58. Quelle Vérité existe vraiment ?

 

LIVRE Secret de la Famille SHIN…

Le Tourbillon… Suite 14

 

Il était deux heures du mat lorsque l’émetteur vibra.

Hiro était équipé, comme les moines. Ils ont fermé à clé la porte de leur chambre derrière moi et ont glissé comme des ombres noires par la fenêtre dans le jardin tels des serpents.

 

Je suis allé me poster près de Sophie, à deux mètres du lit.

 

Ils sont entrés sans bruit. Ils avaient une clé. Puis six d’entre eux ont grimpé l’escalier vers la chambre sous les toits.

Un seul pour Sophie ; c’est vrai qu’elle n’est pas un danger. Le tueur poussa la porte, et sa silhouette noire se découpa un instant contre la fenêtre qui donnait un peu de lune.

Dix autres se postèrent devant la porte des moines, le couteau dégaîné.

 

Ils attendaient l’ordre d’attaque de ceux qui étaient chargés de me maîtriser… C’est vrai que je suis le plus gros morceau !

 

Moi aussi, j’attends… Il faut que Sophie ait un choc… Donc cela demande quelques risques… Je vois la lame du poignard briller à la main de l’homme, un fin longiligne… Il attend et tend l’oreille pour saisir les bruits à l’étage au-dessus en provenance de la chambre qui seront le déclic pour l’attaque.

 

- Merde, un piège ! hurla-t-on au-dessus !

 

C’est vrai que je conçois leur surprise à trouver un traversin et une couverture à ma place…

 

Mais pour le gus, au-dessus de Sophie, il ne saisit que le bruit qui doit être le détonateur de son action. Il lève le bras pour poignarder le corps en-dessous de lui.

 

- Coucou ! je fais en mettant les pleins feux dans la baraque avec la commande électronique.

 

Il est en parade immédiate, le couteau haut.

Ma fléchette le prend à l’œil droit… puisqu’il tient le couteau dans cette main qui remonte en réflexe vers l’œil qui a un problème… Donc il lâche le couteau qui tombe sur Sophie et … Bref, je vous ai déjà dit le scénario et je ne vais pas recommencer.

… Car tout ce fourbi que je monte, c’est pour la Sophie !

 

Elle se réveille en sursaut, reste conne devant ce grand mec tout noir au-dessus d’elle avec la main sur la gueule qui coule du raisiné…

Mais le mec, c’est un combattant… Si son premier réflexe ne fut pas une réussite, il se ressaisit vite et empoigne le couteau sur la poitrine de la fille et lui met la lame contre la gorge.

 

- Pose tes armes ou je la saigne !

 

Sa voix est celle d’un combattant de l’ombre, basse et grave. Je ne pouvais pas mieux tomber pour faire le choc sur Sophie.

 

- De toute manière, tu es bien venu pour la tuer, dis-je, très mondain en m’approchant de lui.

- Pas trop près, dit-il !... Laisse tomber tes couteaux de ceinture ou je la saigne direct.

- Bien sûr, dis-je… Si cela te fait plaisir et peut te rassurer.

 

Je dégrafe la ceinture portant les deux poignards arrière et les deux autres à l’avant, ainsi que les étoiles de jet… Le lourd attirail tombe au sol.

Il a la gueule en sang qui coule sur le visage de Sophie. Parfait tout cela !

 

Puis, d’un geste large, je montre la fille et la seconde fléchette part de mon bracelet du poignet propulsée par une cartouche de gaz.

J’ai visé la gorge. Ça fait un drôle de bruit, mais surtout des matières qui arrivent direct sur le visage de la jeune femme qui se met à crier comme une dingue.

 

Dans le même mouvement, je suis arrivé sur l’homme et je retourne sa lame contre son cœur qui a un haut le coeur d’avaler quelques centimètres d’acier… et le tout va direct sur Sophie qui ne sait plus de quoi se protéger, du sang, du corps sur elle, de ses cauchemars…

 

Alors, il est le temps d’appuyer sur le bouton de l’émetteur et quelques bruits de bouchons se font entendre dehors.

 

- Tiens, ils sont en train de sabler le champagne, je fais, très mondain ce soir.

 

C’est vrai que je suis mondain, distant…

 

Je laisse la Sophie manager son tueur qui est déjà mort mais qui pisse de l’œil et de la gorge…

 

Je passe la porte et observe ce qui se passe en bas.

 

Tous sont descendus dare dare de ma piaule et le tout s’est retrouvé au salon.

 

Lorsque le détonateur d’attaque est parti de l’étage, ceux devant la porte des moines ont voulu les surprendre, mais la porte était close. Ils ont pensé que cela était une habitude normale et ils ont foncé pour l’enfoncer.

Imaginez la surprise lorsqu’ils ont constaté que la crèche était vide.

 

Alors, pas cons, ils ont deviné le piège et quatre d’entre eux plongèrent par la fenêtre ouverte car le jardin leur semblait un lieu plus sécurisant… Ils n’ont pas couru bien loin. J’avais alors appuyé sur la commande et les fusils à lunettes avec silencieux ont fait le travail.

 

Aussi les autres, moins cons, sont repassés par la porte et ils ont rencontré dans le salon les copains qui descendaient les escaliers quatre à quatre car ils semblaient pressés.

 

C’est alors que Hiro et ses trois moines entrèrent par la porte d’entrée et leur servirent le thé arrosé du sang de leurs lames. Chacun choisit l’assaisonnement qu’il veut, vous en conviendrez avec moi… quoi de plus normal en cela ?

 

Comme moi qui prend la pose en mettant le cul sur la rambarde de la mezzanine et qui admire le carrousel en dessous.

 

Ceux qui tentent de se tirer dehors sont reçus par un bouchon de champagne.

Alors il ne leur reste que d’affronter ces quatre moines qui sont tout heureux de se dégourdir les guibolles car les longues nuits ne sont pas pour eux, comme les veillées auprès du feu.

 

Le plus terrible est le Mongol avec son crâne rasé qui luit sous les pleins feux que j’ai organisés.

 

Je ne mets pas une valse car je n’ai pas le matos sous la main, mais je vous prie de croire que le spectacle vaut le déplacement.

 

Ils sont à quatre contre un, mais ils ne font pas le poids. Des combattants commando ne sont pas des Ninjas… Pas de souplesse, pas de modification instantanée de rythme… Ils mettent donc les pouces avec leur sang qui gicle…

 

Sauf un !

Celui-là, je l’ai repéré directo… Un râblé, petit, musclé… Celui-là n’est pas un commando, mais un Ninja.

 

Je l’observe. Il a les réflexes et des mouvements qui sont ceux de la Famille Shin !

Il a d’ailleurs failli couper la gorge d’un des moines avec son sabre et c’est Hiro qui lui a sauvé la mise en bloquant la lame in extremis avec son poignard.

 

- Tu me laisses celui-là, dis-je du haut de mon perchoir.

 

L’homme a compris… Il se retire du jeu de massacre.

Chacun le laisse s’installer dans un angle du salon. Il reprend son souffle. Il reprend sa volonté.

 

Je lui laisse son temps. C’est lui qui dit qu’il est prêt en se levant, le sabre en main. Ses couteaux sont autour de sa taille et sur les épaules.

 

Le silence se fit dans la pièce. Les quatre moines s’agenouillent. Trois silhouettes viennent dans le salon et tirent les corps dehors.

 

Nous sommes maintenant entre amis !...

Même la Sophie qui a réussi à se soustraire du corps de celui qui l’aimait tant et qui s’appuie au chambranle de sa chambre avant de glisser sur le mur car ses jambes ne la portent plus.

 

Je descends les marches. J’enlève les bracelets de fléchettes de mes poignets. Je ne n’ai aucune arme.

 

Le Ninja sourcille… du moins j’en ai l’impression car avec la cagoule ne laissant que la fente des lèvres et des yeux, pas facile de vous décrire la mimique du mec… Alors excusez- moi du peu et de vous laisser un peu en rade !

 

Les moines s’inquiètent.

Hiro sourit de tout son crâne rasé. Il me connaît. Un jour il a dit à un mec, qui se croyait un grand samouraï…

« Si un jour tu vois le fils du Maître sans arme, décontracté et souriant venir gentiment vers toi… un conseil !

 

- Lequel, demanda l’homme, hargneux ?

- Tourne alors bride et pour courir encore plus vite abandonne tes armes sur le terrain.

 

L’autre a rigolé. Alors le moine lui dit :

 

- Un jour, tu verras ! »

 

Un jour il n’a rien vu… Il s’est élancé et il était mort avant de terminer son mouvement.

 

C’est encore Hiro qui rouspéta :

 

-Qu’est-ce-que je fais du corps, maintenant ?

 

D’ailleurs à la gueule qu’il fait, c’est cette question qu’il est en train de se poser : « Pas moi qui vais éponger tout ce sang… Nous allons attendre demain les gens de service ». Lui, il est déjà dans son plumard et trouve que je prends des airs !

 

Pendant que je vous cause en ami, l’autre arrive avec son sabre pointé au milieu du corps, prêt pour la pique ou pour la coupe.

Moi, vous me connaissez, pas contrariant pour un sou !... Alors je lui laisse son temps.

 

Puis l’autre attaque en coupe, rapide et feinte en pique à mi chemin pour une trouée dans le ventre.

Moi, vous me connaissez, jamais là où on m’attend. Alors je saute et tout passe en-dessous.

Mais je détends mes guibolles dans la foulée et une tatane fait une rencontre amoureuse avec son menton, alors que l’autre utilisant ce point d’appui généreux qu’est son épaule, me propulse en vrille et je me retrouve derrière le bonhomme dont les côtes basses craquent avec mes deux coups en poing démon pour lui dire « coucou ! »

 

Hiro est étonné de ma manière d’agir ; Il me connaît plus direct. Mais je veux le quidam vivant.

Alors, un petit retournement sur la guibolle arrière au point de commande des reins, histoire de le plier en deux, ce qui facilite grandement la récupération du sabre afin qu’il ne se blesse pas, voyez comme je suis prévenant pour sa santé… et enfin, pour en terminer, une bonne prise judo améliorée maison pour une immobilisation finale.

 

Et bien sûr, le clou de la soirée, c’est l’arrachage de la cagoule.

 

- Mais c’est un ami de mon oncle, hurla Sophie !

- Kaki ! dirent ensemble les trois moines.

- Bien sûr, dit Hiro sentencieux.

- Tue-moi, chien de Blanc, dit Kaki haineux avec la respiration sifflante… ce que je comprends perfect car avec deux côtes basses pétées, c’est pas fastoche d’inviter l’air dans le coffre.

- Trop d’honneur pour toi, dis-je calmement en serrant plus ma prise.

 

Hiro appela. Deux mecs entrèrent, eux aussi en combinaison de combat. Hiro leur montra Kaki.

Je le leur laisse, facile.

 

- Le ménage ! dit un moine.

 

Vous savez comme on est consciencieux dans les monastères… On ne laisse rien traîner.

 

- Demain dit Hiro.

- Mais ça va puer, dit le troisième moine !

- Alors nettoie, dit Hiro.

 

Il se leva et s’approcha de moi. Il vérifiait que tout allait bien. Je lui indique Sophie, plus blanche que blanc.

 

- C’est l’aide que tu attendais, demande-t-il dans sa moustache qu’il n’a pas.

- En partie, dis-je.

- Et l’autre, elle est pour quand ?... soucieux de savoir s’il va pouvoir profiter de son plumard cette nuit.

- Je crois demain matin, je fais.

- Ah ! il fait, rassuré.

 

Puis il monte à l’étage, jette un œil dans la chambre de Sophie et appelle les moines.

 

- Nettoyage d’urgence, ici.

- Je ne veux plus remettre les pieds dans cette chambre, hurla-t-elle !

 

Je regarde les moines. Le plus jeune me fait signe qu’il veut bien se dévouer pour la prendre avec lui.

Hiro monte les yeux au Ciel… Dormir avec une femme dans la chambre !... Il va se choisir une autre carrée, la maison a de la réserve.

 

 

Le petit déj est rempli du silence de chacun. Les mandibules malaxent les céréales et boivent le yaourt et terminent avec les fruits… Le tout dans un silence glacé juste réchauffé par le thé brûlant.

Voyez comme je peux être poète, lorsque je me force un peu !

 

C’est le moment choisi par Yoko pour faire son apparition, avec deux heures d’avance sur le programme.

Elle a aussi mauvaise mine que Sophie.

 

Un moine lui apporte une tasse et lui sert le thé de bienvenue. Elle tire une chaise à la table du silence qu’elle rompt en disant :

 

- Je suis très préoccupée, Ange.

- Ah oui ? je fais.

- Mon père m’a mise devant les ordis hier soir pour contrôler tous les messages qui allaient arriver d’urgence avec cette nouvelle affaire très urgente, dit-elle.

- Ah oui ?

- Mais rien n’est arrivé… Que l’intendance habituelle sans intérêt, continua-t-elle.

- Ah oui ?

- Mais mon père n’est pas rentré ce matin, dit-elle avec encore plus d’angoisse dans le coffre.

- Ah oui ?

- Et puis, bien qu’il ait voulu me le cacher, j’ai bien vu qu’il partait avec son sac de combat… Sa combinaison et ses armes sont toujours prêtes dedans.

- Ah oui ?

- Je suis très inquiète, Ange.

- Pourquoi, je fais ?

- Mais parce qu’il ne s’est rien passé, hurla-t-elle… Tu ne comprends pas mon angoisse !

 

- Ce n’est pas comme ici, dit la Sophie !

- Quoi ? sursaute la Jap

- Ici, il s’en est passé des choses, dit la jeune femme qui saisissait ce prétexte pour défouler les vapeurs qui se sont accumulées en elle depuis hier… Au point qu’elle paraît vouloir éclater de tous les pores.

- Je ne comprends pas, demande Yoko encore plus inquiète.

- On a voulu me tuer, dit Sophie, dans ce contentement de celle qui apprend les nouvelles aux autres.

- Quoi ! se raidit Yoko.

- Oh ! Ils étaient bien plus que vingt… Avec des combinaisons noires, des couteaux… Il y en a eu un qui a bien failli m’égorger… Sans Ange, j’étais morte !

 

Yoko me regarde affolée. Elle comprend vite la gamine.

 

Moi, vous me connaissez, je lève les yeux au Ciel ; je suis si timide devant les compliments.

Alors j’en profite pour demander à mon grand copain Dieu s’il veut que je lui serve une autre tasse de thé noir. Et comme il met un certain temps à me répondre, vu qu’il est sûrement en train de se décharger la vessie à cette heure, je reste dans les nuages pendant que la Sophie raconte la corrida d’hier au soir.

 

Vue sous l’angle de la femme, cela ne manque pas de piquant et d’incertitudes dans la relation des faits… Au point que les trois moines ouvrent grand les mirettes, car ils n’ont pas le sentiment d’avoir été là… et ils en finissent par préférer éclater de rire aux sketches de la Sophie qui est en pleine représentation féminine.

 

Je lève le camp et Hiro me suit près des portes fenêtres ouvrant sur le jardin.

 

- Le programme aujourd’hui ?

- On continue avec la Sophie… Mais avant, j’attends les effets de la surprise suivante.

- Quoi ?

- Je fais un signe vers la pile de journaux que Yoko a posés sur la table basse du salon.

 

Puis c’est le hurlement de Yoko qui nous ramène à la table de la cuisine. La jap s’est levée d’un bond et sa chaise est partie à la renverse ; elle se roule sur le sol en se tenant le ventre et elle hurle, la bave sur les lèvres et le vomi qui apparaît dans la bouche.

 

- Mais ? dit Sophie en la regardant les yeux agrandis de surprise.

- Où en étais-tu de ton histoire, je demande en m’approchant.

- C’est au moment où je disais que je connaissais cet homme que tu as combattu… Qu’il est venu plusieurs fois à la maison et qu’il est un ami de mon oncle…

- C’est tout ?

- C’est au moment que j’ai dit qu’il s’appelle Kaki qu’elle est partie à la renverse !

- Normal, je fais très calme, genre le mecton qui trône à l’Elysée lorsque un journaliste lui pose une question vicieuse.

- Pourquoi ?

- C’est son Père, je fais dans la tendresse des mots qui n’ont rien à foutre de la Yoko en train de se tordre sur le carrelage…

 

Un moine prévenant lui a mis une serpillère sous la tête. C’est lui qui s’est chargé du nettoyage hier soir et il ne veut pas se casser une nouvelle fois le dos à quatre pattes…

 

Moi, discret comme je suis, vous me connaissez, je retourne à la contemplation du jardin un jour normal d’hiver…

Hiro, plus sérieux que moi, n’a pas pris la peine de rompre sa contemplation.

 

- Ça bouge un petit peu, lâche-t-il entre ses lèvres épaisses de Mongol qui a l’habitude de se tartiner une couche de graisse sur le museau que c’en est parfois dégoûtant.

- Pas encore assez, je fais… Attendre encore… Tu ne veux pas quelques exercices d’entraînement dans le jardin avant la séance ?

- Parfait !... L’air ici devient difficilement respirable, il fait.

 

C’est vrai que si la Yoko continue à sortir ses tripes sur le carrelage, la Sophie entre dans de nouvelles compréhensions de « son problème ». Apprendre que le père de Yoko est en même temps le copain de son oncle et encore le patron de la Famille Shin à Paris, lui ouvre des horizons nouveaux sur l’ampleur de la manipulation. De nouvelles cartes sont sur la table.

 

Alors, en bonne intellectuelle cérébrale, elle n’en a rien à foutre de sa copine qui se tord sur le sol.

 

Elle s’est posée les fesses sur le divan et elle rumine ses pensées, les yeux clos en se mangeant les ongles.

 

Devant elle se trouve la pile de journaux du jour amenés par Sophie. Je les ai déplacés tout à l’heure pour mettre en évidence les gros titres… « Affaire Dupond… »

 

Suffit d’attendre !... Vous voyez bien que parfois le temps est l’ami de l’homme !

 

 

- Allez vous préparer, dit le Roshi à Heidi et Tong… Une nouvelle séance arrive.

 

Dans la salle arrière du Temple, les trois moines et Hiro étaient déjà en posture. Heidi et Tong s’installent de chaque côté du Maître et poussèrent dans leur ventre.

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

- Le salopard ! dit Sophie.

- Oui ? je fais comme le mec qui ne comprend pas de quoi on lui cause.

- Mon oncle ! hurle-t-elle.

- Oui… Qu’y-a-t-il donc de si nouveau ?

- Mais il dit que c’est lui qui est à l’origine des fuites, hurla-t-elle.

- Oui ?

- Il dit aussi qu’il n’a pas détourné mon argent, mais l’a mis en sécurité, compte tenu de mon comportement inconséquent !

- Oui ?

- Et il dit aussi qu’il a mis de l’argent dans le circuit de Ahmed pour mieux contrôler cette curieuse association que je faisais avec lui… Il était très inquiet pour moi !

- Oui ?

- Mais pour tout le monde je suis celle qui a tout organisé, les réseaux, la drogue, les femmes… Tout avec Ahmed !

- Oui ?

- Et ils disent que je suis « en fuite »…

- Oui ?

- Mais c’est terrible !

- Ah ! je fais en changeant de langage.

- J’ai tout contre moi !

- Ah !... Quoi de nouveau dans tout cela, je demande.

- Mais « tout » ! dit-elle suffoquée.

- Pour toi… Seulement pour toi qui ne veux pas voir la vérité en face… Pour nous, tout est clair depuis le début… Demande donc à Yoko comment je lui expliquais quelle serait la défense de ton oncle.

 

La jeune japonaise revient à la surface et acquiesce de la tête. Elle est installée maintenant dans un des fauteuils en face du divan.

 

- Ange avait déjà tout prédit ? demanda Sophie.

- Oui, souffle la jap qui n’a plus beaucoup de souffle.

- Alors, demande Sophie ?

- Alors il est de ta décision de toujours continuer à faire la conne qui ne comprend rien à ce que nous faisons avec toi ici… ou d’aller au fond du sujet.

- Et qu’est-ce-que cela va m’apporter de plus d’aller « au fond du sujet » comme tu dis ?

- Connaître exactement les mécanismes qui ont été mis en place dans ton corps énergétique pour te manipuler à sa convenance et récupérer la totalité de ta fortune… Ce qui serait déjà si tu avais rendu l’âme cette nuit… C’est bien lui qui est ton héritier direct, n’est-ce-pas ?

- Oui, souffla-t-elle devant l’espace qui s’agrandissait devant elle, au point que la désespérance pointait son nez.

- Alors, les cartes sont dans tes mains, dis-je.

- Et quel serait l’objectif d’une nouvelle séance des mémoires ? demande-t-elle en cogitant fort.

- Voir comment les attouchements et satisfactions relationnelles avec ton oncle ont développé des réflexes de comportement, suffisamment forts pour que ton oncle puisse pousser ton action dans les circuits qui lui convenaient, dis-je, tranquille…

 

Elle ne me regardait pas. Elle ne regardait qu’elle-même… Elle n’était pas franchement partante.

 

- Et dans la pratique de la vie future, qu’est-ce-que cela va m’apporter de plus ? demande-t-elle, en vraie femme d’affaires qui pèse les données.

- Savoir comment on peut manipuler tes réflexes et tes décisions « évidentes » qui ne sont pas si évidentes que tu pouvais le croire et que tu rendras de moins en moins évidentes…

- Et dans le biz bise qui m’attend dehors ?

- A menteur, menteur et demi… je fais, mi figue mi raisin.

 

Hiro me fait des signes de singe de la porte fenêtre. Les autres moines sont aussi atterrés du déroulement de la pensée et de l’énergie intime de la jeune femme… Que faire avec un tel comportement ?... On ne peut pas violer la volonté !

 

Sophie continue à peser le pour et le contre.

Alors c’est moi qui prends la décision.

 

- Yoko, va faire son sac !

 

La jap se lève, heureuse que je lui adresse encore la parole.

Puis je dis à Sophie.

 

- Je te ramène chez toi.

- Mais… Je suis prête, s’insurge-t-elle… Je la veux cette nouvelle séance !

- Non, tu n’es pas prête… Et ce que tu veux, c’est seulement un arrangement de la merde que tu as créée, car tu es dépassée par elle, dis-je… Alors je te remets chez toi et va t’expliquer avec ton oncle.

- Mais… Je vais me faire tuer, hurla-t-elle !

- Mais non, je fais… Tout cela ce ne sont que des simagrées, je fais en rigolant.

- Simagrées ?

- Bien sûr !... Tu es en cheville avec ton oncle plus étroitement que tu ne le dis, fais-je très tranquille… Tu vas trouver un arrangement avec lui.

- Je ne comprends pas !

- Moi si… et c’est le principal !

- Mais…

- Je t’ai déjà sauvé la vie deux fois, dis-je.

- Deux fois ?

- Oui, la première en faisant éclater cette bassine à merde dans laquelle tu es.

- Mais c’était ton travail dans le cadre de ta mission !

- Tiens donc !... Tu disais ?... Dans le cadre de quelle mission, demandais-je si tranquille que Hiro se mit en alerte.

- Rien, fait-elle en se mordant les lèvres… Ce sont seulement des mots réflexes, dit-elle… Et la seconde ?

- Cette nuit… je fais… Tu te souviens ?

- Et maintenant, se reprend-elle vite ?

- Lorsque je te propose de te sauver la vie une troisième fois en allant mettre à l’air toute la merde que tu as en toi, tu fais la femme d’affaires…

- Mais !

- Tu n’es pas vraiment concernée par ta vie… Seulement des arrangements.

- Mais !

- Fais pas trop l’idiote car j’ai la paluche plutôt rapide pour les connes.

- Quoi ?

- Dis, petite intellectuelle… Comment ton Ahmed connaissait le restaurant où nous étions ?

- Mais !

- Et c’est clair « qu’on » l’a poussé à venir faire son cirque.

- Mais pourquoi ?... Je ne comprends rien !

- Pour que je m’occupe de lui… On me l’a présenté sur un plateau… C’est bien toi qui es allée aux toilettes et qui as téléphoné à ton oncle qui l’a envoyé foutre sa merde, n’est-ce-pas ?

 

Celle la plus étonnée, c’est Yoko qui revient avec la valise de Sophie.

Sophie, elle, carbure au kérosène et cherche une sortie.

 

La sortie, je la trouve pour elle.

Les deux couples qui s’occupent de la crèche arrivent.

 

- Ne coupez pas le moteur… Vous ramenez madame chez elle, je fais en prenant la dame par le poignet et la poussant par la porte.

 

Un des gardiens prend la valise de Sophie.

 

- Les yeux bandés ? demande-t-il à Yoko qui acquiesce sans un mot.

 

- Ouf ! de l’air, je fais.

 

Hiro s’approche et souffle à mon oreille.

 

- C’était cela ta dernière surprise ?

- Non, je fais…Mais ne gâchons pas une énergie si subtile pour une conne qui ne veut pas se sortir du panier à crabes… J’ai besoin d’air…

- Nous verrons demain, dit-il sentencieux, le crâne ridé de soucis.

- Demain sera un autre jour, je fais, dans l’attitude noble et non concernée du Grand Maître.

- J’espère que ta vessie va bien, demande le Mongol… Tu sais comme tu peux être fragile à ce sujet…

 

 

- Mais pourquoi agit-il ainsi ? demande Heidi ?

- Nous étions tous prêts, confirma Tong.

 

Hiro leur jeta un regard de mépris.

 

- Mais parce que c’est un Yam Majeur, dit le Maître.

- Mais … commença de nouveau Tong.

- Il a des décodeurs qui ne sont pas la logique du Bam et de son cerveau raisonné qui ne fait qu’accumuler des informations pour faire un tout.

- C’est un Vrai Homme, dit Hiro de sa voix gutturale.

 

Les deux jeunes gens sont à l’écart du groupe. Il est clair que leur compréhension est en grande partie intellectuelle et qu’ils ne savent pas grand chose des vibrations du Yam en action.

 

Dans sa bonté le Maître ajouta pour eux :

 

- Son cerveau est connecté au Yam, pas au Bam… Il a saisi les vibrations du Yam qui percevaient que le Temps pour cette nouvelle action n’était pas accompli… Alors il a suivi cette Intelligence capable de saisir toutes les subtilités d’une situation dans le Bam et il a agi en ce sens.

- Sans réfléchir ? demanda Tong.

- Surtout sans réfléchir ! gronda Hiro

 

Les deux jeunes gens se retrouvent encore en écart de la réalité qui se déroule là, dans ce Temple…

Tong ne comprend rien.

Heidi saisit une réalité dans son corps mais elle constate avec angoisse que son cerveau est incapable de suivre cette réalité et la bloque dans ses repères.

Il lui vient comme une claque en pleine figure les mots du Maître : « Tu es une Mère Ciel »… Elle aussi a ses réflexes dans la sécurisation !

Là, elle commence un autre apprentissage de vie !... Elle a ses réflexes dans la sécurisation !… c’est-à-dire dans la coordination du passé avec le présent pour en faire du futur …

 

- Alors, quoi faire maintenant ? s’entendit-elle demander.

- Continuer, dit Hiro, catégorique.

- Continuer quoi ? demanda Tong.

 

Hiro leva les yeux au plafond et préféra se concentrer sur sa respiration.

 

C’est le Maître qui dans sa bonté donna la réponse.

 

- C’est maintenant que Sophie a le plus besoin d’être chargée en énergie fondamentale… Elle va être seule dans l’espace du Bam…

 

Tong baissa la tête. Heidi fronça les sourcils. Ils n’étaient pas contents d’eux. Ils percevaient leurs limites de compréhension… seulement sensitive et liée à leur intelligence rétrécie du Bam. Ils n’avaient pas les réflexes de la rapidité de l’action.

 

Le Maître comprit leur désarroi et il leur dit doucement :

 

- Ici, vous êtes dans un lieu privilégié… Vous êtes protégé… Vous ne savez pas ce qu’est être devant la mort dans le Bam.

- Vous ne savez pas ce qu’est la tempête, compléta Hiro.

Le Maître laissa le silence venir qu’il coupa :

 

- Alors… continuez et laissez à mon fils le soin du choix de l’action !

 

 

Le Tourbillon… Suite

 

Une femme de partie et une encore à la maison. Petite mine la Yoko avec des yeux de chien battu qui demande de l’assistance d’urgence.

 

- Je ne comprends pas, dit-elle.

- Tu comprends très bien, je fais, coopératif.

- Je ne croyais pas qu’il allait passer en acte.

- C’est seulement une question de circonstances… Tu connais la puissance de l’espace qui presse sur le système énergétique et oriente son action, je fais.

- Mais comment cela a-t-il pu se faire ?

- Par la rencontre entre deux hommes et deux problèmes, je fais.

- Dupond et mon Père ?

- Oui… Deux épines dans le pied et possibilité de les réunir en un même homme.

- Toi ?

- Moi, je fais, pas prétentieux pour un sou.

- Tu pourrais entrer plus dans les détails ?

- Il était une fois… je commence comme les histoires d’enfants… deux hommes d’extrême droite qui se rencontrent dans une de ces réunions curieuses, un peu secrètes, qu’ils ont l’habitude de programmer pour s’entendre mutuellement chanter les qualités de la race pure et du bienfait sur Terre si elle pouvait prendre le pouvoir.

 

… Puis l’un d’eux, le Dupond a un gros problème, car il a commencé à monter un système pratique pour chercher les possibilités de cerner la reconstitution de cette race pure et d’autre part la fabrication de ses esclaves…

 

…. Pour cela il a besoin de deux bouts de chaînes réunies entre ses mains… L’une est de se pourvoir en bon cheptel pour les essais de laboratoire… L’autre est de pouvoir exercer plus ou moins librement ces dits-essais…

 

… Alors pour le premier bout, il trouve Ahmed et il investit dans son business, avec aussi l’aide de son groupe qui donne des facilités et protections au pourvoyeur de bétail…

 

… Et pour l’autre bout, il y a un autre extrémiste, mais celui-ci est de gauche, qui n’est pas chien pour profiter des infos et mets à la disposition du Prof les labos et les ouvriers…

 

… Tout baigne dans l’huile… Jusqu’au jour où les bouts de chaîne deviennent un peu trop exigeants et vont même jusqu’à supposer pouvoir continuer par eux-mêmes et se passer du prof, qui en soi n’a rien de génial, mais qui a su avec son équipe constituer plusieurs schémas de travail…

 

- Qui pourraient évoluer et se perfectionner sans eux, continua Yoko qui comprenait vite.

- Tout à fait ma belle, je fais… Alors le Dupond et ceux avec lui ont décidé de couper ces deux bouts…

- Mais ce n’est pas facile car beaucoup de monde est impliqué, directement et en indirect et on ne sait pas par quel bout prendre le problème, continua-t-elle… Alors on a pensé à la Famille Shin dont le patron à Paris était l’un de leur supporter, côté Asie.

- Tout à fait, dis-je… Tu vas vite, petite fille d’Asie.

- Je récupère vite, confirma-t-elle… Le Roshi m’a bien rodée là-dessus, réussit-elle à sourire.

- Alors il va être fait appel à des « Assassins d’Etat » et c’est ainsi que nous entrons dans la danse, si je puis me permettre ce jeu de mots, je fais… Mais le Patron de ce groupe d’Assassins à Paris a une prétention particulière en guise de paiement.

- Il a un problème particulier : le refus d’avoir un jour un occidental comme Maître… Comme certains autres chefs de groupe… Je sais, dit Yoko, raide et fière d’avoir la force de décortiquer le problème avec moi sans rien cacher.

- Il y a aussi un autre problème particulier de l’autre côté, côté Dupond…

- Qui a tant pris dans la caisse de sa nièce qu’il aimerait bien être débarrassé d’elle dans la foulée et de devenir l’héritier.

- Voilà les données… Exact sur toute la ligne, ma Belle… Mais comment faire.

- Si je peux me permettre d’exprimer une interrogation qui a toujours trotté dans ma tête depuis des mois, elle fait…

- Je t’en prie, je fais…

- C’est faire l’idiot et l’incapable de trouver une solution au problème…

- Et d’obliger le Grand Chef qui trône à l’Elysée de demander expressément le « meilleur» de la Famille Shin… et certains ont soufflé à l’oreille du Roshi que c’était moi, dis-je… Comme s’il ne le savait pas déjà sans qu’on ait besoin de lui faire le texte ! … je continue, pas prétentieux du tout.

- C’est cela qui m’a turlupiné dans ce dossier, dit Yoko… Pourquoi cet échec et incompétence de notre groupe à trouver une solution… Tout était clair et je savais où frapper et vider le sac…

- Oui, mais ton Papa tempérait toujours l’action en disant que les Temps n’étaient pas encore là et qu’il sentait anguille sous roche… Et comme c’est lui le patron de l’équipe, chacun doit suivre son intuition… et surtout sa fille adorée…Je fais.

- Exactement cela, confirma-t-elle avec un petit sourire si timide qu’on ne savait pas très bien si cela était un rictus.

- Alors « on » a dû expliquer à l’Empereur des français dans quelle merde « on » était…

- Et c’est là qu’IL a découvert les choses si cachées alors que tous ses services secrets en étaient informés et baissaient pudiquement les yeux en croyant que « tout » était protégé par « lui », via la ribambelle de hauts personnage impliqués dans le projet Dupond.

 

… Alors le gus Empereur découvrait qu’il avait une grosse épine dans le pied et qu’il ne pouvait pas compter sur ses propres services de Police qui lui cachaient tant et qui en plus se tiraient dans les pattes.

 

… Alors sur les conseils de son ami Dupond, il a fait appel au grand patron de la Famille Shin pour qu’on lui envoie quelqu’un pour nettoyer…

 

- Et Papa a bien insisté pour que ce soit toi, dit-elle, pas très bien dans ses baskets.

- Alors pour lancer la valse, il y a l’affaire des « fuites » qui ont mis la France en émoi et l’Empereur qui a promis de tout faire pour avoir la lumière sur cela…

- Oui, c’est cela… Evident, dit Yoko… Mais où le problème a-t-il dérapé ?

- A cause de moi, je fais sans prétention. On demande un tueur à la Famille… Un tueur, c’est fait pour tuer. Alors on lui présente la première cible, le Ahmed.

- Pour le tuer… Pas pour démonter ses réseaux, n’est-ce- pas ?

- Oui… Car il y avait les remplaçants déjà prévus à leurs têtes…

- Alors ?

- Alors on me donne ma première cible comme sur un plateau et j’attaque par cette faille… mais en doublant côté Dupond et cela a foutu la merde entre la nièce et le prof…

- Pourquoi as-tu fait cela ?

- Parce que j’ai senti que Sophie était une clé… Alors j’ai mis le bordel autour pour voir quelle porte ouvrait cette clé…

- Et elle ouvrait côté Dupond, n’est-ce-pas ?

Et c’est là que tu t’es méfié vraiment lorsque tu as pu constater comment il était facile de percer le sac…

- Et que l’équipe de Paris avait rendu l’éponge si facilement!... Oui, ma Belle.

 

Bref, je ne suis pas obligé de « tout » lui dire, vous en conviendrez avec moi. A chacun sa vérité.

 

- Et maintenant ? elle fait.

- On attend, je fais.

- Pourquoi ?

- Je n’ai pas terminé le travail… Je suis venu pour nettoyer le terrain et tout laisser propre pour l’Empereur… J’ai encore du pain sur la planche.

- Et Sophie ?

- Elle va appeler au secours.

- Tu vas y aller ?

- Bien sûr !

- Pourquoi ?... Tu as vu la faiblesse de cette femme devant la Vérité.

- Pour mon plaisir, je fais.

 

Elle reste un moment recroquevillée sur son fauteuil, les jambes repliées dans ses bras et le menton sur les genoux. Puis sans me regarder, elle demande :

 

- Et moi… Qu’est-ce-que je fais ?

- Tu fais la Grande… Tu te tiens droite… Et tu as du travail devant toi.

- Lequel ? toujours sans me regarder.

- Faire le nettoyage du groupe de Paris et trouver les virus.

- Tu me donnes la responsabilité du groupe, s’étonne-t-elle en levant la tête !

- Oui… Et le Roshi va te confirmer.

- Merci, dit-elle.

 

Hiro écoutait, soucieux en l’examinant.

Il voyait comme moi les failles dans le corps énergétique de la jeune japonaise qui faisait la brave au-dessus de ses moyens.

 

 

 

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