Tantrisme

 

Les dangers

 

 

Ce sont des dangers liés à l'état d'être habituel de la structure tantrique et à son principe de fonctionnement.

C'est une structure toujours de mouvement, de sensation, d'attention, donc qui se déplace très rapidement. Aussi avec cette structure tout prend rapidement de l'ampleur par accélération du mouvement. Il faut bien le comprendre et ne jamais l’oublier.

 

En premier lieu, il y a une très forte sensation et perception de l'événement,

de l'espace.

C'est quelqu'un qui sent et perçoit très bien. Ce qui d'ailleurs peut également être un inconvénient. : car ceux qui perçoivent cette perception et sensation si fortes peuvent assimiler cette faculté à une maîtrise, à une connaissance du mouvement. Mais c'est seulement une sensation et une perception dans le corps. Ce danger peut également être pour celui qui a la structure de maître tantrique et peut faire croire qu'il est très avancé dans son système de maîtrise des articulations essentielles de l'univers.

 

Le deuxième point est que l'action et le mouvement sont toujours poussés à un extrême, à un esthétisme.

Elle va pousser l'action afin de s'assurer de sa perfection, qui peut l'amener à une forme spirituelle de la vie et c'est d'ailleurs ce qu'il annonce en disant : « Moi, je veux autre chose que le monde ordinaire, je veux quelque chose de supplémentaire, je veux quelque chose du Ciel, je veux rejoindre le Ciel ».

C'est une structure, qui va être facilement poussée vers les états extatiques, vers les états de vision importante de lumière, de sensation etc.

Le troisième point est que c'est un manipulateur et un consommateur de l'énergie.

Il fait en sorte qu'il soit le destinataire de tout ce qui est produit par la sensation, par la perception, par le mouvement. L'ennui est qu'il ne se rend pas compte. Cela peut même être poussé jusqu'à un esthétisme très puissant qui s'appelle le vol.

Il peut être voleur de l'énergie de l'autre, il peut même être violeur de l'énergie de l'autre. Mais en fait, ce qu'il aime ce sont les sensations, les émissions énergétiques, qui se sont développées, créées à partir de cet environnement. Ce n'est pas l'autre qu’il aime, c'est le mécanisme de sensation créé par l'environnement dans lequel l'autre est.

C'est un être profondément amoureux de la vie, réellement aimant et sensible, attentif, attentionné, affectif. Il a un déploiement de générosité vers l'extérieur énorme. Sauf que sa difficulté est qu'une fois que cette générosité s'est déployée, une fois que la danse est faite avec l'espace et les autres, il va ramener ce fruit, ce capital énergétique à lui et à sa propre dimension.

 

C'est le renvoi au destinataire qui est le problème du tantrisme.

 

Pour un tantrique, la question fondamentale doit toujours être : qui est le destinataire ? Parce que lui, il va assimiler cet élan amoureux, cet élan de sensibilité, d'attention affective vers l'espace, vers l'autre, vers la vie comme l'aboutissement même du mouvement du Ciel, pour un mouvement de la Création.

Mais ce n'est pas ainsi que ça fonctionne : celui qui est éminemment du Ciel ne peut pas imaginer une seconde que lui puisse être le destinataire du mouvement.

Alors, il y a une énorme difficulté puisque c'est une structure liée directement à l’essence la plus profonde du Treillis et de la forêt karmique qu'elle constitue. Elle a positionné, en virtuel, toutes les espérances qui normalement sont dans le Ciel. Mais c'est du virtuel, ce n'est pas du matériel. Il n'empêche que ce virtuel, cette attention, cette attraction est dans toutes les cellules du tantrique et il peut devenir un magnifique danseur du Ciel parce que, finalement, il a cette aspiration, même s'il ne comprend pas que celui qui a fabriqué cette aspiration n'ait pas envie du Ciel mais a seulement envie de le manipuler, l’utiliser et le maîtriser.

 

Mais, il ne faut quand même pas oublier et c'est là où est la grandeur de la Création, que cette structure est dans un être vivant et cet être vivant est, de toute manière, un fils du Ciel. Il est issu de là et dans toutes ses cellules, dans toutes ses particules, il y a la mémoire des codages premiers, des codages originaux du fonctionnement et de l'enthousiasme du Ciel. Ce n'est pas seulement une machine comme le voudrait le Treillis, c'est un être vivant !

Donc, c'est vraiment un défi intéressant, presque essentiel dans cette terre, qui est en train de se perdre parce que les tantriques, de plus en plus nombreux, commencent à polluer l'espace avec ce rêve virtuel, un rêve impossible à réaliser puisqu'on ne peut pas faire que le Ciel s'abandonne à la Terre.

 

Le Ciel réchauffe la Terre pour que la Terre monte de nouveau au Ciel et participe complètement au mouvement du Ciel et non l'inverse.

 

Il y a beaucoup de maîtres tantriques qui écrivent de nombreux et jolis livres et font des séminaires. Mais finalement ils ne font que réactualiser cette envie du rêve. Ils ont la capacité de faire rêver et ils parlent très bien. Mais si on va voir ce qu'ils sont, on s'aperçoit qu'ils sont dans la confusion habituelle.

Celui qui a touché le fond, qui a réellement touché la matière du Ciel, qui vit avec, celui-là sait pleinement, sans aucune incertitude que ce sont des menteurs, que ce sont seulement des joueurs avec le phénomène de la sensation, avec le phénomène du virtuel, avec la promesse jamais réalisée et qui n'est pas réalisable. Ce qui fait que, plus on avance, plus le but attendu recule et on se met en auto-allumage. Plus on court, et plus le but recherché recule et plus ça met au défi de le toucher et plus ça met en accélération. On finit par entrer dans un tel mécanisme qu’on ne sait même plus qu'on est en train de courir, ni derrière quoi on est en train de courir, mais on court. Je ne sais pas où je vais, mais j'y vais ! Il y a tout ce mécanisme qui est, ensuite, une nourriture énorme pour le Treillis.

 

Toutes ces difficultés, tous ces rappels sur les modalités de fonctionnement de la structure tantrique prennent une ampleur considérable lorsque l'on va parler de celui qui a une structure de maître tantrique. Si on se réfère à ce que j'ai dit concernant la maîtrise, on pourrait supposer que le maître tantrique est celui qui a une maîtrise de l'événement, qu'il sait jouer avec. Mais, ce n’est pas cela : le maître tantrique est celui qui, par sa présence, son toucher, a la possibilité de mettre en mobilisation chez l'autre un processus de sensation très sexualisé.

C'est pour ça que ceux qui ont une structure de tantrique, les femmes en général, se rapprochent de lui parce qu'il y a un contentement profond dans leur corps, et une sensualité fantastique.

 

Aussi, les deux dangers principaux sont soit qu'il peut prendre une décision qui va vers la Terre ou prendre une décision qui va vers le Ciel. Mais l'une comme l'autre, ces deux décisions seront morbides.

 

Le premier mouvement est celui qui va vers la Terre, directement par l'acceptation complète de ses sensations, de ses perceptions, disant qu’on est ainsi !... et qu’il faut bien le vivre. Donc, on va aller dans la sensation, on va la faire vibrer au motif du bonheur sur la terre ou d'une libération spirituelle. Plus on va aller, moins il y aura de perception d’un autre espace que celui-là. Plus on va aller et plus on aura des oeillères, plus on sera dans l'obscurité et dans l'oubli qu'il existe une autre manière d'exister, une autre manière de vivre, une autre manière de toucher.

À partir du moment où on s'est lancé si loin dans ce monde de la sensation qui s'auto-excite sur lui-même, que cela peut aller très loin avec toutes les situations sadomasochistes … etc. … c'est-à-dire qu'il y a toujours cet état de manque et l'envie, l'impulsion d'aller dans une sensation encore plus fine, encore plus esthétique. Ça, c'est le premier très grand danger. On va au fond de toutes les sensations, au motif de la libération.

 

L'autre mouvement est la décision d'aller vers le Ciel. Celui-là aura perçu que son problème c'est ses sensations et ses perceptions. Alors, il va tellement s’en méfier qu'il va créer une rigidification de tout son mouvement pour s'opposer à la mobilité même de sa structure. Il va s'enfermer dans un processus de règles, de repères, de lieu, d'attitude, d'action. Il va s'empêcher d'aller, de toucher, de vivre.

Donc, il va s'opposer à tout ce qui est sa mobilité, qui est la base même de sa structure et il va se mettre dans un état de contraction, de constriction. Dans ce mouvement, il va complètement stresser son système énergétique.