La caresse

 

Le corps est doux, reposé, caressé, l’esprit aussi est reposé, le corps et l’esprit font tranquillement un tandem d’action qui ne se trouve pas en conflit.

 

Le Vide caresse le Vide, ce n’est pas statique, c’est un mouvement. Le Vide a une action tantrique sur le Vide. Le Vide nourrit et renforce le Vide. Mais sans le mouvement c’est impossible de renforcer. C’est pour cela que le mot caresse est juste :

 

La caresse est un mouvement, c’est un effleurement, ce n’est pas une saisie, ce n’est pas un arrêt. C’est l’orgueil qui saisit quelque chose, qui l’arrête pour le regarder, le juger, l’apprécier, l’examiner.

Tu sais c’est celui qui prend un élément de la vie, qui le met sous le microscope pour l’observer dans tous les sens, mais il a arrêté le mouvement de la vie qu’il a mis sous le microscope. Et c’est ce que fait l’orgueil de tous les jours qui veut juger, apprécier, c’est celui qui dit :

 

Mais au fait où on va, là, qu’est-ce-que ça veut dire, tout ça ? Attention, posons les valises, arrêtons ça ! Examinons, observons.

 

Mais QUI observe, QUI pose les valises ?

 

Il faut poser la question chaque fois que tu as envie d’arrêter quelque chose. Et tu percevras que du seul fait de poser cette question, le mouvement n’a pas été arrêté. Et tout compte fait, on oublie tout à fait ce souhait momentané qui est arrivé comme un nuage devant les yeux, cette intention qui est arrivée comme un éclair, on n’a pas permis à cette intention de se poser, d’utiliser l’écart par rapport au mouvement, on a laissé le mouvement se faire.

 

Avec la question : QUI veut ? On a mis en doute immédiatement cette émotion, cette impression, cette volonté. Tu comprends, on a mis en doute ! Cet état d’être critique qui n’est pas un jugement, mais qui est seulement de ne pas se laisser emporter par ce qui apparaît normal et naturel : je veux poser les valises, il faut poser les valises… Si on ne fait pas attention, ce mécanisme va prendre la totalité de l’écran de l’ordinateur et il n’y aura plus rien d’autre.

 

Si tu dis : QUI veut arrêter ? Il y a quelque chose qui se passe à l’intérieur et tu vas devenir de plus en plus intime avec ce quelque chose qui fera en sorte que le mouvement ne va pas être arrêté et que la pulsion qui aurait voulu arrêter n’a pas pris le pouvoir. Elle est restée sur le bord de la route et on l’a oubliée très vite.

 

Et si tu regardes bien ce qui se passe à ce moment-là, ton interrogation a sa réponse dans le mouvement que tu as laissé couler d’une manière fluide.

 

Tu n’as pas du tout la perception que tu as fui une question, tu as ta réponse, mais ta réponse tu l’obtiens dans le mouvement, dans la fluidité qui se déroule, et tu sais parfaitement ce qui est en train de se passer et tu n’as donc pas besoin d’arrêter ce qui se passe pour devenir l’observateur, celui qui va juger, apprécier et critiquer.

 

La caresse, elle, c’est le mouvement, la pénétration, le nourrissage, la dilatation par la caresse. La caresse te détend et c’est parce que tu es détendue dans cette caresse qu’il y a quelque chose à l’intérieur de toi qui va parfaitement comprendre et percevoir ce qui se passe et quels sont les liens les plus subtils de l’Univers avec sa Création, l’homme.

 

Et donc comment ce flux de la jouissance va-il cesser de se mettre en action ? C’est lorsque le Vide aura tellement caressé le Vide, la Dignité aura tellement mobilisé la Dignité, que pour cette partie du cerveau qu’on peut appeler l’esprit, qui regarde et apprécie les choses, il n’y a pas d’autre moyen de faire que de continuer ce mouvement de la caresse, continuer ce mouvement de la dynamisation de la Dignité, de bouger le Vide sur le Vide, de remuer le Doux par le Doux. Et qu’il n’y a plus moyen de faire autrement. C’est difficile à exprimer, mais corporellement c’est clair, il n’y a pas d’alternative, c’est la notion de l’absolu qui vit sur lui-même et qui s’auto génère lui-même, qui se caresse lui-même. Il n’y a plus le relatif, la discussion. Le flux de la jouissance c’est la discussion, c’est le relatif.

 

Le flux de la Dignité ne discute rien, parce que c’est tellement clair, c’est tellement évident que tout se justifie par lui-même. Rien n’a un passé, tout est fort par lui-même, et on est porté par cette force-là, et par l’action dans cette force-là, on l’auto dynamise, on l’auto renforce.

 

Pourtant il n’y a toujours rien à bouger, rien à modifier, la Perfection étant la Perfection, mais le mouvement existe en permanence. Je prends souvent l’exemple très prosaïque de la mayonnaise : plus on remue la mayonnaise, plus cela fait une mayonnaise légère, onctueuse, ayant encore plus de goût, mais il n’empêche que la mayonnaise est la mayonnaise en soi, et qu’il n’y a rien à améliorer, mais la dynamisation développe le goût, développe l’odeur, la légèreté. Je me répète peut-être, mais j’insiste beaucoup car c’est déterminant : au niveau de ta perception, c’est l’arrivée des Forces du Ciel qui va mettre fin au monologue du flux de la jouissance. C’est quelque chose de tellement fort qui rentre à l’intérieur de toi que ce petit enfant du flux de la jouissance, ce petit singe, reste ébahi comme l’enfant qui reste la bouche ouverte lorsqu’arrive le Père Noël. C’est tellement puissant, tellement fort, tellement extraordinaire que l’enfant n’arrive plus à sortir un son. C’est très important parce que c’est exactement ta pratique actuelle et future :

 

Pouvoir aller vers le Ciel et faire venir du Ciel ces visions, ces perceptions, d’une manière si nette et si précise qu’on n’a plus besoin de venir contrecarrer le flux de la jouissance, il se tait de lui-même.

 

C’est lorsque cela se passe que tu es en plein tantrisme. Et c’est comme si tu avais été caressée, pas seulement à l’extérieur de toi, mais aussi à l’intérieur.

 

Chaque fois que tu crées un doute à l’intérieur de toi, chaque fois que tu as un doute sur ta raison d’être, d’exister, d’agir, tu arrêtes le mouvement de l’énergie, tu y fais un nœud. Et c’est cela la saisie.

 

 

*******************