L’ouverture et la fermeture du frigidaire

 

 

 

Le doux coule dans le Doux et se déverse dans le Doux. Ainsi il est possible de bouger sans rien bouger. Ainsi il est possible que le petit se déverse dans le Grand. Et ainsi il est possible que le dernier devienne le premier. Et ainsi il est possible que le petit enfant se transforme en vieux sage. Ainsi il est possible que l’amour vienne dans l’Amour, se déverse dans l’Amour et constate que l’amour aime l’Amour, et ne se plaît que dans l’Amour.

Ainsi il est possible d’avoir à l’intérieur de soi ce niveau vibratoire si fin, si ténu, si fragile mais fort en même temps, il est fort parce qu’il est indestructible, et que la compréhension spontanée liée à cet état vibratoire se suffit à elle-même, parce que cette compréhension n’a pas de passé. Elle n’est reliée à rien d’autre qu’à elle-même et elle n’a aucune capitalisation. Il n’y a pas d’accumulation. Ainsi tout ce qui survient se délie sans objet. En fait tout ce qui survient se libère sans objet.

Et la Force de cet Etat d’Etre, la Force de cette compréhension est indestructible, car elle vient d’un monde, d’une source au-delà de ce que peut gérer le flux de la jouissance, la pensée raisonnée. Je dis bien : gérer ; je pourrais dire quelque chose d’encore plus précis : au-delà de ce que peut construire le flux de la jouissance. Mais pour comprendre ce dernier mot de construction, il faut déjà être rentré très finement dans le mouvement de cet Etat d’Etre à vibration si fine, si douce, si légère, si amoureuse. Il faut déjà que cet état d’être, ce bonheur, coule librement dans tout le corps, dans les veines, et pas seulement au niveau de l’insight, de la perception du cerveau. Et là, pleinement, on comprend que ce qui se passe est au-delà de ce que tout le cerveau peut construire, a la possibilité de construire, a la possibilité d’organiser.

Et c’est là où l’on échappe complètement à l’organisation de l’Univers. Parce que, à ce niveau-là, rien ne peut être organisé. Je dis bien, rien ne peut être organisé, et c’est à ce niveau-là, dans ces instants-là, qu’on comprend réellement ce que c’est que le Cercle Externe de la Connaissance, c'est-à-dire l’organisation de l’Univers. Mais seul le cercle interne peut comprendre la réalité et le mouvement du Cercle Externe. Auparavant c’est tout simplement le Cercle Externe qui tente de se comprendre lui-même. Mais si on est dans le Cercle Externe on ne peut pas comprendre ce qui vient d’être dit là. Parce qu’on appréhende tout par son intelligence raisonnée, par ses références, on ne peut pas percevoir quel est le processus qui s’est enclenché afin que le cercle externe arrive à se comprendre lui-même.

C’est impossible parce que, dans le Cercle Externe, il y a toujours moi et l’autre. Il y a toujours l’objet et le sujet, l’observateur et l’observé, celui qui analyse, celui qui apprécie, celui qui juge.

Et donc dans le Cercle Externe il est impossible de comprendre le processus énergétique réel qui s’installe pour son auto compréhension. Sur le plan intellectuel et informationnel, on peut avoir des réponses données par d’autres, ou par des livres. Mais la perception personnelle n’existe pas, c’est-à-dire la certitude de ce qui est en train de se passer à travers sa perception directe. Cela n’existe pas. Cela n’existe que lorsqu’on est tombé dans le Cercle Interne qui, lui, ne peut pas encore trop bien comprendre comment il fonctionne à l’intérieur de lui, mais peut parfaitement percevoir comment fonctionne le cercle externe et quelle est l’opération magique, chimique qui s’est installée afin qu’il puisse tranquillement le traverser, mais plus exactement le désorganiser. Et le Cercle externe ne peut pas comprendre ce que c’est que la désorganisation de lui-même ; lui, il organise l’univers, il organise l’espace, il sait percevoir comment les objets énergétiques se placent les uns par rapport aux autres, comment ils agissent les uns par rapport aux autres, mais il ne sait pas ce que c’est que se désorganiser, il ne sait pas ce que c’est que se diluer. Il peut seulement comprendre ce qui est en train de se passer à l’intérieur de son domaine d’attention, de vigilance et de compréhension, il peut comprendre et voir les objets énergétiques qui constituent l’univers, mais il ne peut en aucun cas comprendre ce qui se passe pour le Cercle interne. Parce que tu vois quand on parle de l’univers, il ne faut pas regarder l’univers en extérieur, c’est l’univers interne.

Il faut ouvrir le frigidaire, regarder ce qu’il y a à l’intérieur du frigidaire, et en fonction des nourritures qui sont là, on va faire le repas. On est obligé de fonctionner comme cela. C’est lorsqu’on ne veut pas fonctionner comme cela qu’il y a un très gros problème puisqu’on veut confectionner un repas avec de la nourriture et des outils qu’on n’a pas. Et donc le cercle externe est capable de se comprendre lui-même.

Nous pouvons d’abord voir la différence si importante entre le Cercle Externe et le Cercle Interne, au niveau de la compréhension qui peut être retenue par l’intelligence raisonnée, le cerveau et la mémoire. La différence essentielle est que dans le Cercle interne il y a dilution de l’univers, c’est pour cela que l’on dit la destruction de l’univers. Mais si on est toujours dans le Cercle externe, et si l’on a pas perçu que l’univers est toujours à l’intérieur de soi, et non à l’extérieur de soi, il est absolument impossible de percevoir les bases, les prémisses mêmes de cette destruction, de cette dilution. Puisque l’on va dire : mais un objet reste toujours un objet, la voiture est toujours là, la maison est toujours là, le bureau est toujours là.

A force de progresser et de travailler dans le Cercle Externe de la Connaissance, à force de travailler avec l’ouverture et la fermeture continuelle du frigidaire, on constate qu’il y a des nourritures qui s’en vont, et qu’il y en a d’autres qui viennent d’elles-mêmes, et on constate que ce n’est pas un acte extérieur qui alimente le frigidaire, mais un acte intérieur. Et de plus en plus, en travaillant sur soi, parce que l’ouverture du frigidaire c’est l’ouverture des mémoires, mais si il y a tout qui est contenu dans les mémoires, si le frigidaire pouvait être rempli d’une quantité énorme de nourriture pour faire des plats variés et des mets succulents, il n’empêche que ce que tu vois toi avec tes yeux physiques quand tu ouvres le frigidaire, ce sont seulement les nourritures dont tu peux décoder la présence et l’existence.

On pourrait dire tout simplement que dans le frigidaire il y a une quantité énorme de nourriture, le frigidaire est immense sauf qu’on n’en voit qu’une partie. Et c’est avec les objets vus qu’on va confectionner la nourriture, la pizza. Et l’ouverture successive du frigidaire, c’est l’ouverture des mémoires où l’on va percevoir de plus en plus ce qu’il y a dans le frigidaire et en même temps que l’on voit une nourriture, simultanément on a la possibilité de l’utiliser et de percevoir comment on va pouvoir l’assaisonner et la mélanger avec les autres nourritures que l’on connaît déjà.

Tu sais, si l’on prend l’exemple du frigidaire, ce n’est pas tout à fait gratuit. Regarde la mère de maison qui ne sait pas ce qu’il y a dans le frigidaire et elle dit : bon, on va voir ce que je vais faire à manger… Elle ouvre le frigo, elle constate ce qu’il y a dedans, et immédiatement elle sait ce qu’elle va faire à manger, elle sait quelles sont ses possibilités de repas, il y a un développement immédiat et spontané de son imagination pour pouvoir mélanger, croiser, assaisonner, transformer l’ensemble pour en faire un tout très nourricier.

C’est exactement ce qui se passe par l’ouverture des mémoires. Au fur et à mesure on constate ce qu’il y a dans le frigo, et simultanément on a la possibilité d’utilisation de ce qu’on voit. Et simultanément on sait immédiatement comment il faut faire pour l’organiser avec les autres éléments, quels types de repas et de nourriture on peut faire : c’est simultané. Et au même titre que la mère de famille aura mis dans son garde manger des graines à germer dont on peut ensuite consommer les pousses, c’est la même chose par l’ouverture des ses mémoires, on s’aperçoit qu’il y a une extension d’elle-même de la nourriture que l’on retrouve à chaque fois à l’intérieur de soi, qu’il y a un auto développement de la nourriture qui se développe parce qu’on y porte attention et qu’on l’a vue.

L’attention et le regard, c’est exactement comme la lumière et l’air qu’on amène à une plante, ce qui va lui permettre de croître, de se développer, cette plante qui va créer des pousses complémentaires que l’on va consommer.

C’est exactement ce qui se passe dans le monde interne lorsque il est dit que l’amour dynamise l’Amour, la connaissance dynamise la Connaissance, le doux dynamise le Doux.

Vu toujours du Cercle Externe et de toutes ces situations religieuses, ces états religieux qui sont rigides, on te dira : non, l‘Amour est parfait à l’origine et donc ne peut pas être multiplié, ne peut pas être augmenté, ne peut pas porter des fruits encore supplémentaires puisque de toute manière il est complet et parfait à l’origine, cela c’est de celui qui n’a aucune connaissance personnelle de l’amour, aucune connaissance physique de cet amour. Il ne sait comment

Cet amour coule en lui, pas seulement à l’intérieur de son cerveau, mais dans toutes ses fibres, et comment cet amour se développe, créé à partir de lui, créé lui-même à partir de lui-même, par l’attention et le regard qu’on lui porte, grâce à la terre que l’on constitue pour lui et qui est NOUS, cette terre est NOUS, tu comprends ?

N’importe quel jardinier sait que tout est contenu dans la graine. La graine est la graine, elle est entièrement parfaite à l’origine. Mais si on veut la faire développer et pour qu’elle se développe complètement, il faut un type de terre, il lui faut un type d’éclairage, un type d’arrosage, un type de nourriture, et en fonction de la terre, de l’arrosage, de l’éclairage, de la nourriture que tu vas lui donner, elle va se développer un peu, beaucoup, passionnément ou même à la folie. N’importe quel jardinier sait cela. C’est un processus naturel et c’est exactement ce qui se passe dans la relation avec la Force de la Création, Dieu, avec ce Doux et cet Amour qui s’auto dynamise lui-même, qui se créé lui-même.

Donc quand tu es dans le cercle externe de la Connaissance, ce processus naturel s’installe de lui-même, mais on n’est pas capable d’en comprendre toute la finesse et la réalité. On croit seulement que l’on ouvre toujours un peu plus ses mémoires et qu’en ouvrant un peu plus ses mémoires, on découvre un peu plus ce qu’il y a dans le frigidaire. Ce qui est l’approche extérieure de ce qui se passe et ce qui est vrai aussi, mais c’est l’approche extérieure.

Parce que si l’on avait un petit œil, une petite lorgnette, et si l’on pouvait rester à l’intérieur du frigidaire fermé, on constaterait que par l’ouverture qui a amené soleil, chaleur, lumière, attention, eh bien ces objets à l’intérieur du frigidaire se développent, croissent, se multiplient, donnent naissance à d’autres choses.

Je dis bien : si on avait la possibilité d’être ce petit œil qui reste à l’intérieur du frigidaire et qui a la capacité de percevoir ce qui se passe dans l’obscurité du frigidaire, mais obscurité qui a bénéficié auparavant de l’éclairage de l’ouverture et de l’attention, là tu peux percevoir mieux quelle est l’articulation très fine entre l’interne et l’externe : pour celui qui est à l’extérieur du frigidaire, quand il a refermé la porte, plus rien ne se passe et il utilise les objets sortis du frigidaire et il constitue sa pizza, sa nourriture, lui il croit que par l’ouverture de sa mémoire, en allant toujours encore un peu plus profond et un peu plus loin, il va redécouvrir encore d’autres objets, d’autres trésors, qui vont lui permettre de faire d’autres nourritures. Donc pour lui il y a une progression linéaire et on pourrait dire presque hiérarchisée. Voilà : on a réussi à ouvrir un tiroir du frigidaire, on arrive à en ouvrir un autre plus profond…etc… c’est de la hiérarchisation qui est parfaitement comprise et appréhendée par l’intelligence raisonnée et par le cerveau raisonnant.

Mais dans la réalité ce n’est pas comme ça que ça se passe : il n’y a pas hiérarchie, il y a simultanéité. Je dis bien : simultanéité.

Et lorsque tu perçois cela de plus en plus finement, lorsque tu rentres de plus en plus dans le frigidaire où tu peux voir naturellement bien que la porte soit fermée, quand tu perçois cette simultanéité et cette dynamisation naturelle de l’énergie sur elle-même, alors tu es soustrait à tout mécanisme de hiérarchisation, tu es soustrait à tout mécanisme qui dit qu’il faut monter du premier étage au deuxième, troisième… etc…

Et là tu comprends en fait que par l’ouverture de la porte, la totalité se trouve éclairée en même temps. La totalité prend l’oxygène, prend l’air, prend la lumière. Et donc la totalité va se mettre en action en même temps, et c’est pour ça que j’ai souvent dit : mais vous êtes en train de réaliser une bombe atomique mais vous ne le comprenez pas.

 

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