Jardin à l’anglaise.

 

 

 

Dieu est un voyageur, il rentre à l’intérieur des lieux et il utilise les véhicules qui correspondent à une période et à une demande, à un instant. Si ce lieu ou ce véhicule est toujours participant au voyage, il va y avoir une communion qui va s’installer continuellement. Mais si ce lieu ou ce véhicule n’est pas participant au voyage parce qu’il reste statique et qu’il fait sa propre petite histoire orgueilleuse en voulant mettre Dieu dans un coffre fort, eh bien, dans le coffre fort, c’est du vide. Là, il n’y a plus la Création. La Création est toujours en mouvement. Toujours en déplacement.

 

Alors tu as un corps, ce corps nécessite qu’il y ait une protection, tu dois manger tous les jours, il faut que tu soies au chaud, il y a des contingences de ton corps, qui font que tu vas te véhiculer d’une manière ou d’une autre. Mais quelles que soient les contingences extérieures, bouge, circule. Tu n’es pas obligée de circuler toujours avec tes jambes ; toi, Inge, ton destin c’est de marcher sur la Terre, mais tu peux être un père ou une mère de famille qui est bien là où il est, mais qu’est-ce qui bouge, ce n’est pas lui, c’est autour de lui : les gens qui viennent, les gens qui partent. Cela va devenir un enfer pour lui s’il essaie de rigidifier et de monopoliser l’espace mouvant autour de lui. S’il trouve qu’il perd beaucoup de temps avec des gens un peu inutiles, il va se faire une enveloppe relativement stable autour de lui croyant qu’il va être plus en tranquillité et sécurité pour sa pratique, mais il va s’apercevoir un moment donné qu’il est en train de s’étouffer et qu’il a envie de faire physiquement un voyage. D’aller ailleurs…

 

Cela veut dire que l’espace autour de toi est devenu rigide, stable, fixe. Si l’espace autour de toi est mouvant, bougeant, les gens viennent, restent, partent ; il n’y a aucune difficulté, c’est toujours nouveau, c’est toujours un voyage nouveau avec toutes les personnes qui viennent vers toi, qui se déplacent, pour trouver quelque chose, que tu leur donnes quelque chose, et qu’ils partent et qu’ils reviennent… etc.

 

Donc tu peux être un cul de jatte et être toujours en mouvement, toujours en voyage. Tu peux être toujours un vagabond.

 

Je vais te prendre deux exemples parce qu’ils sont très nets : les fameux jardins à la française qui ont été inventés au 17e siècle, Versailles…, sur lesquels on s’est tellement extasié ; eh bien, ça c’est de la nature anormale, c’est de la nature domptée, rigidifiée. C’est beaucoup plus beau un jardin à l’anglaise où on a laissé harmonieusement les choses se mélanger ensemble, mais quand même, il y a la main de l’homme pour empêcher que certaines végétations prennent l’autorité sur le reste, c'est-à-dire qu’il y a quand même une organisation humaine et on perçoit bien, une attention humaine, mais on laisse pousser les choses très librement et surtout, on mélange les espèces entre elles ; c’est gai, c’est neuf. Dans un petit jardin à l’anglaise ainsi, avec l’herbe qui n’est pas tondue, avec toutes ces petites pâquerettes et ces boutons d’or, eh bien, c’est un petit espace de la terre complète : on peut se sentir comme dans une véritable forêt ou un véritable pré, alors que l’espace est tout petit. Ca ne fait rien, il y a l’exubérance de la vie, qu’on est seulement en train un peu de contrôler pour empêcher qu’il y ait des autorités qui se prennent sur d’autres.

 

C’est la même chose qui se passe lorsque tu aides quelqu’un ou que tu élèves un enfant. C’est un jardin à l’anglaise que tu dois constituer. Tu fais attention aux mauvaises herbes, tu organises un tout petit peu les choses, mais tu laisses beaucoup les espèces se mélanger. Tu laisses beaucoup la nature se relier entre elle et ça lui donne toute cette force-là, ça s’enrichit mutuellement, ça s’oppose aussi mutuellement. Et toi tu es là dans une véritable exubérance de vie.

 

En revanche, le jardin à la française, c’est l’organisation cartésienne : les lignes toute droites, les coupes à l’équerre, les haies à un tel niveau permettant de voir certaines choses, les espèces parfaitement précises, la pelouse tondue comme un terrain de golf… Ca, c’est l’anormalité humaine, et celui qui va se mettre dans un jardin à la française n’a plus que le contentement de son intelligence raisonnée. Mais petit à petit, il va devenir sec dans ce château tout fermé, et ce jardin tout dirigé, et c’est ce qui se passe là, dans le corps humain.

 

Parce que lorsque tu veux tout diriger dans ton environnement et à l’intérieur de toi, eh bien tout devient sec ; alors que, si tu mets ta chaise longue, ton fauteuil au pied d’un bel arbre dans ton petit jardin anglais, tu as l’impression d’être au milieu de la nature totale. Tandis que dans ton parc à la française, ton petit jardin à la française, tu es tout simplement fixé au milieu de toi-même, au milieu de ta rigueur, au milieu de ton orgueil et de ta volonté et tu deviens sec.

 

Tu vois je vais rentrer dans les petits détails, mais cela montre l’humour de la situation et l’importance des choses. Naturellement j’aime beaucoup le bleu, et le bleu c’est aussi la couleur de la guérison ; tu remarqueras que quand tu mets en dynamisation le centre énergétique du cœur, c’est souvent une couleur bleue qui va apparaître. Alors j’ai porté beaucoup de bleu, et puis je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de gens auprès de moi qui se mettaient en bleu parce que je portais du bleu. C’est ça constituer un jardin à la française. A tel point que si je reviens dans le monde, peut-être que je ferai en sorte de ne plus porter de bleu et que je m’habillerai de toutes les couleurs pour empêcher que l’on constitue ces petits jardins à la française, qu’on soit toujours dans un joli jardin à l’anglaise où tout se mélange d’une manière harmonieuse, et les âges et les sexes et les couleurs. Tout se mélange et il n’y a pas une autorité qui est prise au niveau de l’âge, une vitalité qui est prise parce que tu es jeune…

 

Mais celui qui se met dans son jardin à la française petit à petit se sclérose. Et c’est lui qui, à un moment donné, va avoir besoin d’aller faire un voyage physiquement parce que son espace est rigidifié. En revanche, dans un jardin à l’anglaise, il est au milieu de la nature et ça peut parfaitement lui suffire. C’est un grand danger. Parce qu’il ne faut jamais oublier la fatigue. Quelqu’un peut être fatigué de tout un mouvement autour de lui et avoir envie d’y mettre de l’ordre. Et en y mettant de l’ordre, en faisant que le mouvement soit beaucoup moins rapide, il va tranquillement s’installer un jardin à la française, sans qu’il s’en rende compte.

 

Alors au lieu de tenter d’y mettre de l’ordre, il est préférable de se dire : j’arrête tout et je vais faire physiquement un voyage. Et lorsqu’il revient de son voyage et qu’il se remet dans son jardin à l’anglaise où il y a tellement de choses qui se passent, il s’aperçoit que ce jardin, il est joli et que les gens qui sont dedans sont généreux aussi et que c’était par fatigue qu’il ne percevait plus un moment donné cette générosité-là et qu’il ne savait plus l’accompagner.

 

 

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