.

 

Le Maître donne ses dernières directives à Heidi et Tong. Ils ne connaissent pas les Hommes de Bronze évolués.

Ils sont ici en support énergétique. Ils ont à produire une grande quantité d’énergie et le Maître la récupérera et la transformera en une vibration susceptible d’aider les ouvertures des mémoires de Sophie.

Lorsque cette vibration sera au point, il la transmettra à Hiro et les moines qui sont en contact avec le corps énergétique de la jeune femme.

 

 

Le Tourbillon… Suite.

 

Sophie est allongée sur la table de travail, les quatre moines autour d’elle, Hiro côté cœur. Ils ont les mains sur le ventre de jeune femme pour prendre le contact et procéder à un chargement complémentaire.

 

J’occupe la place au-delà de sa tête pour contrôler la fontanelle et les introductions de « Puissances perturbatrices » par là.

Yoko est entre Hiro et moi pour la traduction et que sa bouche puisse dire doucement les mots à l’oreille de Sophie.

 

Hiro regarde les moines qui confirment d’un acquiescement de tête que tout est correct.

Je fais de même. Tout est Ok côté fontanelle.

Alors il déplace ses mains sur le côté du sein gauche de Sophie. Le moine en face de lui suit le mouvement. Ils projettent l’énergie sur les Portes du Ciel.

Je contrôle le transfert dans tout le corps de la jeune femme par mes mains sur sa fontanelle.

 

Sophie semble dormir… Elle est apaisée, son corps se détend.

Je vois son énergie se diffuser hors d’elle, aérienne, légère.

 

- J’ai l’impression de me soulever, dit-elle… Que je ne sens plus la table.

- Ne fais pas attention à tout cela, dit Hiro… Ne fais pas attention à tous les symptômes matériels… Laisse aller ta conscience dans cette légèreté que tu perçois en toi et autour de toi.

- Oui, fait-elle… Je deviens de plus en plus légère et … je me sens bien… comme dans un cocon protecteur.

- Alors demande à ce cocon protecteur de t’emmener dans sa propre Dimension, dit Hiro.

- Sa propre Dimension ?... Je ne comprends pas…

- Demande… Simplement demande… Ne t’occupe pas du reste…

- Oui, je demande, dit-elle… Mais comment ?

- Dans le secret de ton cœur, dit-il… Simplement… demande simplement et en sincérité… Car tu veux vraiment savoir ce qui se passe en toi… Tu veux vraiment !... Sans sincérité rien ne se passera car il est impossible d’aller au-delà de la volonté… Alors, sois simple et sincère… et témoigne par toi-même de ce que tu veux vraiment.

- Oui… Je veux vraiment connaître toute cette merde qui me manipule, dit-elle.

- Alors demande à cette énergie qui t’enveloppe de t’amener dans sa Dimension à Elle.

- Oui, je demande… je demande.

 

 

- Elle résiste, dit Hiro… Elle veut tout contrôler par sa tête…

- Oui, dit le plus vieux des moines… Elle rejette une partie de l’énergie que nous lui envoyons.

- Elle se protège de nous, dit le plus jeune.

 

Hiro secoue la tête.

 

- Elle veut cacher quelque chose et elle tente de contrôler tout selon ses propres décisions.

- C’est une « Mère Terre » dit le Maître… Cette structure veut tout contrôler et ranger dans des cases bien triées au préalable… C’est sur cela que mon fils a buté la dernière fois… Elle n’a vu que ce qu’elle voulait bien voir … et ce ne fut pas suffisant pour changer la base de sa relation au monde… Insistez !

- C’est que nous faisons, dit Hiro !

 

Heidi et Tong étaient en sueur. L’eau coulait dans leur dos.

Le Maître vibrait de toutes ses fibres à récupérer leur énergie et en modifier la vibration.

 

- Insistez ! dit-il !... Il en va de l’avenir de mon fils sur cette Terre des Hommes… Annulons l’échec d’avant !

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

- Je me vois toute petite, dit Sophie… après la mort de mes parents… Je suis perdue dans un océan immense de solitude… Je suis dans la maison, seule… J’ai peur.

- Regarde autour de toi… Qui y a-t-il ? demande Hiro.

- De la désespérance… J’ai peur… Je ne sens plus de protection autour de moi.

- Laisse passer le temps… Que se passe-t-il alors ?

- Mon oncle vient… Il y a en lui une part de la même force que mon père. Je lui tends les bras et il me prend contre lui… Je n’ai plus peur.

- Et comment se forme le nouvel espace autour de toi ?.... Tu as quel âge ?

- Plus de cinq ans… C’est après l’accident de mes parents… Mon oncle vient habiter à la maison… Je suis heureuse qu’il soit là… Il me prend souvent sur les genoux le soir devant la cheminée… comme le faisait mon père.

- Tu l’aimes, ton oncle ?

- Oui, je l’aime… Il me donne de nouveau la sécurité dont j’ai besoin.

- Y a-t-il une autre sécurité autour de toi ?

- Oui, il y a une vieille nourrice… Elle m’aime et me cajole… Elle est partie quelques années plus tard… Sa retraite… Mais elle m’a manqué beaucoup.

- Autre amour autour de toi ?

- Non… seulement elle et mon oncle.

- Alors il n’y a pas de problème que tu peux percevoir ?

- Non, tout est bien… Mon oncle s’occupe bien de moi… Je regrette seulement le départ de ma nourrice.

- Donc tu ne sens pas de virus ou d’introduction perverse en toi ?

- Non… Tout est bien ainsi et je suis heureuse… dit Sophie.

 

 

- Elle fuit, dit Hiro… Je sens le rejet d’une partie de notre énergie.

- Oui, elle ne veut pas aller au-delà des apparences, dit le moine le plus vieux.

- C’est normal, dit le Maître… C’est une structure « Mère terre » et elle ne regarde que ce qui est confortable et tourne la tête devant les autres évidences qui ne vont pas satisfaire sa volonté de sécurité.

- Vous voulez dire, Maître… Que cette structure détourne les faits pour ne retenir que ce qui l’avantage dans son souci de sécurité, demanda Heidi.

- Oui… C’est cela … Ces personnes évincent tout ce qui pourrait perturber leurs certitudes sur lesquelles est lié leur confort de vie…

- Ce ne sont donc pas des enfants du Bouddha, dit un moine, méprisant.

- Ni ceux ce Dieu, dit l’autre.

- Ce ne sont pas les enfants de la Vérité, tout simplement, trancha le Maître.

- Oui, Maître dit Tong.

- Alors ne perdez pas de vue l’objectif de cette rencontre : aider mon fils à rompre la prison de cette structure par l’intermédiaire de Sophie…

- Oui, dirent-ils.

- Nous ne sommes pas là pour votre propre formation, confirma le Maître… Pour cela, nous avons le temps plus tard…

- Oui, Maître.

- Pour l’instant, nous n’avons pas le temps pour nous… Alors insistez !

- Oui, Maître.

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

- Je vois une masse sombre qui sort de mon oncle et qui entre en moi lorsqu’il me prend sur ses genoux le soir devant la cheminée, dit Sophie…

… Il me parle doucement et me dit combien il m’aime… Mais je sens cette masse noire et je ne suis pas à l’aise…

- Que fait cette masse noire avec toi, demande Hiro ?

- Elle me pénètre et je ne sens plus mon corps de la même manière, dit-elle.

- Que lui arrive-t-il à ton corps ?

- Il devient lourd et sombre… Et j’ai beaucoup de tristesse en moi… J’ai aussi envie de vomir.

- Et puis… Que se passe-t-il d’autre ?

- Rien, dit Sophie… C’est comme cela le soir… lorsque je suis sur ses genoux…

- Tu acceptes cela sans réagir?

- Oui… C’est comme cela !... Et mon oncle m’aime et me protège.

- Donc tout va bien pour toi ?

- Oui, tout va bien pour moi, dit Sophie.

 

 

Le moine le plus vieux se précipite hors la pièce et à travers le Temple. Dans la cour il vomit…

Les moines l’observent, interrogateurs. Ce vieux-là n’a pas la réputation d’avoir un estomac fragile… Au contraire !... Il porte le surnom de celui qui finit les assiettes des autres !

 

- C’est difficile, dit Hiro… Elle est très forte pour contrôler les passages d’énergie.

- Oui, dit un moine… Une part de mon énergie revient. Elle la refuse.

- Comme pour moi, confirme le dernier.

 

Hiro, en parfait Maître de Combat, ne sait pas ce qu’est reculer. Alors il pousse dans son ventre toute la force qu’il récupère des moines et du Maître qui transforme l’énergie de Heidi et Tong.

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

Sophie se redresse d’un coup sur sa couche et crie :

 

- Il me touche !

- Il touche quoi, demande Hiro ?

- Il a la main sous mes jupes et il touche mon sexe ! hurla-t-elle … et les larmes coulèrent rapides sur ses joues.

 

Yoko les sécha dans un linge.

 

Hiro souffla doucement :

 

- Détends-toi… Laisse passer la vision… et constate ce que cela fait dans ton corps.

- Il me touche le soir… J’ai peur de cela car je sens une masse noire me pénétrer… Mais j’aime aussi cette attention à moi… à mon corps…

- Et ?

- Alors j’ai peur et j’aime en même temps !... Je sens cela comme une attention à moi et j’aime que l’on s’occupe de moi… Je me sens dans les deux attirances, dit-elle lentement…

- C’est-à-dire ?

- Je sens le refus et l’acceptation ensemble dans le même temps, dit-elle.

- Alors, que se passe-t-il ?

- Le plaisir prend progressivement le pas sur le refus, dit- elle lentement… Et c’est comme cela chaque soir et je suis impatiente de la rencontre devant le feu…

- Et ton corps ?

- Mais c’est mon corps qui prend plaisir !

- Alors, et ta tête ?

- Elle ne fonctionne pas… Elle accepte, dit-elle…

- Elle ne résiste pas ?

- Non.

- Et que se passe-t-il d’autre, demande Hiro.

- Rien.

- Tout est bien ainsi ?

- Oui… Je me sens heureuse, dit-elle.

- Et la masse noire ?

- Je ne la vois plus…

- Et ton corps est bien ?

- Oui, il est bien.

- Et ton cœur ?

- Mon cœur ? demande-t-elle.

- Oui… Ta volonté personnelle, si je puis dire ainsi, prononça Hiro à court de mots.

- Il va bien, dit-elle.

- Il ne s’offusque pas ?

- Non… C’est comme cela… C’est la manière de mon oncle de m’aimer…

- Tout simplement ?

- Tout simplement, confirma-t-elle.

 

 

Le vieux moine revenu, il dit :

 

- Quelle merde dans ce corps énergétique-là !... Et pourquoi on l’aide ?

- C’est évident qu’elle ne veut pas entrer profondément dans la réalité énergétique de son corps et de son esprit, dit l’autre.

- On ne peut pas donner à quelqu’un ce qu’il ne veut pas prendre, dit le suivant.

- Ni prendre à quelqu’un ce qu’il ne veut pas donner dit Tong car il avait entendu cette sentence dans la bouche du jeune Blanc d’ici.

- C’est pour mon fils, dit le Maître… C’est pour lui… Que l’échec ne soit pas encore renouvelé… Pour lui !... Alors si vous l’aimez un peu, ne laissez pas ces pensées manger votre énergie et votre temps… Continuez et insistez !

- Je crains que nous soyons au bout de nos possibilités, dit Hiro.

 

Le Maître sourcilla. Si le Maître de Combat rend l’éponge, c’est grave !

 

- Insistez ! dit-il.

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

Sophie pleure.

 

- Je vois ma nourrice, dit-elle

- Oui ?

- Elle nous surprend ainsi un soir d’hiver… Nous étions plus tôt devant le feu... Elle me saisit comme une furie et invective mon oncle…

- Et ?

- Mon oncle ne dit rien. Il est debout et tout raide. Il se ferme comme une huître et me regarde avec reproche.

- Et ? Je me sens responsable de cela…

- Et ?

- Ma nourrice m’emporte… Dans ma chambre, elle me demande de tout lui raconter… Cela dure depuis trois ans et j’ai plus que huit maintenant… Ma nourrice pleure… Elle est partie le lendemain de la maison… Je me sens encore plus seule !... J’ai peur de la solitude.

- Alors ?

- C’est terrible, dit-elle en pleurant à chaudes larmes… c’est terrible !

- Pourquoi est-ce si terrible ?

- C’est moi qui vais sur les genoux de mon oncle !

- Et ?

- C’est moi qui prends sa main et la met sous ma jupe !

- Et ?

- Non ! hurla-t-elle… Non !

- Non ?

- Je ne veux pas voir cela !... Arrêtez ce « travail » sur moi… Je veux cesser !

 

Sophie se redresse d’un bond sur la table. Elle ruisselle de larmes et de sueur.

 

Je fais signe à Hiro de ne pas insister.

 

Yoko l’aide à mettre les pieds à terre… Elle l’accompagne jusqu’à sa chambre et son lit. Elle lui préparera une tisane pour dormir.

 

Sophie n’a pas eu un regard pour nous. Son dos est plein de reproches.

 

Hiro me jeta un regard désolé de n’avoir pas pu pousser plus loin. Les trois moines s’unirent à lui pour demander mon pardon.

 

- Mais c’est fort bien comme cela, je fais… Plus que je ne l’avais espéré.

 

Ils me regardent étonnés.

 

- On n’est jamais tout seul, dis-je… Nous allons recevoir de l’aide, je confirme en riant …

 

Enfin, nous avons réussi à faire bouger une partie du mur… Maintenant à l’autre !

 

Dans la foulée de mon enthousiasme, je cours dans le jardin et mets mon corps en exercice.

Torse nu dans la froidure de l’hiver humide, je ruisselle de sueur.

Hiro reste longtemps derrière les vitres à me regarder. Il me connait bien. Il sait ma manière de me préparer au combat.

Alors il sera vigilant pour quatre car il a compris qu’il ne faut pas perturber les moines.

 

 

Hiro et les trois moines soufflent de soulagement. Ils croyaient avoir échoué. Maintenant ils entendent les mots du fils d’avant du Maître et ils sont heureux, ne sachant pas pourquoi… mais le contentement de l’effort juste et du travail accompli coule en leurs corps.

 

- « On n’est jamais seul ! »… Que veut-il dire par cela ? demanda Heidi.

- Que l’on n’est jamais seul, répondit le Maître.

 

Il se moquait d’elle et elle préféra sourire et aider le moine qui préparait le nouveau thé.

 

Elle était épuisée. Tong aussi.

Le Maître leur conseilla de gagner le pavillon de son fils et de se reposer.

 

Lorsqu’ils ont quitté la salle arrière du Temple, Hiro dit :

 

- Ces deux-là ne savent pas encore quelle force est nécessaire pour intervenir sur le tissu énergétique de l’Univers.

- Laisse-leur leur temps, répondit le Maître… Ils découvrent !

- Mais ils sont prétentieux d’eux, s’insurgea Hiro.

- Comme tous les débutants, sourit le Maître.

- Ah ! dit Hiro.

- Tu ne te souviens plus de toi, cinquante ans avant ? rit le Maître… Et combien de fois j’ai dû te taper sur ta tête folle qui croyait avoir « tout » compris.

- Mais je n’avais pas eu la chance d’avoir un monastère comme support, se défendit le Maître de Combat !

- Et moi, dit le Maître avec le calme des mots vrais ?... Ne suis-je pas un monastère ?

 

Hiro préféra rigoler sous son crâne rasé. Il était vaincu par les mots du Maître… mais il était content.

Il sentait le mouvement de l’Univers changé par eux. Maintenant il fallait attendre comme le chasseur à l’affût lorsqu’il a lancé les chiens sur le gibier.

 

Il était à son aise dans cette chasse. Il était aussi heureux de reprendre l’action avec le fils d’avant du Maître. Il l’avait aimé passionnément.

 

 

Le Tourbillon… Suite.

 

Ce fut la Yoko qui ouvrit grand les mirettes lorsque la moustache militaire sonna à la propriété, avec la gueuse qui avait testé son ouverture de bouche sous la table du restaurant.

 

- Nous avons eu tous les deux la même intuition, dit-il, raide comme son sabre.

- Laquelle, demanda Yoko, pas très contente d’être débordée par la marge.

- Ça ! dit-il en montrant fièrement le sac de golf qu’il maintient sur son épaule…

- Des cadeaux pour les moines de notre Famille qui doivent s’ennuyer à mourir dans cette propriété sans action.

- Alors ? demanda Yoko, les yeux rétrécis de colère.

- Alors ?... Tenez… Venez voir les moines ce que nous avons pensé pour vous, lance-t-il en ouvrant son sac sur la table du salon.

- Magnifique ! dit Hiro en saisissant le premier sabre.

- Absolument adorable ! dit le second en maniant un couteau avec les protections contre le sabre.

- Complètement parfait, continua le troisième en testant une matraque de cuir sur son épaule.

- Que cela est magnifique, conclut le dernier en admirant la perfection du travail des étoiles de lancer… Fine, le fil prenant un cheveu en quatre… Quel plaisir !

 

- Et c’est dans vos rêves que vous avez trouvé tout cela ! demanda Yoko furibarde.

- Je dois avouer que je suis un modeste collectionneur, dit le hussard… et que l’envie de montrer une partie de ma collection à de vrais professionnels me tenait tellement les tripes que je ne savais pas comment faire l’entrée en matière.

- Et quelle fut cette entrée en matière, demanda Yoko, les yeux mi-clos.

- C’est la chère Gertrude, dit-il en montrant sa compagne qui m’escaladait… Le futur Maître lui a fait une si forte impression qu’elle ne voulait pas qu’il puisse repartir sans qu’elle lui ait montré ce qu’elle sait faire d’autre de sa bouche… Vous savez, ma chère Yoko, comment elle est inventive !

- Je sais, dit la Jap de moins en moins contente à examiner la bouche de Gertrude englober la mienne avec ventouse incorporée et agitation frénétique de la langue.

- Que c’est bon, dit-elle en reprenant son souffle !

- Une resucée, je fais ?... Pour les tests, afin d’être vraiment sérieux, il ne faut pas se satisfaire des premières données.

 

Yoko fronce de plus en plus les sourcils.

 

- Je vais préparer du thé pour tout le monde, elle dit.

- Non, dit le hussard… Nous ne faisons que passer et nous ne voulons pas déranger… N’est-ce-pas Gertrude ?

- Bien sûr… Juste une seconde de plus, dit-elle en améliorant la ventouse sous l’œil intéressé des moines qui étaient toujours ouverts à la formation permanente et avec moi, il en savent quelque chose des découvertes subtiles durant nos randonnées dans les pays d’Asie à tuer par-ci, par-là…

- Ça vibrera dès que nous aurons détecté l’attaque… Peut- être quelques minutes avant !... Nous couvrons le terrain autour… Nous attendrons ton signal pour les canarder au silencieux…

 

Elle glisse un petit boitier dans la poche de mon futal tout en cherchant une fois encore où se trouve ce wonderful outil à faire vibrer les dames que j’ai encore caché !

 

- Allons, Gertrude, n’importunons pas encore plus ces gens…lance la moustache.

- Mais non, dit Hiro… Quelle attention magnifique !... C’est vrai que nous nous sentions un peu rétrécis ici sans nos entraînements du corps.

- Cela va nous permettre de mieux encore produire de l’énergie pour Sophie, dit le second.

- Bon, je ne vous retiens pas, fait Yoko en se dirigeant vers la porte.

- Bon, je pars alors aussi me fait la Gertrude en lâchant ce que sa main avait réussi à saisir… « Fais attention à toi… Une vingtaine… » me souffla-t-elle a l’oreille avec un large mouvement de sa langue.

 

Je les raccompagne au portail. Yoko est avec moi. Gertrude en profite pour m’enlacer par la taille et frotte sa hanche à la mienne à chaque pas.

 

Yoko accélère la cadence…

 

- Sachez que j’apprécie au plus au point votre délicate attention, dis-je à la moustache.

- Dans mes rêves les plus intenses, j’ai toujours une vieille dame toute ridée qui me donne des conseils… et les suivre fut toujours une réussite…dit-il, sans sourire, bien droit comme son sabre.

- Bonsoir, dit Yoko.

- Au revoir à tous et bon travail en France, lance Gertrude en montant côté passager de la Roover.

 

La jeune japonaise est en colère.

 

- Je n’aime pas les impulsions désordonnées !... On n’intervient pas dans un travail aussi précis que le nôtre sans demander au préalable si on peut !... Je saurai prendre quelques mesures lorsque tout cela sera terminé… On ne peut pas accepter des interventions parasitaires… Mon père ne sera pas content, dit-elle.

- Il n’est peut être pas utile de lui en parler maintenant, je fais, pince sans rire… Il doit avoir d’autres soucis en tête sans le charger de cela maintenant, je fais.

- Oui, tu as raison… Pas maintenant.

 

Dans le salon, les moines se répartissaient les armes et choisissaient le gilet porteur qui convenait le mieux à leur taille.

- On dirait qu’ils ont été tout faits pour nous, s’émerveilla Hiro, avec ce sourire si asiatique que l’on se demande toujours si on se fout de notre gueule.

 

Puis, lorsqu’il me rejoint dans l’angle du salon, loin des autres, car j’aime la solitude, il murmura sans presque remuer la bouche :

 

- C’est pour bientôt ?

- Ce soir, peut-être… Une vingtaine… Des pros du combat silencieux à la lame.

- Comme nous, dit-il souriant.

- Comme nous, je fais.

 

 

Mais la Yoko n’est pas au bout de ses surprises.

Un coup de fil de son père dans la soirée disant qu’il a besoin d’urgence avec lui des deux couples qui s’occupent de la maison…

 

- Demain ce sera réglé, dit-il… Ils seront de nouveau là… Ne te fais pas de souci.

- Mais… Peux-tu m’en dire plus, demanda Yoko ?

- Non… Passez donc une soirée tranquille ensemble… Demain matin je reprends contact avec toi et je t’explique tout en détail.

- Mais est-ce-que que cela a affaire avec la mission de Ange ici ? insiste-t-elle, soucieuse.

- Non, c’est une autre affaire qui se déclare, dit-il.

- Laquelle ?

- Une nouvelle… Je t’en parle demain, ma Chérie…

- Bien, à demain.

 

La jeune femme n’est pas dans son assiette. Hiro a entendu comme nous tous. A sa respiration qui entre plus profond dans son ventre, il se prépare au combat… Cette nuit, certain !

 

Il n’a pas un regard pour moi… Moi, vous savez, comment je suis dans la lune.

 

- Te voilà toute chamboulée, ma Chérie, je fais.

- Je ne comprends pas… Pas dans les habitudes de mon père… Il m’informe de tout… Et maintenant, j’ai le plexus bloqué et je sens une grosse merde autour de moi… J’ai presque un peu peur, dit-elle en riant d’un son faux…

- Prends une bonne tisane ce soir… Ecoute ton père… Il a dit que demain tout est réglé… Fais-lui donc confiance !

- Oui… Je n’ai pas d’autre choix… Au moins, il y a les nouveaux joujoux pour les moines… Regarde-les !... Ils sont comme des enfants découvrant de nouveaux jouets.

- Et la Sophie, je fais, histoire de changer de sujet ?

- Elle dort… Mais le sommeil est agité et elle pousse des cris… Je lui ai donné une tisane… Crois-tu que je doive aussi mettre un somnifère dans sa tasse de ce soir ?

- Non… Ces saloperies vident le corps de son énergie et on est un légume après… Cela va perturber le travail pour demain…

- Tu as de l’espérance pour elle ?

- Demain sera un jour nouveau pour tous, dis-je.

- Ce qui veut dire, demande-t-elle interrogatrice ?

- Que chaque jour est nouveau pour tous… toujours un renouvellement, dis-je, très Maître enseignant.

 

Il n’y a pas une flamme dans mon œil pour montrer mon mensonge. C’est à cela que l’on connaît un vrai menteur… Mais il faut un long apprentissage !

Et puis, malgré l’amour débordant que nous avons entre nous, je ne vous ai jamais promis de vous apprendre tout ce que je sais faire, n’est-ce-pas.

 

 

Puis, ce n’est vraiment pas le jour de Yoko.

Apres le dîner, de nouveau son père au fil :

 

- Mais, Papa… Je ne peux pas laisser Ange tout seul… Il a besoin de moi pour les traductions avec Sophie… Tu dis que demain tout sera arrangé et je serai de nouveau disponible ?... Tu veux vraiment que je vienne ce soir ?... Tu ne peux pas m’en dire plus ?... Pas maintenant…

 

Elle me regarde dans un désarroi total. Moi, vous me connaissez, pour aider la veuve et l’orphelin, je suis perfect. Aussi je ne bouge pas d’un poil et je joue au con, ce qui m’est une attitude habituelle comme le dirait un vieux ridé d’asiat avec la barbichette dans la raie des fesses.

 

Sans support de moi, que va-t-elle décider ?… Parce que moi je lui avais dit « que j’avais besoin d’elle ».

Alors ?... Que choisir ?... Voilà la question de tous les instants de la vie.

 

- C’est bon, Papa, j’arrive… Mais il me faudra être ici pour dix heures demain… Pour le travail avec Sophie… Pas de problème !... Dans une heure je suis là… A tout de suite, Papa.

 

Moi, je regarde l’obscurité du jardin. Je n’ai rien entendu, tout à ma contemplation. Hiro non plus, tout imprégné du sabre qu’il a choisi dont il perfectionne le fil avec le couteau que je lui ai offert… Il a deux mains… Un terrible avec ces deux armes !... Il s’entraîne à les sentir en toutes les fibres de son corps comme un prolongement de lui-même.

Donc il n’a rien entendu !

 

Aussi Yoko trouve en face d’elle des imbéciles tout étonnés lorsqu’elle annonce que son père a besoin d’elle immédiatement car une nouvelle affaire très urgente vient d’arriver sur les terminaux et il faut s’en occuper… Mais qu’elle sera là demain matin dix heures … et s’excuse de ne pouvoir préparer le petit déjeuner.

 

- Pas de problème, dis-je… Il faut savoir répondre aux urgences…

- Je prends la Jag, elle fait… Tu n’en a pas besoin ?

- Non… Je ne bouge pas d’ici, fais-je, vautré sur le divan.

- Bien, j’y vais, fait-elle.

- A demain, je fais.

 

Elle est étonnée que je ne la reconduise pas au portail de la propriété et que je ne lui roule pas la pelle traditionnelle sur le museau.

 

Je la regarde partir. Je ne suis pas content. Mais chacun fait ses choix à chaque respiration. Elle n’a pas senti ce que je préparais pour elle !

 

- Dommage ! dit Hiro qui comprend pour deux.

- Cela va me faciliter la tache pour Sophie, dis-je… Mais ce n’est pas cela que je voulais.

- Alors, pourquoi tu n’as pas insisté ?... Elle aurait fait ce que tu aurais voulu.

- Je teste… Je teste… Je teste… Car moi parti, que feront-ils tout seuls ?

- Oui, je comprends, dit-il… Il te faut savoir le degré de confiance que tu peux donner à chacun.

- Oui… C’est cela.

- Et pourquoi cela va être plus simple pour Sophie ?

- Il n’y aura que deux cibles : elle et moi.

- Toi ?

- Joue pas au con avec moi, tu veux ? je fais.

- C’est vrai que le Maître m’a un peu parlé avant de quitter le monastère, dit-il du bout des lèvres.

- Le contraire m’aurait étonné, dis-je… Les secrets, ils sont toujours que pour moi !

- Il faut bien te tester, il sourit dans une barbe qu’il n’a pas.

- Merci, je fais.

- De rien il répond… Donc si je comprends bien, tu n’as plus à te charger de Yoko ?

- Oui… Un problème pour le père !... Il ne savait pas comment manager cette présence auprès de moi au moment de l’attaque…

- Alors il la sort du jeu.

- Oui… Mais le choc de la découverte sera moindre pour elle… et donc une incertitude de plus sur ses réactions… et je ne serai pas là pour les contrôler.

- Tu peux demander de l’aide à la vieille dame qui nous a fait les cadeaux, dit-il en montrant les armes étalées partout.

- Tiens, tu l’as sentie ?

- Je la connais de longue date, rigola-t-il.

- Ah oui ?

- C’est moi qui l’ai débourrée pour le Maître, continua-t-il à rigoler.

- Ah oui ?

- Tu les aurais vus tous les deux !... Ils ne savaient pas par quel bout prendre le problème !

- Ah oui ?

- Tu sais bien qu’on peut être parfait avec le Ciel et être un peu con avec la Terre, dit-il.

- Je connais, je confirme.

- Alors, lui aussi !

 

Il rigola à s’en tordre les boyaux. Les moines m’interrogèrent du regard. Je mets mon doigt sur la tempe et je vrille.

Ils connaissent !

 

 

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