63.  Le Dernier des Yam

 

Le matin du lendemain vint avec sa froidure. Heidi trouva le vieillard emmitouflé dans une chaude couverture qui le couvrait du cou aux reins, assis sur son siège de méditation. Il devait être ainsi depuis un long temps car la bougie devant lui était encore allumée.

 

Les mots coulaient librement du Grand Livre de l’Univers ; la page était ouverte ; il suffisait de suivre les mots.

 

Alors elle dit :

 

- Donc, de partir ?

 

Ces mots remirent le mouvement en action et le Maître sembla se réveiller d’un long sommeil.

 

- Oui, d’abord du Monde des Hommes qui sont maintenant perdus dans leur propre création… Puis encore après…

 

Sa voix avait peine à dire les mots.

 

- Après ?

- Il y a encore plus loin que cet Univers constitué du Yam et du Bam… Il y a plus loin, dit-il avec des mots lents, les yeux par-dessus les crêtes.

- Il y a ?… dit Heidi le poussant à libérer les mots de son cœur.

- Il y a « Rien »… et encore au-delà…

- Et au-delà ?

- Il y a le « Chaos » originel, dit-il…

 

Il était fatigué. Ses yeux se fermaient sur lui.

 

Elle devait revenir plus tard.

Heidi s’inclina et sortit à petits pas, sans bruit.

 

- Reste, dit-il.

 

Elle vint de nouveau sur son coussin. Il ne disait rien.

Elle respecta le silence et la respiration du vieil homme.

 

C’est lui qui dit : « Tu viens aussi car tu veux connaître plus de ce Combat dans l’Univers, n’est-ce-pas ? »

 

- Oui, dit-elle… Ma nuit fut intense… Je constate que je ne maîtrise pas suffisamment les données internes de ce combat.

 

Le Roshi entra la respiration dans son ventre… Les mots devaient sortir de là, pas de la tête pleine à craquer des explications archivées…

 

- Il faut savoir au départ que cet univers est constitué de deux Forces, dit-il… L’une est l’Intelligence primordiale qu’on appelle Yam… L’autre est la matière primordiale qu’on appelle Bam…

 

Il prit de nouvelles respirations pour continuer dans le secret de la Connaissance de l’Univers, et pas à travers sa connaissance à lui.

 

- Tu n’as pas encore assez de profondeur de Vue pour comprendre pourquoi ces deux Forces sont ensemble… et quel est le détonateur de leur création mutuelle… car nous sommes là dans un Espace créé, dit-il…

 

Il soupira :

 

- Aussi il te faut accepter la confiance en ce que je te dis qui est simplement : deux Puissances fabriquent cet Univers… Yam et Bam.

 

Il laissa les oiseaux ouvrir le gosier et quelques sons timides occupèrent un peu d’espace.

 

- Ces deux Puissances sont liées pour créer… Créer tout !... Yam qui est Intelligence, et donc Connaissance Instantanée, agit sur Bam qui est matière… Et c’est ainsi que l’Univers s’active et agit selon l’Ordre Fondamental.

 

- Cela je le sais, dit Heidi.

 

Il reprit son souffle rêche.

 

- Tu sais aussi que cette Ordonnance fut rompue lorsque Bam réussit à se séparer de cet Ordre, dit-il.

 

Elle acquiesça

 

-Oui… Il y a eu progressivement une indépendance de sa propre intelligence, pour ensuite trouver les moyens pratiques de la rupture qui furent la séparation des sexes, dit-elle… Votre fils de maintenant m’a fait voir tout cela.

 

Il sourit. Cela lui faisait gagner du temps et il pouvait aller à l’essentiel.

 

- Alors, tu sais que l’intelligence de Bam a commencé à agir sur Bam… plus que l’Intelligence du Yam ?

- Oui, je sais cela.

 

Il la regarda étonné.

 

- Alors pourquoi tu me poses cette question ?.... Car la réponse est évidente lorsque tu connais les cartes qui sont sur la table… dit-il interrogateur.

- Parce que je ne comprends pas pourquoi Yam a continué à aider Bam qui faisait son jeu personnel contraire à l’Ordre et l’Intelligence de la Création… dit-elle.

 

Il prit le temps de mûrir ces mots en son cœur de Maître.

 

- Ah !... C’est là l’impasse dans ta compréhension, dit-il surpris.

- Oui.

- Je croyais que mon fils t’avait introduite à cet autre Grand Secret de l’Univers, dit-il, étonné.

- S’il l’a fait… alors je ne l’ai pas compris, dit-elle.

 

Le Roshi reprit ses respirations profondes et garda les yeux fermés… Puis il dit :

 

- Le détonateur originel à la création de cet Univers est la jouissance, dit-il avec des mots lents qui se gravaient dans le front de la jeune femme.

 

La brûlure de ces mots la fit sursauter.

 

- Vous voulez dire que la « Jouissance » est inscrite dans la totalité de cet univers ? dit-elle suffoquée.

 

Il acquiesça

 

- Oui.

 

La jeune femme n’avait plus de point d’appui et son cœur s’emballa.

 

- Mais je croyais que la jouissance n’était que dans le Bam et que c’est elle le « Démon » !

 

Il sourit.

 

- Non… La jouissance est le dénominateur commun entre Yam et Bam.

 

Elle demanda dans la gravité de son cœur que le cerveau ne pouvait pas suivre :

 

- Et c’est le lien entre les deux ?

 

Il soupira.

 

- Oui… C’est le lien… Tu as un bon mot… Tu sais, c’est comme certaines colles étrangères à deux composantes…

 

Elle le coupa, attentive à ne pas rompre ce fil de la connaissance qui se constituait en son cœur.

 

- Oui, je comprends… Alors les deux Puissances ont la même destination, dit-elle : la jouissance !… Et pourquoi ?

- On n’est jamais seul, dit le Maître… Tu le sais bien !

 

Elle réfléchit et les oiseaux tentèrent de prendre l’espace, mais il faisait si froid !

 

- Oui, je sais cela… Vous voulez dire qu’il y a « un récupérateur » à cette énergie produite par la jouissance dans cet univers ? demanda-t-elle, étonnée des mots qui passaient ses lèvres car il ne lui semblait pas que ce soit elle qui parle.

 

C’est lui maintenant qui est étonné d’elle.

 

- Oui… Mais tu n’as pas encore un corps capable de capter les radiations de cet « autre » Univers… Alors restons avec ta question, dit le Maître.

 

Le temps gagna du temps et permit à la jeune femme de reprendre le contrôle de son cerveau raisonné dont elle avait besoin maintenant pour suivre les mots du Maître.

 

- Je crois tenir un début de piste et je vais la suivre, dit- elle… La Jouissance comme point commun entre le Yam et le Bam !

- Oui, dit le Maître.

- Alors ils sont tous les deux à la recherche de « leur » jouissance, n’est-ce-pas ?

- Tu comprends fort bien, dit-il.

 

Elle eut besoin encore d’un peu de temps.

 

- Mais le Bam peut se dissocier du Yam avec sa propre intelligence qu’il développe de plus en plus… Mais le Yam ne peut rien développer par lui-même car il n’est pas matière… n’est-ce-pas ?

- Oui.

- Alors il a besoin de la matière du Bam pour agir et « jouir », continua-t-elle sur sa lancée.

- Oui.

 

De nouveau le silence fut le compagnon de sa réflexion.

 

- Alors il pousse Bam à « le » faire jouir ! n’est-ce-pas ?

- Oui.

 

Cette confirmation du Maître ouvrait les portes de sa compréhension.

 

- Mais Bam résiste… et se jouit encore plus de cette souffrance qu’il occasionne à Yam.

- Oui.

 

Maintenant elle était certaine d’elle et des ses rêves et de se visions et de… Enfin !

 

- Ainsi Bam se jouit deux fois… Par sa propre intelligence à créer sur sa propre volonté … et par la souffrance du Yam.

- Oui.

 

Heidi prit le temps de calmer son souffle qui heurtait ses côtes sous les lourdes robes doubles.

 

Puis elle demanda :

 

- Mais pourquoi Bam continue-t-il d’avoir besoin de Yam, puisque son jeu personnel est si bien rodé et toujours en évolution.

- Car c’est l’impulsion du Yam qui permet à Bam de se mettre en mouvement, dit-il.

- Là, je ne comprends plus.

 

Le vieillard se recueillit afin de trouver les mots justes pour la jeune femme.

 

- C’est une question de vibration… Celle de Yam est fine et légère… Celle de Bam est lourde.

- Alors ?

- Alors il faut que ce soit Yam qui lance l’impulsion première afin que l’énergie de Bam puisse remuer assez rapidement pour créer une œuvre de qualité.

- Vous voulez dire que Bam tout seul serait pesant et stagnerait bas ?

- Oui, c’est cela, confirma le Maître… Sans l’impulse de départ par Yam, Bam va tourner en rond dans son propre système horizontal et ne sera capable de créer « autre chose » que dans le cadre de ses références basiques.

 

Les mots suivaient leur cadence dans son cerveau et elle dit :

 

- C’est ce qui se passe pour beaucoup de découvertes actuelles, n’est-ce-pas ?

- Oui… Elles étendent le champ de la connaissance dans le même étage… mais elles ne changent pas d’étage, confirma-t-il.

 

Alors, elle eut encore besoin du temps chronologique.

 

- Donc, sans le Yam, Bam stagne ?

 

Il confirma.

 

- Oui… Et Bam le sait… Alors il fait toujours la promesse à Yam qu’un jour !… lorsqu’il sera prêt !… il reviendra dans le mouvement originel où il était la matière permettant à Yam d’œuvrer et agir… Une promesse dans le futur… Toujours et toujours repoussée plus loin… dit-il tristement.

 

La respiration de Heidi prit le temps à témoin.

 

- Et c’est pour cela que vous disiez que Yam est obligé de donner et donner et encore donner jusqu’à l’extrême limite dans l’espoir que cette promesse soit tenue, demanda-t-elle.

- Oui… Et ce fut l’espoir de mon fils d’avant et son engagement.

- Jusqu’à sa mort !

- Oui… Jusqu’à ce qu’il se soit donné complètement, dit le Maître.

- Alors il fut tué !

- Non… Il s’est laissé tuer, dit le Maître en tristesse…

- Je ne comprends pas ?

 

Il revint dans le rythme du passé si lointain dans sa mémoire.

 

- Il n’avait plus d’espoir… Il avait poussé jusqu’aux limites extrêmes cette interrogation : quelles sont les limites de l’amour pour changer un être ? »

- Je le savais bien !... Je l’ai même dit à Tong ! cria-t-elle.

- Quoi ?

- Que cette sentence serait le sous-titre du Livre qui porte le titre « Celle qui l’a tué »

- C’est cela, dit-il, étonné de la clairvoyance de la jeune femme.

 

Le Maître n’avait plus de sons sortant de son ventre. La jeune femme ne se sentait pas rassasiée. Aussi elle demanda :

 

- Quelle structure avait « celle qui l’a tué » ?

- Tantrique, dit-il… La plus difficile...

- Pourquoi ?

- C’est celle qui peut mentir le plus au Yam.

- Pourquoi ?

- Elle est une reproduction presque parfaite du Yam… Une copie par le Bam pollué… Puisque tu sais maintenant que c’est ce Bam pollué qui est le créateur des structures, dit-il.

 

Elle réfléchit.

 

- Donc une copie presque parfaite qui peut donner l’espoir au Yam que cet être acceptera de rejouer le jeu originel ? demanda-t-elle.

 

Il acquiesça .

 

- Plus que le jouer… Elle a aussi des capacités exceptionnelles de perception et d’action, dit-il.

- Donc elle peut être un partenaire extraordinaire, dit- elle.

- Oui, confirma-t-il… Exceptionnel !

 

Heidi continua de rentrer en son cœur et elle dit :

 

- C’est pour cela que le Yam Majeur s’investit tant pour les personnes ayant cette structure ?

- Oui… Si cette structure peut éclater… et entrer de nouveau en harmonie avec le Yam Majeur dans la matière du Bam Majeur originel…. le Bam pollué a une bombe qui éclate en lui et tout le mécanisme de formation des structures peut être mis à mal, confirma le Maître.

 

Elle reprit le rythme de sa pensée qui s’entrechoquait dans sa tête.

 

- Et c’est là où on touche une fois de plus le « Combat dans cet Univers » ?.... demande-t-elle.

 

Elle avait enfin terminé la boucle qui courait dans sa tête depuis si longtemps… Même du temps de son frère.

 

C’est aussi le cœur soulagé qu’elle entendit le Maître :

 

- Oui… C’est une grande partie du combat essentiel entre Bam et Yam… confirma-t-il… Mais Bam se défend très bien !

- Comment ?

- Il empêche cet être de redonner la Force à Yam, que le Yam lui communique, dit le Maître.

- Alors, il n’y a jamais de retour ?

- Non… Et un moment, le Yam doit cesser de donner car cette Force n’est pas la sienne et il a le devoir de la respecter et ne pas la verser au ruisseau.

 

Heidi était de plus en plus éveillée.

 

- C’est ce qui s’est passé avec cette femme ?

- Oui… Mon fils a dû cesser… Mais en fait, elle l’a forcé à cesser ?

- Comment ?

- En exigeant toujours plus d’aide pour « agir pour le Yam »… mais en faisant en sorte de ne jamais renvoyer le fruit au Yam… avec une régularité et une constante qui ne pouvait que provoquer la rupture, dit-il… car il est alors évident que cette attitude est volontaire.

 

Heidi revint en elle.

 

- C’est ainsi que ces copies du Yam pratiquent ?

 

Le Maître prit aussi le temps de dire, car cette question était trop générale.

 

- Oui… Elles ne prennent jamais une décision par elles- mêmes… Elles forcent une décision et ensuite elles se disent des victimes… et demandent des réparations.

- Et quelle réparation elle a demandée ?

- Elle a gardé beaucoup d’argent qu’il lui avait confié dans l’attente d’une autre action qui l’attendait.

- Elle n’a pas voulu le redonner… Elle a volé ! s’offusqua Heidi.

- Pas pour elle !... Ce n’est pas un vol… C’est une compensation du temps d’elle qu’elle a donné au Yam… Elle a d’ailleurs fait écrire par sa mère…

- Ah !... En plus elle a une mère qui la contrôle !

- Oui… Qui la contrôle et qui écrivait ses lettres d’amour lorsqu’elle était ado… Alors elle a fait écrire par elle à mon fils que « Il n’a vraiment pas de Ciel et de cœur en lui pour ne pas comprendre que « sa » fille a besoin de « son » argent pour faire « son » œuvre »…

 

Heidi rua sur son coussin.

 

- Mais c’est odieux !

- Mais non !... Normal pour un Bam !... Une réponse parfaite !...

- Parfaite ?

 

Le Roshi rit de la voir si agitée.

 

- Un Bam est un voleur… et pour voler il faut d’abord être un menteur… Tu devrais le savoir !...

 

Alors c’est elle qui termina :

 

- Donc c’est une réponse de confirmation de leur structure Bam qui se défend contre le Yam !

- Oui.

 

Elle reprit la tranquillité de son souffle.

 

- Ce Yam qui pourrait les changer !

 

Il rit de nouveau :

 

- Mais elles ne veulent pas être changées… As-tu bien compris le combat de mon fils avec Sophie ?... Le plus puissant est la structure… plus puissante que l’Amour.

 

Elle acquiesça.

 

- Mon Ange disait qu’il avait souvent le Diable en face de lui et que le Diable rigolait… Il lui disait que mon Ange était le plus fort… qu’il pouvait le soumettre, lui, le Diable, lorsque mon Ange avançait…

Mais que lui, le Diable, il soumettait les hommes car il les tenait bien par les réflexes de contentement de leur structure… Et qu’en final, c’est toujours lui qui gagne!

 

Et il termina dans un soupir.

 

- Alors tout est bien ainsi… Chacun est à sa juste place pour le jeu karmique… Elle ne pouvait pas faire autrement.

- Pourquoi ?

 

Le Roshi continua son sourire.

 

- Elle ne pouvait pas entrer dans la Dimension de mon fils car elle était une copie… Et qu’elle se croyait supérieure à lui… C’est le lot des copies de haut niveau…Elles se croient plus fortes que le Maître qui les a révélées à elles-mêmes… Normal !... Et rien d’extraordinaire à cela !

 

Heidi laissa les mots glisser dans son cœur qui devint douloureux.

 

- Alors, elle l’a tué !

- Mais non… Pas elle !...

- Pas elle ?

- Ces structures de si bonne copie du Yam sont très sérieuses, très propres, très sereines face aux autres… Elles ne comprennent jamais ce qui arrive !… font les imbéciles devant les événements !…

… et elles restent dans leur sérénité qui émerveille…

- Elles poussent alors les autres à faire ce qu’elles voudraient ? demande Heidi.

- Elles n’ont même pas besoin de pousser… Elles sont si sérieuses et sereines !… Elles attirent la compassion… et l’autre fait « de lui-même »…

 

Il la regarda, pas content.

 

- Mais tu as déjà reçu les enseignements qui détaillent les possibilités énergétiques d’amener l’autre à faire, alors que l’on est le directeur de l’action.

 

Elle acquiesça .

 

- Et votre fils s’est fait tuer!

- Non… Il s’est laissé tuer.

- Mais pourquoi ?

- Il avait tant donné à cette femme… Car pour une telle structure il faut donner à trois cent cinquante pour cent pour provoquer une déchirure dans son système de référence…

Alors il était fatigué et il a perdu l’espoir de changer le Bam… Il n’a plus cru en cette possibilité.

 

Il resta avec la respiration en suspens et il continua :

 

- Il avait perçu les limites de l’ouverture des mémoires et il perdait l’espoir… Tu as senti avec Sophie ?

 

Elle reconnut que ce qu’il disait était la vérité profonde de l’homme et son refus profond à la délivrance.

 

- Alors il a laissé faire ?

- Oui… Il a laissé faire et ne s’est pas défendu… C’est si facile d’accuser un Yam Majeur !

- Pourquoi ?

- Parce qu’il doit prendre des risques énormes pour changer une structure… Il doit engager l’autre dans des opérations chocs pour fractionner le mur de la protection… Vois les essais de mon fils avec Sophie, alors qu’elle a une structure basique.

- Alors ?

- Alors ?... Pour les autres, il est un fou… Un fou de Dieu… un fou de la Vérité… mais un fou tout de même…

- Et l’autre est si sérieux, n’est-ce-pas !

- Et si humble !... confirma-t-il… Tout un jeu bien rodé dans le Bam.

- Et reconnu comme vrai par tous, n’est-ce-pas ?

 

Heidi portait sa peine. Elle voulait maintenant vider la peine dans le cœur du vieillard ; alors elle le poussa à vider le sac.

 

- Où se passait l’action ?

- Mais dans le pays le plus sécurisé du monde !

- Lequel ?

- Mais la Suisse !.... Là, elle a pu recevoir tous les supports pour justifier son refus et son action… Elle est si sérieuse et il est si fou !...

- Et cette femme était âgée?

- Non… Vers trente cinq ans… C’était une espérance pour lui.

- Et elle porte un nom ?

- Anne.

 

Le vieux avait les larmes qui lui venaient, mais il ne voulait pas les faire connaître à la jeune fille. Son fils d’avant était devant lui, avec sa peine et sa souffrance !

 

- Et c’est moi qui l’ai poussé à continuer !

 

Heidi ne suivait plus.

 

- Ce fut comme Sophie… Il eut un jour la sensation d’un Yam Majeur en elle… Puis jamais plus rien… Mais au contraire des attitudes de Bam mille fois répétées… Alors il se méfiait.

- Alors, fait-elle ?

- Il voulait cesser le travail avec elle.

- Et c’est vous qui l’avez poussé à continuer ?

- Oui… L’enjeu était de taille… Modifier un Yam copié!

- Et ?

- Il est allé trop loin… Car il avait confiance en moi !

 

Les yeux se remplirent de ce que l’homme ordinaire appelle des larmes ; mais ce ne sont qu’une sensibilité du cœur.

 

Heidi revint vers lui.

 

- Et que fait-elle maintenant ?

- Mais … Thérapeute énergétique !... C’est évident !... Il faut bien qu’elle utilise toutes les possibilités que mon fils avaient développées en elle, dit-il étonné de la question.

- Et quel genre de thérapeute, demande-t-elle ?

- Oh !.... Elle a « redécouvert » le grand secret de l’Univers, commença-t-il à rigoler.

- C’est-à-dire ?

- Mais « Le Bonheur dans la réunion du Cœur, de l’Esprit et du Corps » !... Le Bam parfait !

 

Heidi éclata de rire et ne put retenir ses larmes. Elle se tenait les côtes !

La montagne lui donna la répartie et gronda dans les crêtes dont un pan de glace glissa…

 

Le bruit fut prodigieux et les éléments déchaînés donnaient la mesure du rire de la jeune femme et du vieillard.

 

Les murs du monastère vibrèrent.

 

 

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