Les trois Magies de l’Univers.

 

 

 

1. Le décodage de l’univers extérieur : relativiser sa perception

 

En ouvrant et en fermant la porte du frigidaire, de ses mémoires, de la connaissance de soi, dans le cercle externe, on retrouve à chaque fois des outils complémentaires qu’on organise à l’intérieur de son schéma mental et de sa compréhension.

 

On est en train d’organiser son univers selon la compréhension que l’on en a.

 

Et là, de proche en proche, il se passe déjà une première magie qui est fantastique, puisque de proche en proche, on s’aperçoit que l’univers extérieur n’existe pas, qu’il n’existe qu’un univers interne.

 

Parce que c’est par rapport à l’état de cet univers interne qu’on appelle l’Etat d’Etre qu’on va pouvoir décoder l’univers externe. Alors je dis bien « n’existe pas ». Il n’existe pas en terme de système émotif, sensitif, il n’existe pas en tant qu’objet de compréhension à ce qu’on est. Il n’est pas objectif.

 

Un banc apparemment est objectif : c’est un banc. Il est fait de deux tubulures de métal avec une planche par-dessus.

C’est apparemment objectif, mais dans la réalité, le menuisier le verra d’une certaine manière. Il dira : tiens, moi j’aurais fait ça autrement. Celui qui travaille le fer dira : tiens, j’aurais fait les tubulures autrement. Celui qui cherche à placer les gens dira : oh ! Là il y a trois places et demie, on aurait pu allonger de vingt centimètres et il y en aurait eu une quatrième… Il y en a un autre qui va dire : c’est un peu dur, cette planche de bois, on aurait pu mettre un petit molleton pour le confort des fesses.

 

Voilà : c’est ce qui se passe continuellement dans le monde dit extérieur : on décode tout en fonction de son univers interne, de sa chimie interne, c’est-à-dire de sa préoccupation dominante. En fonction de l’intérêt dominant qu’on a à l’intérieur de soi.

 

Dans la campagne, tu crées un groupe de marcheurs, tu en as un qui est photographe, l’autre qui est paysan céréalier, un autre qui est paysan animalier, tu prends un écologiste, un fleuriste, et une bonne petite ménagère qui aime bien faire des bouquets de fleurs. Tu leur demandes de décrire leur randonnée, tu t’apercevras que tu auras six films différents, six versions, six appréciations différentes. Ceci est évident pour l’intelligence raisonnée quand on peut stopper un mouvement.

 

L’intelligence raisonnée ne peut que se saisir de quelque chose qui existe, l’immobiliser et on tourne autour, et on l’analyse. Mais au moment où ils étaient en train de faire la balade, ils ne percevaient pas qu’ils étaient en train de ressentir, d’analyser, qu’ils avaient une forme de communication avec cette nature absolument différente les uns des autres. Je dis : au moment où ils marchaient. Après si, ils sont d’accord de reconnaître qu’ils ont vu les choses différemment, après, une fois qu’on a tout bloqué, qu’on a bloqué le temps comme un analyste, comme fait la pensée discursive. Mais pendant, on ne s’est pas rendu compte qu’on avait décodé l’extérieur, cette nature en fonction de ce qu’on était à l’intérieur. Parce que ça va très vite, parce que la marche bouge, c’est comme une caméra qui se déplace continuellement sur le sujet, sur les arbres, on lève la tête, on baisse la tête, tout va très vite dans la vie,

 

Et c’est parce que tout va très vite dans la vie, parce que tout est en mouvement, qu’on n’a pas la possibilité de se rendre compte qu’on est en train de décoder l’univers extérieur en fonction de l’état et de la préoccupation de l’univers interne.

 

Et ça c’est pour la personne ordinaire, mais très curieusement, lorsqu’on est en train d’ouvrir la mémoire de quelqu’un, qu’il est en train d’ouvrir régulièrement et refermer le frigidaire, et qu’il peut ainsi constater qu’il y a d’autres outils, ce qu’il pense à chaque fois être d’autres outils qu’il n’avait pas vus auparavant, il se rend compte que ces outils-là qu’il n’avait pas vus avant ont eu une incidence sur sa perception de tous les jours, même auparavant et c’est là qu’il découvre comment les incidents de vie d’avant qui ont créé des objets émotionnels, ont eu une implication dans son regard global sur l’univers extérieur. A force d’être intime avec lui-même, il est bien obligé de constater que ce qu’il n’avait pas vu auparavant, ce qu’il ne savait même pas exister, a quand même eu une incidence sur le décodage qu’il avait de l’univers, sur sa tendance à aller plutôt vers la droite ou vers la gauche, sur ses pulsions à accepter ou refuser, à attirer ou rejeter.

 

A force de constater cela, il se met en relativisation par rapport à ses perceptions. C’est naturel, il n’a même pas un effort à faire. La relativisation se fait d’elle-même. Quand en surplus, il perçoit que ce sont des incidents dans d’autres vies qui se sont peut-être passés il y a trois cents ans qui influent actuellement le présent, alors c’est la douche froide… Lui qui se croyait si libre et si objectif dans ses décisions, se rendre compte de la façon dont il a été orienté, conditionné dans son appréciation du présent par rapport au passé, c’est le choc ! Ce choc, c’est comme un électrochoc, pour arrêter un processus et en mettre un autre en action.

 

Et tout d’un coup s’installe naturellement la relativisation par rapport à son appréciation. Et c’est là où tu commences à rentrer dans le monde intelligent, où tu commences à mettre en place une intelligence autre que l’intelligence raisonnée sur laquelle toute ta culture et ta civilisation se sont appuyées. C’est l’intelligence intuitive, celle qui sait qu’il existe autre chose, celle qui arrive à percevoir autre chose sans pouvoir s’auto-analyser.

 

Par cette intelligence intuitive, on constate qu’il existe autre chose, on sait qu’il existe autre chose, mais on est incapable de dire pourquoi on sait, d’où cela vient, mais on sait qu’il existe autre chose, c’est physique.

 

On relativise sa perception.

 

Et cette nouvelle perception, cette relativisation des faits et du regard qu’on porte aux autres, c’est enthousiasmant, parce qu’on est en train de percevoir qu’il existe un monde plus étendu, plus articulé, beaucoup plus large que celui qui existe. Je dis bien plus articulé.

 

Et la première question est : Qui est enthousiasmé ?

 

Tant que tu es dans le Cercle Externe de la Connaissance tu ne peux pas savoir qui est le QUI. Tu dis : c’est Dieu qui m’éclaire, c’est mon intelligence intuitive qui doit être enthousiasmée pas ces découvertes d’elle-même… Et c’est ainsi qu’on va croire que toutes ces nouvelles perceptions, c’est Dieu à la recherche de lui-même, c’est la Sagesse à la recherche d’elle-même. Et cela est enthousiasmant, parce que tout d’un coup on va dire : bon maintenant je suis en train de quitter le monde terrien, basique, matérialiste et je rentre dans un monde spirituel. Et c’est ainsi que moi-même, j’ai laissé penser cela, je crois même l’avoir dit, parce que tu ne peux qu’utiliser les moyens de compréhension et d’information par rapport aux possibilités de décodage de quelqu’un qu’en fonction de ce qu’il est. Autrement tu ne l’aides jamais. Et celui qui irait très loin avec moi percevrait que, à chaque période, j’ai dit des choses qui n’étaient pas justes. Du moins pas justes au niveau des faits, mais c’était entièrement juste par rapport à l’environnement énergétique qui existait là, par rapport au caisson énergétique qui existait là. C’était d’une justesse magnifique, et elle est d’autant plus magnifique que moi, je sais que ce que je dis là est faux, mais de ce faux va naître du vrai ; plus exactement que je ne peux pas dire le vrai qui arrêterait le mécanisme, je suis obligé de dire : oui, c’est bien, c’est comme ça, pour que l’enthousiasme continue à s’alimenter lui-même. Tu comprends l’importance de la chose ?

 

Parce que dans la réalité, là, ce n’est jamais cette Force de la Création qui est enthousiaste d’elle-même, elle, elle ne connaît pas l’enthousiasme, c’est le flux de la jouissance qui est enthousiaste.

 

C’est l’intelligence raisonnée qui est enthousiaste de ce qu’elle est en train de redécouvrir un nouveau terrain d’aventure. Donc dans cet enthousiasme, c’est encore la matérialité à la recherche d’elle-même. Il n’y a rien de spirituel. Mais si tu donnais l’information exacte à celui qui est en train de découvrir son nouveau terrain d’aventure et qui accepte de participer à l’ouverture et fermeture de son frigidaire et d’utiliser les nouvelles techniques de cuisine qu’on lui donne, si tu lui disais la vérité, tu lui couperais les pattes. Tu lui coupes sa vitalité, tu lui coupes cet élan qui va l’amener à sortir de lui-même, bien que tout de suite, cet élan est toujours à l’intérieur du flux de la jouissance pour lui permettre de se jouir encore un peu plus et de combler ses manques et de réaliser ses envies.

 

C’est la réalité, mais tu ne le perçois que quand tu es dans le Cercle Interne. Si tu percevais cela dans le Cercle Externe, tu dirais : je suis minable, partout où je me tourne, je me bute continuellement à mon orgueil, à ma propre création. Et là tu n’avancerais jamais : tu buterais contre ton orgueil, ta volonté, ta jouissance de connaître, de savoir organiser les choses, cette perception où tu te sens maître des choses, maître de toi-même, mais tout cela c’est entièrement le flux de la jouissance.

 

2. L’enthousiasme

 

Cet enthousiasme, c’est la deuxième magie de l’opération.

 

La première magie, c’est la relativisation de sa perception : c’est déjà énorme : quelqu’un qui regarde quelqu’un d’autre, qui regarde sa propre création, les faits, ce que quelqu’un d’autre lui dit, non pas en absolu, pas comme quelqu’un qui a déjà pris la décision et qui veut que la conclusion rentre à l’intérieur d’un créneau bien précis ; non, il est en train de regarder ce qui est en train de se fabriquer, ce qui est en train de se faire, avec cette disponibilité et cette élasticité avec et grâce à laquelle il va autoriser à ce qu’un objet soit construit au-delà de ce que son système de pensée cérébrale et éducatif le ferait ou l’admettrait.

 

Celui qui est entré dans cette première magie et qui l’a laissée faire va simultanément rentrer dans la deuxième magie. Simultanément.

 

A partir du moment où l’on a accepté que l’objet construit dépasse l’élasticité de son système à soi, alors simultanément il y a une explosion comme si le monde s’ouvrait et qu’il était immense, grand à découvrir. Voilà, comme si tout d’un coup tu avais un mur devant, il y a un grand coup de canon et tu vois un espace fantastique à circuler derrière.

 

Et c’est la deuxième magie, qui est l’enthousiasme pour découvrir, percevoir de plus en plus l’organisation des choses.

 

C’est la magie de la perception de son univers à soi.

 

Quand on a laissé fonctionner la deuxième magie, on sait parfaitement que c’est de son univers à soi qu’on parle, que c’est à travers son univers à soi, et par lui et grâce à lui que l’on décode la totalité de l’univers extérieur.

 

Tu sais avec la deuxième magie que c’est à l’intérieur de toi que tout se passe et tu deviens passionné de ce qu’il y a à l’intérieur de toi. J’ai dit souvent : vous ouvrez le livre de votre vie, et il est passionnant ; vous n’avez plus envie de prendre les romans policiers écrits par les autres. Votre vie est un roman policier, et c’est magnifique cette perception-là. Magnifique de voir comment tout s’est utilisé mutuellement, tous les faits se sont appuyés mutuellement les uns sur les autres pour se grandir ou se détruire, c’est absolument fantastique.

 

C’est la deuxième magie, mais c’est toujours le flux de la jouissance, l’intelligence raisonnée qui fonctionne.

 

Vous êtes exclusivement dans le flux de la jouissance qui veut se sortir de la merde qu’il a fabriquée et qui le fait souffrir lui-même. Et le QUI qui travaille, qui veut se libérer, c’est toujours le flux de la jouissance qui veut se sortir de la merde dans laquelle il s’est mis.

 

3. Le mouvement

 

Très curieusement ce mouvement, cet enthousiasme qui conduit à un mouvement d’ouverture et de fermeture continuelle du frigidaire, qui développe continuellement l’imagination de ce qui pourrait être autre chose, comment on pourrait assaisonner les aliments et la nouvelle nourriture, provoque une troisième magie.

 

Au fur et à mesure que la personne va prendre possession et intimité avec l’organisation de son univers, elle va se rendre compte que ce n’est pas seulement une accumulation de nouveaux objets, de connaissances, mais que ce sont des nourritures qui se transforment elles-mêmes et qui donnent naissance à d’autres. Et que cette autre nourriture qui est née de la première va faire en sorte que la première ne soit plus si importante.

 

Je prends l’exemple d’une graine qui, dès qu’on a ouvert le frigidaire, reçoit la lumière, c’est à dire l’attention qu’on lui porte, et elle va se développer, faire des germes, ces germes vont être consommables, c’est une nouvelle nourriture. En première approche, c’est comme si c’était un nouvel objet, dans la troisième magie on s’aperçoit que ce n’est pas un nouvel objet, c’est le développement d’un objet, d’une graine déjà existante qui est très consommable et qui porte ses fruits, qui est nourricière, qui porte développement de l’être, compréhension de lui-même et qui porte aussi fruit dans le sens qu’elle est un effet issu d’une graine, mais que de cet effet-là, va naître encore autre chose. Et là, très curieusement la personne va rentrer dans un mécanisme de la connaissance de la loi de cause à effet sans véritablement constater à partir de quel moment elle rentre dedans. C’est un peu comme quand tu te jettes dans une rivière, au moment où tu t’y jettes, c’est l’eau qui est là.

 

Quand il y a cette attention sur ces nouvelles créations qui sont la dynamisation et le développement de ce qui est déjà existant, au même titre que celui qui se jette dans la rivière et qui nage avec le courant, il va perdre la référence de la rive à partir de laquelle il a plongé. Il ne va plus porter attention à son point de départ : le plongeoir originel.

 

C’est ce qui se passe exactement pour la personne avec l’intimité de sa propre connaissance : elle va commencer à rentrer dans le mouvement de la création de l’objet par rapport à lui-même et elle va en même temps et simultanément perdre la référence de base, qui est la graine de base.

 

Au début, la personne voit des graines dans le frigidaire : elle voit des outils, et puis elle commence à positionner les outils les uns par rapport aux autres sur la table, mais c’est toujours des graines fixes, statiques. La personne est toujours dans le monde de son orgueil qui analyse tout par rapport à sa fixité.

 

Quand on rentre dans la troisième magie grâce à cet enthousiasme qui te fait manipuler, bouger, jouer avec les graines, tu t’aperçois alors que les graines se développent, se transforment, s’auto-dynamisent, qu’il y a autre chose qui se construit, et cet autre chose est nourricier, et profondément attirant parce qu’il ouvre encore un terrain d’aventure supplémentaire, plus riche et beaucoup plus large, parce que là, tu rentres dans le terrain du mouvement, tu n’es plus dans la fixité et tu en as oublié la graine initiale.

 

Comprends bien que dans les premières démarches, la personne a organisé son univers, elle a pris ses graines et les a numérotées, classées, assemblées, comme un puzzle, et puis quand on rentre dans le mouvement, qu’on quitte la fixité du puzzle, on oublie le puzzle en dessous, comme s’il y avait un mouvement, un nuage qui s’installe par-dessus et ce nuage a des couleurs, des mouvements qui sont encore plus passionnants que le puzzle qui est en dessous. Tu es en train d’oublier ton organisation de l’univers. Et quand tu te laisses porter par cette magie magnifique, toujours conduite par le fameux QUI, tu commences à percevoir ce que c’est que la destruction de l’univers, c'est-à-dire comment ton univers est en train de se diluer.

 

C’est ainsi que sans t’en rendre compte, tu détruis ton organisation première par désintérêt. Le puzzle de départ ne t’intéresse plus.

 

Et sans t’en rendre compte, tu es passé de l’état statique à l’état dynamique, de la rigidité à la mobilité, de l’état de fixité du flux de la jouissance à l’état du flux de la dignité qui est toujours de la mobilité.

 

C’est porté et fabriqué par le flux de la jouissance. C’est le flux de la jouissance qui va devenir enthousiaste de cette mobilité, sauf qu’il n’est pas capable de se rendre compte que maintenant il va consommer une forme énergétique qui va être destructrice de lui-même. Il ne se rend pas compte que dans cet enthousiasme-là, il va maintenant consommer une nourriture énergétique qui va mettre les faits énergétiques en mouvement selon une dimension qui est au-delà de lui-même, une dimension dont la dynamisation va le détruire. L’univers ne se détruit pas en terme de volonté, il se détruit parce que les objets de base sont dilués d’eux-mêmes par le non intérêt qu’on leur porte. Et il y a un retournement du système où la fixité est remplacée par la mobilité. C’est une autre dimension où les références ne sont absolument pas les mêmes.

 

 

 

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