62. Yam et Bam ont besoin l’un de l’autre

 

Elle était là, au petit jour du matin suivant.

Les mots de la veille gravés dans l’Univers sont devant ses yeux. Elle en continue la lecture.

 

-Alors, le corps ?... revient-elle sur le sujet.

-Alors ?... Il est ainsi. Un jour il fait soleil, un jour il fait froid, un jour le vent rugit, un jour tu es en forme, un jour tu ne sais pas te lever de ta couche…

 

Il singe le vent qui passe entre les branches de l’arbre et qui ne regarde pas l’effet qu’il produit sur les feuilles.

 

-Et tu n’en fais pas une histoire… finit-il en rigolant.

 

Elle rit avec lui et mit ses longs cheveux noirs en mouvement avec de grands coups de tête comme le taureau furieux.

 

-Alors, qu’est-ce-que je fais ?

 

Il sourit finement, certain de son effet car il aime la provoquer ainsi.

 

-Mon fils d’avant t’a donné la réponse, dit-il… Cherche !

 

Elle joue la pièce qu’il ouvre pour elle et en bonne actrice qui a appris à connaître le metteur en scène, elle met son doigt dans la bouche et l’expose au vent, la mine soucieuse.

 

Le vieillard rit de la voir si faussement interrogative. Alors, pour parfaire le jeu, il ajoute :

 

-Et souviens-toi toujours que c’est un grand paresseux : il n’ouvre la bouche que par indispensabilité.

-Comme vous, dit-elle.

 

Heidi garda le silence des mots. Les oiseaux occupaient toujours un peu plus d’espace.

 

Puis elle sursauta comme on le ferait lorsqu’un moustique vous surprend à l’improviste et s’invite dans votre cou.

 

-Le moine « Ah bon ! »

-Oui, le moine « Ah bon ! » confirma le Maître.

 

Alors elle fit la bonne élève qui connaît bien sa leçon.

 

-Mais pour être le moine « Ah bon ! » il faut avoir touché « quelque » chose avant !... Savoir quoi regarder et respirer, dit-elle.

 

Il aimait sa manière d’être vivante et de dire ce que l’essentiel veut.

 

-Je constate avec grand plaisir que mon fils de maintenant a su mettre des graines dans ton corps, dit- il.

 

Elle fit la fière sur son coussin en regardant en l’air pour vérifier que les oiseaux tournaient bien autour d’elle.

 

Il confirma :

 

-Oui, il faut avoir touché quelque chose avant… Ou on va être un homme de seconde main qui répétera la même ritournelle que les anciens qui lui ont dit que…

 

Elle l’interrompit et rit :

 

-Et qu’il a cru !....

 

Le vieux acquiesça et il continua son rôle de Maître que Heidi lui présentait sur un plateau.

 

-Parce que l’homme aime croire qu’il y a une sécurité quelque part… Alors il est prêt à croire et suivre chacun qui va lui faire une proposition convenable qui sera validée par les évidences liées à sa structure énergétique de base, dit-il.

 

Heidi suivait les mots du Maître et son cœur ouvrait sa connaissance.

Les mots de son Ange prenaient toujours plus d’ampleur et elle les découvrait à chaque respiration dans une nouvelle dimension, sous un autre éclairage.

 

-Alors, s’il n’a pas vu et touché « quelque chose d’autre » il est parti pour le même manège, demanda-t-elle ?

 

Il sourit.

 

-Oui… Et c’est là qu’intervient le Porteur de la Force…commença-t-il.

-Et c’est là où votre fils d’avant intervient, dit-elle.

 

Il acquiesça.

 

- Oui… Les techniques d’ouverture de mémoires furent un grand espoir de mon fils d’avant, dit le Maître, dans le souci de ses mots qui portaient peine à venir de son ventre et passer par le souffle…Il avait devant ses yeux ses deux fils !

 

Elle perçut sa souffrance et sa respiration qui avait du mal à entrer dans le ventre et le pousser.

Aussi elle demanda doucement pour l’accompagner dans sa libération :

 

-Pourquoi ?

-Parce que les Porteurs de la Force sont de plus en plus rares sur cette Terre des Hommes qui leur laisse de moins en moins d’espace d’action…

 

Il respira avec peine.

 

-Bientôt, on demandera à Dieu, venu sur Terre s’il a un Diplôme lui donnant le Droit d’Exercer sa Force et de formuler son enseignement ! ricana-t-il…

 

Son souffle toucha le ventre qui se gonfla.

 

-Quel manque de sensibilité pour ne pas reconnaître lorsque l’on est devant, la Force qui Sauve !

 

Oui, quel manque de sensibilité ! Et c’est bien là que le gros problème des hommes est. Leurs décodeurs du mensonge sont castrés, pied à pied, souffle après souffle, mot après mot par cette Force manipulatrice qui dirige maintenant l’espace et leur éducation.

 

Alors cette Force se protège elle-même !... Et le moyen le plus certain est d’appauvrir cette sensibilité du corps devant le mensonge.

 

L’enfant la connaît, cette sensibilité ; il sait dire « C’est pas vrai ! »… Mais à force d’explications et de remontrances, on place son attention dans autre chose… et l’énergie va où l’attention est !

 

Alors de proche en proche, c’est le déclin de cette possibilité de libération que l’homme a en lui à sa naissance.

Et ensuite il ne sait plus reconnaître le mensonge.

Et ensuite, ce qui est encore plus grave, il ne sait plus reconnaître ce qui est vrai !

 

Ces mots coulent dans le cœur du vieillard et se déversent dans le corps de la jeune femme en face de lui pour laquelle il a souci.

 

-Alors, il a pensé aux techniques des mémoires, demanda Heidi ?

-Oui… C’est une manière de sauter par-dessus le mur du mensonge, c’est-à-dire de sa prison, et de voir en direct la réalité des actions des hommes sur soi et le conditionnement qui s’en est suivi… Car si on ne croit pas en ce que l’on voit en direct sans drogue et intermédiaire, Que et Qui croire ?

 

Oui ?... Qui croire si ce que l’on découvre par soi-même n’est pas cru !

Alors il faudra encore revenir vers un de ceux qui disent porter la Vérité de l’Univers et se courber devant eux, parce qu’ils auront une tradition derrière eux qui est une des origines du mensonge premier… Et ainsi la boucle est toujours recommencée parce qu’il y aura toujours une tradition qui se lève et qui prendra le pouvoir.

 

-Alors votre fils d’avant avait un grand espoir dans ces découvertes que l’on fait par soi-même, n’est-ce-pas ?

 

Elle croyait faire un plaisir au vieillard en disant ces mots, mais le vieux devant elle devint triste.

 

-Oui… Mais il était encore un enfant avec les Hommes… Il avait trop de Ciel en lui !… Alors il ne savait pas que l’Homme est plus attaché à sa sécurité qu’à la Vérité…

 

Elle comprenait. Elle pouvait continuer pour lui, mais c’est lui qui reprit le souffle des mots dits car il avait besoin de vider son sac.

 

-L’homme sait s’arranger avec les vérités relatives… mais il ne sait pas supporter l’insécurité.

 

Le vieux eut besoin du silence des mots pour reprendre contact intime avec lui.

Pour lui laisser le temps à ses nouveaux mots, elle dit doucement :

 

-Mon Ange disait que l’homme préfère la certitude de la mort à l’insécurité de la vie, rappelle-t-elle.

 

Le Roshi sortit lentement de sa vision des temps avant.

 

-Oui… Mon fils d’avant était encore un enfant !... Il croyait que chacun était comme lui : à sauter sur la Vie Vraie et se rassasier de la Vérité qui nourrit chacune des fibres du corps dans un bonheur sans fin.

 

Elle le laissa reprendre son souffle et porta attention à ce que le sien ne le dérange pas. Elle poussa doucement dans son ventre avec la lenteur de la vache qui rumine.

 

Puis il continua à vider son sac.

 

- Il ne savait pas encore… Non ! Il voulait continuer à croire que l’Homme veut se sortir de la prison émotionnelle qu’il a lui même construite… Il voulait croire cela ! … Car sans cela, pourquoi rester sur la terre à aider les hommes ?… et attendre un être qui peut être « voudra sauter »… mais cela sera encore un mensonge lorsque celui-là sera acculé à son mur : sauter dans l’inconnu de sa mémoire ou revenir dans la sécurité du terrain qu’il a parcouru avant et qu’il a appris à mieux connaître ?

 

Heidi prit le temps que le Maître laissait devant lui. Elle comprit que le choix au moment décisif sera orienté vers la sécurité.

 

Alors elle dit tristement :

 

-Et celui-là devient un maître spirituel, car il connaît mieux que les autres ces territoires dangereux, n’est-ce-pas ?

 

Le Roshi laissa encore le temps prendre son temps… Il voyait le désespoir dans les yeux de son fils après l’échec de ses tentatives ?

 

-Oui… pourquoi rester quant cette flamme est éteinte ?

 

Heidi l’aida de ses mots à elle.

 

-Alors il mit en place ces techniques ?

-Non, elles existaient déjà sur la terre des hommes… Les Empereurs chinois les utilisaient lorsqu’il fallait prendre une décision importante pour l’Empire.

-Il les a améliorées ?

-Oui… Afin de n’utiliser aucune drogue et aucune magie… Que la personne puise être en état normal de lucidité.

 

Elle fut surprise de cette réponse car elle avait entendu parler de ces techniques qui peuvent provoquer une grande perturbation sur l’esprit qui n’est pas préparé à les recevoir et surtout du décalage qu’il va y avoir entre la vision et la réalité de la vie ordinaire.

 

-Mais comment il a fait ?

-Simple… Il savait, dans sa connaissance du Yam Majeur, que le corps énergétique de l’homme est en modification depuis une centaine d’années… Ce sont maintenant les points de communication qui sont les plus importants… Alors il les a utilisés, et au principal ceux de chaque côté des seins et du cou.

 

Heidi ralentit le vieillard. Elle savait que les mots sortis de lui étaient souffrance. Alors elle chercha à le soulager.

 

-Votre fils de maintenant m’a dit des mots au sujet de cette transformation du système énergétique de l’homme… Avant, c’étaient bien ceux de la foi qui étaient les principaux ? demanda-t-elle.

-Oui… Mais c’est modifié selon la loi karmique de cause à effets, dit le Maître.

-Pourquoi ?

 

La question était importante et elle demanda au Maître de revenir dans son souffle du Silence.

 

Puis il dit :

 

-Il y a une compensation systématique dans l’Univers. Rien ne peut prendre définitivement le pouvoir. Alors, lorsque quelque chose se créé, son contrôleur est créé en même temps, en un germe, qui attendra son heure pour se développer si l’espace est là pour cela…

 

Elle suivait cela.

 

-Et dans la logique de ce mouvement ?

-Dans cette logique ?... Lorsque l’homme devenu si Bam pollué en séparation avec le mouvement normal de la Création, a trop utilisé les Forces de la Foi pour aliéner l’Homme et non pas pour le faire grandir comme cela était la promesse initiale, il y a eu le développement automatique des points pouvant contrôler ceux de la foi, c’est à dire ceux de la communication… avec les autres et avec soi-même… C’est ainsi que l’homme se modifie selon la loi de la Cause et de l’Effet.

 

La jeune femme prit encore le temps comme support au souffle pour permettre au vieillard de se reprendre.

Elle surveillait la fatigue du vieil homme qui avait la bonté de s’occuper d’elle, alors que la désespérance émanait de toutes les fibres de son corps.

 

-Mon Ange disait que les méthodes spirituelles actuelles sont obsolètes… J’ai appris ce mot de lui, dit-elle très fière !

-Oui, elles sont inefficaces car elles se servent de la Foi comme support… Mais l’homme aime tant la sécurité du passé ! dit le Maître.

 

Les oiseaux reprirent le droit de l’espace. Ils ont aimé tous les deux entendre leurs efforts à la vie.

 

-Mais il a échoué ! dit-elle tristement.

-Oui, il a échoué, dit le Maître… Pourtant il a mis tout son enthousiasme à enthousiasmer les hommes à toucher et vivre leur Perfection Originelle !

-Sur quoi a-t-il buté ?

-Sur la structure énergétique… Cette structure définit les évidences de satisfaction, de plaisir et de confort, comme tu le sais déjà…

-Oui.

-Ils ont donc tout ramené à ces évidences et se sont installés dans l’évidence de satisfaction de leur espace d’évidence initial… sans vouloir toucher la structure qui avait mis en place ce système de références…

 

Il avait peine à continuer.

 

- Et lorsque le système de références est validé par le plus grand nombre, les Religions organisées comme les professionnels « médicaux » de nos sciences modernes, ils ont trouvé là le support à dire « Je ne suis pas demandeur du reste ».

-C’est ce que votre fils d’avant dit lorsqu’il parle de ceux qui disent : « Non, Merci ! »

 

Il leva les yeux vers elle. Cette formule de son fils faisait resurgir une profonde souffrance. Heidi fut peinée de la réveiller avec ses mots qui lui semblaient si anodins.

 

-Oui, c’est une formule qui se développe de plus en plus ces temps-ci, dit le vieillard.

-Pourquoi ?

 

Il eut besoin d’aller de nouveau dans le Silence qui anime tout pour toucher la souffrance de cette Dimension et la dire devant les hommes.

 

-Parce que ces mots provoquent et blessent la Dignité du Yam… et le Bam se nourrit de la souffrance occasionnée sur le Yam…

 

Ses yeux disaient qu’elle ne percevait pas cela dans son corps.

 

Alors il ajouta :

 

-Regarde bien ceux qui emploient ces mots-là : ils respirent le contentement et la certitude… Ils se nourrissent par l’intermédiaire de la première loi en énergie fondamentale.

 

Elle continua son interrogation.

 

-Mais pourquoi ces mots sont si souffrance pour la Dignité ?

 

Il ferma les yeux sur lui et il dit doucement.

 

-Parce qu’il n’y a que deux mots !… Et que ces deux mots sortent du souffle en expiration, comme une projection de boulets de canon… Dis ces mots et vérifie en toi.

 

Heidi répéta ces mots, les répéta, les répéta sous toutes les intonations… Puis l’eau coula sur ses joues glacées.

 

-Quelle violence il y a en eux ! suffoqua-t-elle.

-Oui… Et quand il faut tant d’efforts pour montrer, faire voir, faire sentir, enthousiasmer … c’est-à-dire ouvrir toutes les vulnérabilités de son être car sans cela on est insensible… ces deux seuls mots jetés dans l’expiration sont d’une violence colossale et blessent profondément l’enthousiasme de la Vraie Vie. Ils ferment la porte à la communication… Et ceux-là, qui les disent, se nourrissent de cette douleur et en sont contents car ils cherchent à faire souffrir et c’est leur plaisir.

 

Il eut besoin de reprendre son souffle pour achever :

 

-Ils ferment la porte à ce qui est le plus beau et le plus vivant dans le corps énergétique de l’homme de maintenant : sa capacité à la communication.

 

Puis il termina :

 

-Ceux-là sont des tueurs !... Mais qu’ils sont si contents de tuer !... Triste karma…

 

Heidi comprit la souffrance du Maître à travers celle du Yam. Ils ont tous les deux la même espérance à faire vivre l’homme dans sa Dignité.

 

-Alors, c’est la fin du combat, n’est-ce-pas, demanda-t-elle.

-Oui, c’est la fin de la communication entre le Yam et le Bam…

… Mais le Bam ne prononce ces mots que lorsqu’il a reçu du Yam ce qu’il voulait… Jamais avant !

 

Elle interrogea :

 

-Il ne ferme la porte que lorsqu’il est servi et organise son nouvel espace de vie avec ce qui lui fut donné ?

-Non, avec ce qu’il a volé… dit le Maître

-Volé ?

 

Elle était surprise de ces mots. Alors le Maître chercha les siens afin de pouvoir communiquer avec son cœur à elle.

 

-Pourquoi le Yam aide-t-il le Bam ?... Parce que le Bam dit au Yam qu’il veut revenir aux vibrations originelles du Bam Majeur, ce qui existait avant la séparation...

-Oui, je comprends cela, dit-elle.

-Mais lorsque le Bam dit « Non, Merci ! » il montre alors qu’il n’avait pas l’intention de faire vivre cette Dimension… C’est un abus… C’est le vol de l’aide que Yam a pu donner !

 

Alors elle comprend et continue pour le soulager de ses mots.

 

-Et le Bam continue sa vie et se sert des fruits donnés par Yam comme support, n’est-ce-pas, dit-elle ?

 

Il acquiesça.

 

-Oui… C’est à ce moment que le Yam peut dire au Bam : « Ah ! tu dis enfin ton vrai nom : voleur ! »

-Mais il ne le savait pas avant ?

 

Il laissa son souffle revenir.

 

-Oui… Il le savait… Car cela est l’état du Bam actuel… Menteur et voleur… Mais il y a toujours un espoir car les deux Forces sont dans le corps de l’Humain… Il a toujours l’espoir qu’à la dernière limite une transformation sera.

-Alors Yam va jusqu’à l’extrême ?

-Il doit aller jusqu’à l’extrême ! égrena le Maître avec des mots forts sortant de sa gorge… Il doit !

-Mais pourquoi ne peut-il pas arrêter avant ? demanda Heidi.

-Mais parce qu’il a besoin de la matière du Bam Majeur !... Tu ne l’as pas encore compris ? dit le Maître en colère une nouvelle fois.

 

Ces mots sont une révélation pour la jeune femme.

 

-Alors c’est un échange ! dit-elle.

-C’est un échange « maintenant », dit-il.

-Maintenant ?

-Oui, car maintenant, l’espace donné au Yam dans le Bam est si restreint que le Yam devrait presque implorer le Bam de bien vouloir lui donner un peu de matière à vivre ! éructa le Roshi…

 

Il eut encore besoin du vent en lui pour continuer.

 

-Maintenant, c’est le monde à l’envers !... Il faudrait que Dieu implore d’être servi sur la terre des hommes et les remercie !... D’ailleurs…

-

Il prit le silence de la vallée avec lui.

C’est elle qui le relança :

 

-D’ailleurs ?

 

Alors il revint devant elle. Ses yeux portaient la douleur de l’Univers humilié.

 

-D’ailleurs il y a une sentence qui se répand partout, dans toutes les traditions, dit le Maître, rêveur.

 

Elle tendit son cœur vers lui, mais une fois encore il était parti.

Alors elle le ramena doucement avec son souffle à elle :

 

-Laquelle ?

 

Il remit ses yeux dans ses yeux à elle.

 

-Cette sentence dit : « La Terre utilise le Ciel comme elle le veut et de la manière qu’elle le veut… Elle le remercie aussi comme elle le veut »…

 

Puis il continua dans un autre souffle :

 

-C’est la phrase de beaucoup de ces Maîtres Spirituels qui fleurissent partout ! dit-il, toujours le regard rêveur perdu par dessus les crêtes… Et puis, ces mots rassurent chacun… Ils n’ont aucune responsabilité dans le futur de l’Univers !… Dieu est partout et il « doit » donner « tout » et si quelque chose ne se déroule pas bien, c’est de sa responsabilité.

Le Père est là et il doit assurer le devenir harmonieux de chacun qui n’est soucieux que de trouver une place confortable dans cet état actuel de l’Univers.

 

Elle comprenait.

 

-Alors, c’est la Terre qui domine ?

-Oui, c’est elle qui domine maintenant et donne ses directives, confirma le Maître.

 

Puis il partit de nouveau. Elle ne savait plus si elle devait le ramener.

Elle tenta un dernier effort.

 

-Alors ? demanda-t-elle dans un souffle à peine perceptible.

 

Ce fut comme un rêve qui se rompt et ses yeux à lui dirent le reproche.

Mais il murmura, car il est le Maître et le Maître doit aller au bout de lui-même pour ceux qui le suivent… Tel est l’Ordre de la Création… Ou alors il doit cesser d’être le Maître et il devra alors détruire sa structure pour se libérer des ses obligations.

 

Le Roshi continuait à être le Maître pour elle. Alors ces mots sortirent de sa gorge et elle dut se pencher pour les recueillir.

 

-Alors… Il y a la venue de mon fils de maintenant… Pour nous montrer comment ne jamais nous réincarner dans le Monde des Hommes devenu fou.

 

Il était le temps pour elle de partir… Le vieil homme devait rester avec lui et ses deux fils.

 

Il ne la vit pas s’incliner et sortir en glissant doucement sur le bois du parquet.

 

Ses yeux étaient ailleurs.

 

 

 

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