Les structures secondaires

 

Porteur de la parole

 

 

Le porteur de la parole est celui qui porte la parole, le son. Sur le plan religieux, le porteur de la parole peut être considéré comme un prêtre ou comme le missionnaire qui se promène de village en village et qui parle. Ce n'est pas tout simplement parler, mais c'est avoir une structure qui permet d'émettre des sons qui vont provoquer quelque chose dans l'intention, dans la vibration, dans la résonance de l'autre.

C'est aussi le théâtre, le comédien. C'est celui qui va agir avec la parole, avec le son et donc avec toutes les modulations du son. La maîtrise de la parole, c'est la maîtrise de la vibration du son. Mais entre deux sons, il y a le silence, alors c'est aussi la maîtrise du silence.

 

Le porteur de la parole est le porteur du son, du son germe, de la phrase germe, du mot qui percute et résonne en l'autre. Il ne l'exprime pas de n'importe quelle manière. Il l'articule avec une vibration de la gorge, de la langue, des poumons. Il s’aide de l'environnement, qui est de l'air, du vent, une musique et au-delà de tout ça, c'est un artiste du silence. Et c'est à travers le silence dans une phrase, dans un mot qu’il retient l'attention, qu'il retient la respiration de l'auditeur. Et quand l'autre retient sa respiration, c'est-à-dire qu'il est en inspiration, il inspire la matière énergétique, l’espace énergétique que le diseur de mots est en train de constituer pour lui puisque les mots sont un espace vibratoire.

 

Alors, par essence même c’est le conteur, celui qui raconte les contes, celui qui fabrique les contes. Le conte touche un rêve, une espérance de vie, il va au-delà de la Terre. Ce n'est pas seulement raconter une histoire, c’est faire rêver. On va dans un virtuel et on essaye de donner à ce virtuel une compacité, une matière qui enthousiasme, épanouit, dilate. Ce mécanisme virtuel, cette création d'espace virtuel tente de mettre en vibration une matière à l'intérieur du corps.

 

L’accompagnant doit faut faire très attention à cette structure parce qu’elle porte un rêve, une illusion qui peut faire croire qu'elle est intéressée par le Ciel. Mais il est également possible que ce qui l’intéresse est de faire vibrer le Ciel afin de récupérer cette énergie et de la retransmettre en nourriture au Treillis. Ces gens-là se nourrissent souvent de leurs auditeurs au lieu de libérer l'énergie qu'ils dynamisent chez eux. Le Treillis est toujours un voleur.

L'accompagnant doit être très vigilant. Il ne doit pas se laisser entraîner par le premier mouvement qui est enthousiasmant. Il faut vraiment faire attention à ce qui se passe après. Et si on s'aperçoit qu'on a de moins en moins d'amour et d'élan pour ces personnes-là, c'est que c'est une structure clonée par le Treillis.

Si cette structure est clonée par le Treillis, on tente de lui faire percevoir la beauté du monde et de faire naître en elle la compassion réelle pour l'autre, en lui faisant voir que l'autre souffre, a des difficultés, qu'il faut respecter la totalité de son oeuvre, la totalité de sa mobilisation énergétique et faire très attention à ne pas se nourrir de lui.

Si c'est une réelle structure Ciel, c'est le même travail : lui montrer le Ciel, toujours un peu plus pour qu'il ait de plus en plus les moyens de mobiliser ce Ciel à l'intérieur du rêve et du conte qu'il installe pour l'autre et à l'intérieur de l'autre, en faisant très attention, dans sa mobilisation à ce que le Ciel s'ouvre bien pour l'autre, pour l'énergie qu'il mobilise à l'intérieur de lui.

 

C'est également un très joli accompagnement qui n'est pas facile car généralement ce sont des êtres assez prétentieux car ils perçoivent la force qu'ils ont dans le mot, dans l'expression du mot, dans le choix naturel du mot, dans l'accompagnement du mot, dans le silence des mots. Quand on commence à leur demander un travail beaucoup plus précis et particulier sur cet art du silence et cet art des mots, ils peuvent très facilement se retrancher sur ce don inné qu'ils ont, ce mouvement sensuel, sans trop chercher à le comprendre, se laissant porter par cette vague de fond disant que l'univers les porte, que les mots sortent ainsi, que le mouvement est là et que les mots s'inscrivent avec le mouvement. Ce qui est également vrai. Sauf qu'ils ne portent pas attention à l'intention qui fabrique le mouvement, qui met en oeuvre le mouvement. Ils n'ont d'intérêt que pour le mot fabriqué par le mouvement.

En fait, les porteurs de parole sont intéressés par la parole, par le mot et la fabrication du mot. Ils sautent sur le cheval qui est déjà en course. Mais, ils ne se préoccupent pas trop de savoir quel est ce cheval et qui est le propriétaire du cheval. Alors, c'est à l'accompagnant de bien leur montrer la différence, qu'il y a deux types de propriétaires qui font galoper les chevaux d'une manière différente. Donc, il faut faire très attention que l'énergie mobilisée par les mots ne retourne pas à un propriétaire qui n'est pas le Ciel car cette structure s'annonce très religieuse par définition même.